TOME III
■ilû AVRIL 1823.
convenu entre le maréchal duo Je Bellune et moi. Il devait voir défiler toute l'armée, prendre toutes les précautions nécessaires pour assurer autant que possible nos subsistances et nos transports, ensuite se rendre à Toulouse, puis à Perpignan, pour surveiller tout ce dont a besoin le 4*" corps, et enfin retourner à Paris rendre compte de ce qu'il aurait vu, et qu'il n'aurait jamais voulu croire s'il n'avait été sur les lieux. Je viens d'apprendre que ses souffrances ne lui permettent pas de mettre ce projet à exécution et qu'il retourne directement à Paris, en chargeant le général Coëtlosquet d'aller à sa place à Perpignan. Le maréchal pourra dire que s'il a à se plaindre de quelqu'un, ce n'est pas de moi; je me suis plu à lui rendre tout ce que méritent son dévouement et sa loyauté, et les services qu'il a rendus au Roi en lui formant une brave armée.
« Conformément aux ordres que j'en avais reçus, je suis entré hier en Espagne avec le l" corps ; nous y avons été reçus à bras ouverts. Je maintiendrai le plus possible la discipline ; mais les subsistances nous manquentperpétuellement, surtout par manque de transports. Il est impossible qu'il n'en résulte pas quelque désordre.
« J'ai appris avec peine que vous aviez été affecté de ma lettre du 27 mars; ce n'était pas mon intention ; je vous rends toute la justice que vous méritez ; mais il y a des choses qu'il est impossible de ne pas sentir.
« Il paraît qu'on se plaint beaucoup en Espagne des corps dits de la Foi. Quesada a fait enlever tous
LETTRK Dli S. A. It . M " LE hlC. I) AN GO T J.I>M K, 323
les chevaux de poste; je lui ai envoyé hier un aide de camp pour lui ordonner de quitter la grande route et de couvrir nos flancs. Le maréchal me marque qu'il n'en a tenu compte et qu'il continue à le ^irécéder sur la grande route. Je puis bien ne lui faire donner ni argent, ni armes, ni cartouches, mais il s'en dédommagera aux dépens de ses compatriotes. Je ne sais quel parti prendre envers lui et ses confrères. Le maréchal sera aujourd'hui à Eriiani, son avant-garde à Tolosa.
« Je vous prie de croire à la sincérité de mon estime, de ma confiance, et de mon affection.
« Louis-Antoine.
(( P. S. — Le dénuement dans lequel j'ai trouvé l'armée sous les rapports des subsistances et surtout des transports, renchérira beaucoup la campagne, étant obligé de trouver les vivres qui nous sont nécessaires en Espagne et de payer tout comptant Je vous prie de dire au général Digeon que j'ai reçu sa lettre du 4, et que je lui répondrai demain ou aprèsdemain.
« Je viens de recevoir votre lettre du o; je n'ai rien à ajouter à ce que je vous ai dit plus haut.
(( Le port et le fort de Passage ont été occupés le 7 par nos troupes; il est bien important que Clermont-Tonnerre y envoie le plus tôt possible une frégate ; c'est un excellent port. Je n'ai pas encore de nouvelles de Saint-Sébastien. L'archevêque de Tarragone persiste à rester attaché au marquis de Mataflorida et à ne pas entrer dans le nouveau gouvernement. Le général Eguia, MM. Erro et Cal-
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dcron, membres de ce dernier, seront demain à Oyarzun et m'y seront présentés. Ayant appris que le marquis Mataflorida se rendait à Bayonne et qu'il continuait à être hostile envers nous, j'ai envoyé l'ordre au généralJanin, commandant la subdivision de Bayonne, de l'empêcher d'entrer en Espagne, et même de le faire rétrograder dans l'intérieur de la France. Vous ordonnerez à son égard ce que vous jugerez convenable. »
CCCVn. LE MARÉCHAL DLC DE BELLl NE AU GÉNÉHAL
COMTE GUILLEMLNOT'.
« Bayonne, le 8 avril 1823.
« Monsieur le comte, j'apprends indirectement qu'un marché pour les vivres et transports de l'armée a été passé avec M. Ouvrard. Les circonstances ont pu dicter cette mesure extraordinaire et, sous ce rapport, je dois l'approuver; mais on a oublié que le ministre de la Guerre était seul responsable des dépenses résultant de ce marché, et que celui-ci ne pouvait être légal sans une approbation authentique de ce ministre. Celte omission était facile à éviter, puisque je me trouvais sur les lieux; mais je me suis aperçu déjà plus d'une fois que l'on s'occupe aussi peu des règles que des convenances. Du reste, je vous prie de m'adresser ce marché à Paris, afin qu'il V reçoive les formalités sans lesquelles son exécution pourrait présenter quelques difficultés. J'en approuve toutefois provisoirement les disposi-
1. Cette lettre est donnée d'après une copie ceriitiëe conforme par le général comte Guilleoiinot.
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lions, .yiin do lever pour lo moment les entraves que le service administratif éprouve. J'ai l'honneur, etc.
« Le maréchal ministre, secrétaire d'État de la Guerre,
« Dr B kl lu ne. »