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NOTICE BIOGRAPHIQUE XXI
de Chalon-sur-Saône, les seules dont nous ayons eu la collection sous les yeux, marquent particulièrement l'attention bienveillante qu'il prêtait à l'œuvre de ses confrères. Elles sont consacrées presque entièrement à des échanges de vue sur des lectures ou des interprétations de textes, qu'il serait intéressant de faire connaître. Je me bornerai à en citer ici quelques considérations générales que j'y ai relevées. Chabas, qu'un tempérament primesautier ne préparait guère à supporter les longueurs minutieuses de la pure philologie, faisait volontiers bon marché des questions relatives à la nuance précise des sons et à la valeur des formes grammaticales. Devéria l'en reprenait avec beaucoup de raison :
Plus j'avance et plus je m'éloigne de votre opinion sur ce système vague que vous adoptez et qui nous empoche de voir clairement ce qu'était la langue égyptienne. J'ai au contraire la conviction absolue que tout était fixe et précis dans cette langue et dans son écriture, et que, dans les bons textes des bonnes époques, les voyelles sont aussi fixes et immuables que les consonnes. J'attends pour changer d'opinion l'ouvrage que vous m'annoncez, mais j'ai grand'peur qu'il n'ait pas prise sur moi; cependant, croyez bien que je me rends toujours aux bonnes raisons...
Plus j'étudie et plus je suis convaincu que la langue antique est tout entière dans le copte, et que, lorsque nous n'y retrouvons pas le correspondant ou au moins le dérivé d'un mot hiéroglyphique, c'est que nous ne savons pas encore lire ce dernier...
Les scrupules philologiques de Devéria ne réussirent pas à modifier la fougueuse allure scientifique de son confrère. Voici la réponse qu'il en reçut :
Nous différons dans l'appréciation des quelques règles philologiques que vous considérez comme importantes, tandis que je les
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crois inexactes et dans tous les cas inutiles. Ce n'est pas un motif pour nous contrecarrer. Nous n'avons pas l'espoir, ni vous ni moi, de voir la science à son apogée. En conséquence, la solution de bien des questions est réservée forcément à l'avenir. Le mieux, quant à présent, est de noter et d'observer au lieu de légiférer. Quant à aller piano ce n'est pas dans ma nature ni dans mes possibilités... Trompons -nous, corrigeons -nous, la science en profite toujours et pendant ce temps elle marche, tandis qu'elle s'arrôte si nous nous arrêtons.
Dans le cours de cette même année 1860, qui le vit nommer conservateur adjoint, Devéria avait fait paraître un Spécimen de r interprétation des écritures de l'ancienne Egypte, décrit les pièces égyptiennes du musée d'Aix, et fourni à M. Fétis, de Bruxelles, pour son Histoire générale de la Musique, une notice sur les instruments de musique employés chez les anciens Égyptiens. Élu membre de rinstitut d'Alexandrie, il présenta à cette compagnie un travail sur un Monument biographique de Bakenkhonsou , grand-prêtre d'Ammon et architecte principal de Thèbes, contemporain de Moïse,
Mariette-Bey lui ayant offert de nouveau Thospitalité, il le rejoignit au Caire, le 21 janvier 1862. Il visita cette fois rintërieur de la grande pyramide et le tombeau des khalifes. Il remonta ensuite le Nil au delà de la première cataracte et poussa jusqu'à Ouadi-Halfa, en Nubie, dernier point où Champollion fût parvenu. 11 visita Ibsamboul, que ses colonnes de pierre font apercevoir de loin, et ses temples aux énormes cariatides, revint à Boulaq où Mariette le pria de s'occupera son retour en France de la publication, consentie par le vice-roi, du résultat général des fouilles. Ce fut le
NOTICE BIOGRAPHIQUE XXIII
commencement d'une collaboration qui dura autant que la vie de Devéria. M. de Rougé, qui sentait quels avantages rÉgyptologie devait en retirer, s'efforça d'en assurer le jeu et d'obtenir pour Devéria toutes les libertés compatibles avec la situation qu'il occupait de conservateur au Louvre. D'entrée de jeu, Mariette réclamait la présence de son aide en Egypte pendant l'hiver de 1861-1862; M. de Rougé écrit aussitôt à M. de Nieuwerkerke :
Il y aurait un grand avantage à ce voyage pour la connaissance un peu plus complète des découvertes qu'ont amenées les nouvelles fouilles. Vous savez que M. Mariette travaille maintenant très difficilement et qu'on ne peut en tirer la copie d'aucune inscription quand il n'a pas M. Devéria pour aide. Ses yeux et sa tête sont un peu fatigués du climat. Je regarderai donc un voyage de quelques mois de la part de Devéria comme quelque chose de très heureux. Les arrangements que Mariette lui offre lui permettraient de faire ce voyage moyennant une simple contribution de 500 francs, payables au retour. Je pense que vous pourrez lui trouver cette modique somme sur le budget de 1862 \
Les permissions nécessaires ne furent jamais refusées, grâce à cette intervention, et Devéria put se mettre plusieurs années de suite à la disposition de Mariette. L'œuvre allait bon train quand la mort de Said-Pacha en suspendit le progrès : Mariette se hâta de prévenir son collaborateur.
