CCXXXUI. LE COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE
DE MONTMORENCY
« Paris, le o octobre 1822.
« Mon cher collègue, Chateaubriand part cette nuit pour Vérone; il est on ne peut mieux disposé et je suis persuadé que vous et ses collègues en serez contents. Nous avons reçu la note de M. de Nesselrode : les conditions imposées sont difficiles à accomplir; je crains que toute cette affaire ne finisse comme toutes celles dans lesquelles on ajourne les diflicultés sans s'appliquer à les résoudre. Dans celle-ci on a bien empêché l'éclat, mais on a peu fait pour satisfaire la Russie et garantir les Grecs. La crise a été trop violente pour que la Turquie puisse en sortir sans être obhgée à
des concessions sous ce rapport. Wellington me paraît sur ce point assez pénétré de la nécessité de ne pas laisser pousser la longanimité de l'empereur Alexandre à bout.
« Par quelques données que je tire du mouvement de nos fonds publics, je crains que l'Angleterre n'ait laissé transpirer parmi les banquiers qu'elle était décidée à soutenir l'Espagne en cas de rupture. Il n'y a que cette indication, venue d'assez haut, qui puisse m'expliquer les offres de crédit que je sais qu'a reçues l'Espagne, le cours de ses effets publics, et l'incertitude que je sens depuis quelques jours sur le cours des nôtres.
(( Vous trouverez ci-joints les pouvoirs des trois plénipotentiaires et les instructions que le Roi a jugé convenable de leur donner, elles sont, comme vous le verrez, ce dont le Conseil était convenu avant votre départ.
« Adieu, mon cher collègue, de cœur tout à vous.
« J° DE ViLLÈLE. »