Mon cher ami, vous aurez appris par les journaux la mort regrettable du vice-roi. J'ai tout lieu d'espérer que cet événement n'arrêtera pas la publication que nous avons en train... Cependant, comme il faut tout prévoir, je crois prudent d'arrêter provisoire-
1. Lettre de M. de Rougé, datée de Paris, le 26 décembre 1861.
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ment l'affaire. Quant aux planches dont j'ai reçu les épreuves, je vais vous en écrire un de ces jours... Le vice-roi a décrété la construction d'un musée monumental sur la place de l'Ksbékieh. J'en fais les plans. Je tâcherai que ce soit sérieux et durable '.
L'interruption fut courte, et Ismaîl-Pacha se montra, dès le début, tout disposé à marcher sur les traces de Said. C'est avec une joie véritable que Mariette en donne avis :
Le nouveau vice-roi, bien entendu, continuera l'œuvre
commencée par son prédécesseur en faveur des antiquités, mais nous n'aurons plus comme avant à obtenir de ces faveurs qui nous mettaient si à l'aise. Ismaïl-Pacha calcule, et avec lui il faut des comptes non seulement en règle (ce qui est tout naturel), mais ne dépassant jamais d'un centime ce que lui-même a prévu et ordonné.
M. de Rougé est ici et déjà nous avons fait une tournée à Tanis, à Sakkarah et aux pyramides. En ce moment nous voguons vers la Haute-Egypte... Dès son arrivée au Caire, j'ai envoyé un ordre à tous mes réis sans exception de déblayer partout, de nettoyer partout les chemins, de ne pas laisser une pierre écrite sans qu'elle soit facilement abordable. Moi-même je ne quitte pas M. de Rougé d'une minute. Je le mène aux fouilles, je lui montre tout, et jusqu'à présent il n'a pas eu d'autre peine que de copier tout ce que je lui ai mis sous les yeux. En somme, son voyage est le plus facile qu'on ait jamais fait et je suppose que notre cher maître est content. M. de Rougé a écrit à M. Guigniaut une lettre qu'il m'a montrée sur les fouilles de Tanis. Il s'agit d'une stèle découverte par moi, vue par moi pour la première fois, traduite par moi en entier avant que M. de Rougé Tait même aperçue, et enfin indiquée par moi à M. de Rougé qui certainement, retournée contre terre comme elle Tétait, aurait passé dessus cent cinquante fois sans la voir si je
1. Lettre de M. Mariette, datée de Boulaq, le 26 janvier 1863.
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l'avais voulu. Dans ces circonstances, peut-ôtre M. de Rougé eûtil dû me laisser le plaisir de la faire connaître le premier. Il ne Ta pas voulu. Je n'ai rien à dire. Du reste, c'est là le véritable hommage que je veux rendre à M. de Rougé : de tout ce que je possède, de tout ce que je connais de monuments, je ne veux rien lui cacher. J'ai en ce moment 1,000 hommes qui travaillent à déblayer des inscriptions pour qu'il ait moins de mal à les copier. Maintenant c'est à lui de juger s'il doit me laisser ou non la primeur de ces découvertes... Pour moi, j'aurai fait ce que je regarde comme un devoir. Nous avons dépassé Béni-Souëf et notre première station hiéroglyphique sera Abydos. Là aussi j'ai bien du nouveau à faire voir à M. de Rougé. Thèbes viendra ensuite. Nous resterons là certainement quelques semaines. Karnak surtout sera un lieu à explorer à fond *.
Devéria cependant avait craint, lui aussi, que la mort de Said ne portât un coup fatal à Tœuvre commune^ et, comme il désirait avant tout en assurer rexécution, il avait proposé à Mariette de se charger gratuitement du travail des planches. Le Bey, très touché de ce désintéressement, car il connaissait exactement les ressources dont son correspondant disposait, se hâta de lui annoncer que l'Égyptologie n'avait rien perdu au changement du maître do TEgyptc :
Le Caire, le 2 mars 1863.
Mon cher ami, permettez-moi de vous dire tout d'abord que vous avez des scrupules d'honnête homme que je ne crois pas justifiés. La proposition que vous me faites, de ne plus toucher les petites sommes qui vous reviennent pour la peine que vous voulez bien vous donner de diriger nos publications, vous honore assurément; mais c'est là un excès de délicatesse que je ne puis accepter. En
1. Lettre de M. Mariette, en date de Béni-Souéf, le 2 février 1863.
XXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
effet, si maintenant vous n avez pas assez de besogne pour vous persuadera vous-même que vous gagnez votre argent, peut-être viendra-t-il un temps où vous en aurez trop, et alors le système de compensation doit mettre dès à présent votre conscience à Taise. D'un autre côté, songez bien que je suis loin de vous demander un travail de simple réviseur d'épreuves, et qu'une direction scientifique comme celle que je réclame de vous est de celles qu'aucun prix ne peut jamais payer. Tranquillisez-vous donc, mon cher ami, vous que j'estime infiniment: mais je crois que cette fois-ci vous vous exagérez le sacrifice que j'impose pour vous à la bourse du vice-roi, en même temps que vous amoindrissez vos propres services. Le Th. Devéria direxit ne m'a nullement choqué, soyezen sûr. A chacun selon ses œuvres. Il ne faut jamais en vouloir qu'à ceux qui se parent de plumes qui ne sont pas à eux.
Il est bien entendu qu'à vous seul revient le bon à tirer. Acceptez donc, refusez, corrigez, cela vous regarde. Si je demande qu'on m'envoie des épreuves, c'est à titre de renseignements...
Maintenant, j'ai un service à vous demander: celui de mettre le feu aux poudres et do faire en sorte que d'ici à un mois, coûte que coûte, nous ayons un certain nombre de planches prêtes^ pouvant être réunies en une, deux ou trois livraisons. Je vais vous dire naïvement le motif de la hâte excessive que je réclame de votre obligeance et de votre amitié.
Je n'espère aucunement le fameux prix de vingt mille francs que l'Académie des Inscriptions va décerner cette année. Peut-être, en faisant certaines démarches, pourrais-je arriver à prendre place parmi les candidats sérieux. Comme M. de Rougé me l'a écrit une fois, j'ai fait une grande chose dans ma vie, le Sérapéum, et, en ce moment, j'en termine une autre, le musée du Caire. Je crois donc qu'il ne m'est pas défendu de regarder de loin le fameux prix dont il s'agit et de songer tout au moins à l'honneur de l'accessit. Mais pour en arriver là, je vous répète qu'il me faudrait faire certaines
NOTICE BIOGRAPHIQUE XXVII
démarches auxquelles je ne me résoudrais que diflScilement. Je ne me regarde donc pas comme un candidat sérieux, et d'avance je me résigne au rôle de vaincu. — Cependant si mes goûts personnels ne me portent à m'occuper de cette affaire qu'avec répugnance, je suis ramené vers elle parles devoirs toujours sacrés que m'impose ma position de père d'une très nombreuse et très pauvre famille. Je serais coupable en effet si je laissais passer une occasion de laisser après moi à ceux qui portent mon nom un petit patrimoine. Dans ces circonstances, j'ai donc résolu de ne faire aucune demande, de ne tenter aucune démarche directe, mais de laisser parler en ma faveur mes meilleurs avocats, c'est-à-dire les faits, et de publier vers la fin d'avril le plus de livraisons possible de mes Fouilles. On verra par là que je vis.
Vous comprenez le reste. Allez donc voir G***, à qui d'ailleurs j'écris dans le même sens. Que les planches se tirent, se gravent, se photographient, que tout marche à la vapeur. Vous avez entre les mains les matériaux nécessaires pour marcher en avant. De mon côté, je vais vous envoyer des planches à faire graver.
Une fois que quelque chose comme 40 planches seront réunies, je fais faire (ou plutôt vous ferez faire) une jolie couverture; nous assemblons le tout en trois ou quatre livraisons ; s'il se peut, je vous envoie un court texte à y joindre, et au moins je n'aurai rien à me reprocher. Il va sans dire que les livraisons seront envoyées aux 40 membres de l'Académie.
Ainsi donc, mon cher ami, je compte sur vous et je vous remercie d'avance de tout ce que vous voudrez, bien faire.
Je travaille à force au texte du Sérapéum et de trois chapitres dont cette première partie de mes Fouilles sera composée. J'ai achevé complètement le premier. Le second va m'embarrasser beaucoup, parce qu'il comprend le catalogue des monuments découverts. C'est là que j'aurai besoin de faire appel à votre com-
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plaisance, les objets étant à Paris plus près de votre main que de la mienne*.
Je vous ai adressé deux pierres ; elles viennent du Pa«/o/)Aormm et j'ai été autorisé par le feu vice-roi à les offrir au Louvre. Elles entrent toutes deux dans ma publication et vous devez en avoir trace dans vos notes. Elles sont à graver d'après un modèle photographique.
Je prends occasion de ces pierres pour vous prier de hâter la confection des planches grecques. 11 n'est pas mal que mes livraisons futures ne s'adressent pas qu'aux Égyptologues... Vous avez au Louvre un fragment rjrec publié autrefois par Egger, et qui fait partie des envois du Sèrapéum. Ne croyez-vous pas que nous ferions bien de l'intercaler dès à présent dans nos livraisons? A vous alors le soin de le faire graver. Je vous laisse libre. Il vient aussi du Pastophorium et prendrait sa place avec les autres monuments de cette partie du temple.
Le nouveau vice-roi m'a parlé spontanément de son désir de continuer la publication ordonnée par son prédécesseur. Comme nous sommes en Ramadan, il n'y a rien à faire en ce moment pour terminer cette affaire, arranger les crédits, etc., mais vous pouvez annoncer à ceux qui s'intéressent à notre affaire qu'elle est loin d'être abandonnée.
Là-dessus, mon cher ami, je vous serre bien affectueusement la main.
Auguste Mariette.
1. La première série de la description des fouilles exécutées en Egypte par Auguste Mariette en 1850-1854, comprenant le Sèrapéum de Memphf's^ fut en effet impriméeen 1863 sous la direction de Théodule Devéria: l'œuvre est demeurée inachevée comme tout ce que Mariette projetait de faire sur le Sèrapéum. Devéria publia, la même année, dans la Reçue Archéologique plusieurs Mémoires importants: La nouccllc Table d' Abt/dos, une Description des objets composant une donation du prince Jérôme Napoléon au Louvre, la Notation des centaines de mille, Quel-
NOTICE BIOGRAPHIQUE XXIX
Il faut reconnaître pourtant que, malgré beaucoup de bonne volonté réciproque, les choses ne marchaient pas aussi bien qu'on l'aurait voulu. Mariette avait changé plusieurs fois de programme; ses hésitations étonnaient et le gouvernement égyptien qui devait en supporter les frais, et les éditeurs parisiens. Il avait d'ailleurs obtenu le prix de 20,000 francs; il chargea Devéria d'une dernière démarche auprès d'un imprimeur, à l'effet d'obtenir un devis ferme qu'il pourrait soumettre au vice-roi :
Boulaq, le 17 juin 1864.
. . . Quant à Taffaire de la publication, il faut en sortir à tout prix. Deux fois commencé, l'ouvrage a été deux fois interrompu. Je viens donc vous demander de me faire (avec Lemercier, si vous le Jugez bon) un petitdevis. Voici comment je comprends l'ouvrage : Je ne veux pas faire de luxe. Je désire au contraire éditer une sorte de Vade-mecum contenant des matériaux pour l'Égyptologie, quelque chose comme l'ouvrage de Sharpe, plus soigné. Pourvu que les textes y soient fidèlement reproduits, peu importe que le papier soit plus ou moins fin, etc Cependant je voudrais quelque chose de présentable.
Un premier volume contiendrait le Sérapéum.
Un second volume contiendrait Edfou.
Un troisième volume contiendrait Thèbes.
Un quatrième volume contiendrait Abydos et Saqqarah. — Ainsi de suite. Je mettrais peu de texte, seulement j'y ajouterais beaucoup d'index destinés à faciliter les recherches.
Le devis arrivé, je le soumettrai au vice-roi. Si le vice-roi veut me laisser faire l'ouvrage à ses frais, tout est pour le mieux. S'il ne veut pas, je suis décidé à le faire à l'aide de mes humbles
ques Personnages d'une famille pharaonique ^ La Race supposée protoceltique, qu'on trouvera reproduits parmi ses œuvres.
XVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE
Ce voynge avait duré quatre mois pendant lesquels l'enthousiasme de Devéria pour les lieux qu'il avait visités n'avait d'égal que son admiration pour l'incomparable tempérament archéologique de Mariette-Bey, admiration que n'atténuait pas même le regret, si fondé qu'il fût, qu'un tel don n'eût pas été secondé par des études égyptologiques préparatoires plus serrées dès le commencement, et par des connaissances philologiques plus complètes.
Théodule Devéria ayant été obligé l'année suivante d'aller pour sa santé aux eaux d'Allevard, le gouvernement le chargea de se rendre de là à Turin, dont le musée renferme une des plus belles collections d'antiquités égyptiennes de l'Europe. L'étude des papyrus inédits qu'il y trouva, comme de ceux qu'il avait inventoriés trois ans auparavant à Londres, à Dublin et à Lyon, était de la plus grande utilité pour la rédaction définitive du catalogue scientifique et détaillé des manuscrits du Louvre. Il poursuivait ce travail sous la direction éclairée de M. de Rougé, conservateur honoraire du musée égyptien, et celui-ci marquait chaque fois qu'il en rencontrait l'occasion, le désir de procurer à son jeune collaborateur une position qui lui permît de consacrer son temps entier à l'Égyptologie ;
J'apprends, écrivait-il à M. de Nieuwerkerke le le»" décembre 1860, qu'il serait question de prendre un parti au sujet de la position de M. Mariette. Si sa place de conservateur adjoint devient disponible, j'espère bien que vous penserez à M. Devéria dont le zèle et le savoir méritent une récompense. Ses travaux sérieux et estimés, en Allemagne et en Angleterre, des gens de la spécialité ont commencé à lui faire une réputation solide telle qu'on doit l'exiger des personnes qui prétendent à figurer parmi les conservateurs du
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Couvre. . . L'absence continuelle de M. Mariette ne laisse V àe devenir gênante, parce que les exigences de ma position P^''nie(tent pas assez souvent la présence au l^ouvre. ^ cette époque, Mariette-Bcy allait se lier plus étroileJl^ ''"service khédivial, en acceptant le titre de directeur '"''^tijnents historiques de l'Egypte et du musée du Ct»-' ^^^^<iule Devéria fut nommé à sa place conservateur adi' f' -^Usée Égyptien au Louvre, et Mariette, auquel il i ^^i j s'en réjouit cordialement :
, ''*' X^Ius félicite bien sincèrement de la. posit/on nouvt .^^^iTHoizs venez d'être promu, vous n^éritie^ cette prorx.otx< ;^t*-^ jleUent curactère et par vos progrès da«s une étud« <
''''*^ O f-T f^ail^ Ainsi nous Voici collègues, j '«« suis erxoba-x. rr» ^-^""etre laoi^^- ^ c> rouvre dont,
«t* t>«.rl.^o.goe^ bien eeue belle cuecon «." ^"^J^ „^, cjo
'•''^ *»e^onne,J •-<!--'-'«'-». '-'•'»»';^';^y;„i ««-> s^ d-^ „ -^i^r-d 'Il ui pour trouver quelque cnost. h
^^^Xïient la science. ,deur; ^'^
^Nr ux continuent ici avec la même ara*? ^^^
d^^/^^ ""^^'^ , -Je et dépasse Dendérah. Karnak ne d» ^^^j cb.^J*^'^ ^P^®° avons cependant trouvé deux beo.^^ ^^t. 1
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Qi^^^^ *'°"''^ *''*^^4joses pour l'histoire desTontm^^'-Il,!^' lot *^"^' •'^"^fî de Rougé. je fais mention de la ress^^^^ ^^^e:c.« lettre à ^- ^^^ ^e San et les populations du JV^^' «*»ste entre le spl^»*^^ '^ ^^^ r>^*
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/ï x:»« nousapP»\ ^ niultiples qui permettent ^ «-"^
écrite au Caire le 22 décembre 18<5t>- '• Lettre de Mar*^'
XX NOTICE BIOGRAPHIQUE
valeur de contenter au même degré radministration, la science et un public parfois plus exigeant que la science et l'administration à la fois. Le fait suivant, qui aurait pu servir à justifier plus tard la création de TÉcole du Louvre, nous le montre au moins désireux de satisfaire au delà de son strict devoir les travailleurs qui s'adressaient à lui. Quelques jeunes gens vinrent le trouver un jour et lui dirent : « Un professeur )) étranger nous avait proposé de nous faire un cours sur » récriture démotique; nous avons déjà entendu plus de dix » de ses leçons, mais il n'est pas parvenu à nous faire com- » prendre ce qu'était cette écriture et quels en sont les élé- )) ments. — Je n'ai pas le temps de vous faire un cours, » répondit Devéria, mais asseyez-vous, je crois qu'en une » heure ou deux, je pourrais vous donner quelque gatisfac- » tion. )) En etîet, une heure après, ces jeunes gens^ grâce à la méthode et à la clarté du jeune professeur, possédaient au moins quelques éléments généraux de l'étude qu'ils voulaient poursuivre\ Était-ce-làun cours, une conférence, une simple conversation? A l'époque dont il s'agit, Devéria aurait pu être inquiété comme ayant contrevenu aux dispositions de l'art. 2 du décret du 17 mars 1808 qui régissait l'enseignement supérieur!
Sa bonne volonté savait encore supporter une autre épreuve : ses amis scientifiques l'entretenaient de leurs travaux, et il ne cherchait pas à se soustraire à la correspondance considérable qui en résultait. Ses lettres à M. Chabas,
1. Otte anecdote est un souvenir d'une petite scène dont fut témoin au Louvre M. Edouard Charton, alors député, anecdote qu'il eut l'occasion de citer à la Chambre le 8 juin 1875, lors de la délibération sur la proposition de M. le C" Jaubert, relative à la liberté de l'enseignement supérieur.
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crois inexactes et dans tous les cas inutiles. Ce n'est pas un motif pour nous contrecarrer. Nous n'avons pas l'espoir, ni vous ni moi, de voir la science à son apogée. En conséquence, la solution de bien dos questions est réservée forcément à l'avenir. Le mieux, quant à présent, est de noter et d'observer au lieu do légiférer. Quant à aller piano ce n'est pas dans ma nature ni dans mes possibilités... Trompons -nous, corrigeons - nous , la science en profite toujours et pendant ce temps elle marche, tandis qu'elle s'arrête si nous nous arrêtons.
Dans le cours de cette môme année 1860, qui le vit nommer conservateur adjoint, Devéria avait fait paraître \in Spécimen de V inierprctalion des écritures de l'ancienne Egypte, décrit les pièces égyptiennes du musée d'Aix, et fourni à M. Fétis, de Bruxelles, pour son Histoire générale de la Musique, une notice sur les instruments de musique employés chez les anciens Égyptiens. Élu membre de rinstitut d'Alexandrie, il présenta à cette compagnie un travail sur un Monument biographique de Bakenkhonsou , grand-prêtre d'Ammon et architecte principal de Thèbes, contemporain de Moïse.
Mariette-Bey lui ayant offert de nouveau Thospitalité, il le rejoignit au Caire, le 21 janvier 18G2. Il visita cette fois rintcrieur de la grande ])yramide et le tombeau des khalifes. Il remonta ensuite le Nil au deUi de la première cataracte et poussa jusqu'à Ouadi-Halfa, en Nubie, dernier point où ChampoUion fût parvenu. Il visita Ibsamboul, que ses colonnes de pierre font apercevoir de loin, et ses temples aux énormes cariatides, revint à Boulaq où Mariette le pria de s'occupera son retour en France de la publication, consentie par le vice-roi, du résultat général des fouilles. Ce fut le
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ment l'affaire. Quant aux planches dont j'ai reçu les épreuves, je vais vous en écrire un de ces jours... Le vice-roi a décrété la construction d*un musée monumental sur la place de TEsbékieh. J*en fais les plans. Je tâcherai que ce soit sérieux et durable *.
L'interruption fut courte, et Ismaïl-Paclia se montra, dès le début, tout disposé à marcher sur les traces de Said. C'est avec une joie véritable que Mariette en donne avis :
Le nouveau vice-roi, bien entendu, continuera Tœuvre
commencée par son prédécesseur en faveur des antiquités, mais nous n'aurons plus comme avant à obtenir de ces faveurs qui nous mettaient si à l'aise, Ismaïl-Paeha calcule, et avec lui il faut des comptes non seulement en règle (ce qui est tout naturel), mais ne dépassant jamais d'un centime ce que lui-même a prévu et ordonné.
M. de Rougé est ici et déjà nous avons fait une tournée à Tanis, à Sakkarah et aux pyramides. En ce moment nous voguons vers la Haute-Egypte... Dès son arrivée au Caire, j'ai envoyé un ordre à tous mes réis sans exception de déblayer partout, de nettoyer partout les chemins, de ne pas laisser une pierre écrite sans qu'elle soit facilement abordable. Moi-même je ne quitte pas M. de Rougé d'une minute. Je le mène aux fouilles, je lui montre tout, et jusqu'à présent il n'a pas eu d'autre peine que de copier tout ce que je lui ai mis sous les yeux. En somme, son voyage est le plus facile qu'on ait jamais fait et je suppose que notre cher maître est content. M. de Rougé a écrit à M. Guigniaut une lettre qu'il m'a montrée sur les fouilles de Tanis. Il s'agit d'une stèle découverte par moi, vue par moi pour la première fois, traduite par moi en entier avant que M. de Rougé l'ait même aperçue, et enfin indiquée par moi à M. de Rougé qui certainement, retournée contre terre comme elle l'était, aurait passé dessus cent cinquante fois sans la voir si je
1. Lettre de M, Mariette, datée de Boulaq, le 26 janvier 1863.
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-dess*"^^"^ e^'*^»'^^ me faites, cie ne i>lus tou , a Vropo^^^. ^.^stfe^^ennent pour
propo^^^l'^^^^stfe^^eiinent pour Ja f>ei«e cjue vc
-,meS <\^^ "^'^ àWVSCP nos publications, ^ous hono
*°^^4otinet ^^^ cxc^s de déhcatesse cixi<^ j'^ "« P"i'
""""^ c'est 1^ ^^„i-So««f, ie2l
■jtva."vS c «^ xlat^®*^' ^° date de
XXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
effet, si maintenant vous n*avez pas assez de besogne pour vous persuadera vous-même que vous gagnez votre argent, peut-être viendra-t-il un temps où vous en aurez trop, et alors le système de compensation doit mettre dès à présent votre conscience à Taise. D'un autre côté, songez bien que je suis loin de vous demander un travail de simple réviseur d'épreuves, et qu'une direction scientifique comme celle que je réclame de vous est de celles qu'aucun prix ne peut jamais payer. Tranquillisez-vous donc, mon cher ami, vous que j'estime infiniment: mais je crois que cette fois-ci vous vous exagérez le sacrifice que j'impose pour vous à la bourse du vice-roi, en même temps que vous amoindrissez vos propres services. Le Th. Devéria direxit ne m'a nullement choqué, soyezen sûr. A chacun selon ses œuvres. Il ne faut jamais en vouloir qu'à ceux qui se parent de plumes qui ne sont pas à eux.
Il est bien entendu qu'à vous seul revient le bon à tirer. Acceptez donc, refusez, corrigez, cela vous regarde. Si je demande quon m'envoie des épreuves, c'est à titre de renseignements...
Maintenant, j'ai un service à vous demander: celui de mettre le feu aux poudres et de faire en sorte que d'ici à un mois, coûte que coûte, nous ayons un certain nombre de planches prêtes^ pouvant être réunies en une, deux ou trois livraisons. Je vais vous dire naïvement le motif de la hâte excessive que je réclame de votre obligeance et de votre amitié.
Je n'espère aucunement le fameux prix de vingt mille francs que l'Académie des Inscriptions va décerner cette année. Peut-être, en faisant certaines démarches, pourrais-je arriver à prendre place parmi les candidats sérieux. Comme M. de Rougé me l'a écrit une fois, j'ai fait une grande chose dans ma vie, le Sérapéum, et, en ce moment, j'en termine une autre, le musée du Caire. Je crois donc qu'il ne m'est pas défendu de regarder de loin le fameux prix dont il s'agit et de songer tout au moins à l'honneur de l'accessit. Mais pour en arriver là, je vous répète qu'il me faudrait faire certaines
NOTICE BIOGRAPHIQUE
^lémarches auxquelles je ne me résoudrais que difRcWernent. ^^ «'e regarde donc pas comme un candidat sérieux, et d avanc J ^, '^s'goe au rôle de vaincu. - Cependant si TXies goûts persou , "«««Portent à m-occuper de cette affaire qu'avec rèpugnance,^^ '"'"■^r^ené vers elle par les devoirs toujours sacrés que m'imp ^ ""^^o^-it/on de père d'une très nombreuse et très pauvre famille. ^''^^■^ Coupable en effet si je laissais passer xai^o occasion de lais^ """''^ ^oià. ceux qui portent mon nom uo petit patnmoine. D(.i .'*'"^'^<^onstaxices, j'ai donc résolu de ne f air o aucune demande. / ^^^" aucune ién.archo directe, mais de la-sser parler en^ "^^^^^.^^^eiHeurs avocats, c'est-à-dire les faUs, et do pub '^^ iç^. ^^ d'avril le plus de livraisons possibJe «
^^ l:>arlA q"e je vis. ^ d'ail
ré^"^^^ comprenez ,e reste. Allez donc vo.r ^ , ^^ ^^^
e^'-^i^ dans le même sens. Que les planche, se ^^^.^^
;^^^»ographient, q"« ^-^--«.'^^ ^ '^ ^^P;^","^,r en — " ''" ^^in! les matériaux nécessaires pour marche ,^^^^,. mot, ^^., ,-e vais vous envoyer des planches à faire fe^^ r^, Xj^ ^*^: ^ quelque chose comme 40 planches '^^'^^.t^r^ '
je t
- î® '^^^f.^elque chose comme 40 planches s^ro^
,e f..^^ ^°^^ "l"^ Plutôt vous ferez faire) une jolie co«^'^^€, J'
asj^*^ '^'^^ ^''" .te» trois ou quatre livraisons; s'il se P j^r.
ea v^ *^>^°^ ^^ TiL Je ^ y ioindre, et au moins je n'^u -^^^y^-
reJT ^^ "° '''" «s dire que les livraisons seront ^^
'«t^»^o<5i,er. Il va sans <ai H
4» tr^^ u A^ i» Académie. ,^i;i^ ^
^embres de 1 >^ ^^^^ ami, je compte sur vous et je V^ -^insi donc, mon ^^^^^^^^^^^j^.^^^j^.^^ ^ ,
* avance de tout ce <3« . - . -,j
j. ' ^u texte du Sérapéum et de tr*' ^^^e-
do ^ *-^^^3''^e à ^^^*' ' rtie de mes FouiUes sera coi^P ^^^^a °»it cette premi^»"^ ^ ^^ premier. Le second va tn'^*^'' ^ t,n« *^^®^'^ eomplètem*^*^^^ comprend le catalogue des ^^^x'^ ^^ aucoup, parce <3^ ' ; «aurai besoin de faire appel à ^^ découvert» f-v«tlâ. <i^*^
''^erts. C'est là- *1
XXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE
plaisance, les objets étant à Paris plus près de votre main que delà mienne \
Je vous ai adressé deux pierres ; elles viennent du Pasiophorium et j'ai été autorisé par le feu vice-roi à les offrir au Louvre. Elles entrent toutes deux dans ma publication et vous devez en avoir trace dans vos notes. Elles sont à graver d'après un modèle photographique.
Je prends occasion de ces pierres pour vous prier de hâter la confection des planchesgrecques. lln'estpas mal que mes livraisons futures ne s'adressent pas qu'aux Égyptologues... Vous avez au Louvre un fragment grec publié autrefois par Egger, et qui fait partie des envois du Sérapéum. Ne croyez-vous pas que nous ferions bien de l'intercaler dès à présent dans nos livraisons? A vous alors le soin de le faire graver. Je vous laisse libre. Il vient aussi du Pasiophorium et prendrait sa place avec les autres monuments de cette partie du temple.
Le nouveau vice-roi m'a parlé spontanément de son désir de continuer la publication ordonnée par son prédécesseur. Comme nous sommes en Ramadan, il n'y a rien à faire en ce moment pour terminer cette affaire, arranger les crédits, etc., mais vous pouvez annoncer à ceux qui s'intéressent à notre affaire qu'elle est loin d'être abandonnée.
Là-dessus, mon cher ami, je vous serre bien affectueusement la main.
Auguste Mariette.
1. La première série de la description des fouilles exécutées en Egypte par Auguste Mariette en 1850-1854, comprenant le Scrapèum de Mcmplus, fut en effet imprimée en 1863 sous la direction de Théodule Devéria: l'œuvre est demeurée inachevée comme tout ce que Mariette projetait de faire sur le Sérapéum. Devéria publia, la môme année, dans la Revue Archèoloifiquc plusieurs Mémoires importants : La nouccUc Table d' Abi/dos, une Description des objets composant une donation du prince Jérôme Napoléon au Louvre, la Notation des centaines de milles Quel-
NOTICE BIOGRAPHIQUE
'^ut reconnaître pourtant que, malgré l3eaucoup de hO^ ^ OQté réciproque, les choses ne marchaient pas aussi ^^ ^ ^aurait voulu, Mariette avait changé plusieurs fois ^ ^^^ttime; ses hésitations étonnaient et le gouvernem^^ p . . ^^O qui devait en supporter les frais, et les éditei^^ jj ^^^^^' J' avait d'ailleurs obtenu le prix de 20,000 franc* yjjjj. f^^^ea Devéria d'une dernière déiTi arche auprès d'i ^oor^ ^^ur^ â refïet d'obtenir un devis f^i^'^^ qu'il pourn ^tre au vice- roi :
Boolaq> 'ei7juin 18G^
Pr/j^^ *^j.^^^^uant A l'affaire de la publication, il faut en sortir à,
•^6 w ^^^ux fois commencé, Touvrage a été deux fois interrort
lej^ ^ ^ donc vous demander de me faire (avec Lemerciery si ^
Je^ ^^^ bon) un petit devis. Voici comment je comprends l'otxvr
(1q ^^ '^'^ux pas faire de luxe. Je désire au contraire éditeur une î
qy ^^^^c-mecur^z contenant des matériaux pour FÉgyptolo^^^^ ^
lej^^*^^::^ se comme l 'ouvrage de Sharpe, plus soigné. Pour v^^ ^
^^.^^^ :V- soient fidèlement reproduits, peu importa ^^^^ ^too
l^lvzj^s Qu moins fin, etc. Cependant je voudrais quela^^
** P>jeinier voltime contiendrait le Sérapéum. 1^** second volume contiendrait Edfou.
** troisième volume contiendrait Thèbes. ^
, ^*» «quatrième volume contiendrait Abydos et Saqqar^ï'-^t»*:
® ^V» î te Je mettra îs pe " «*« ^^t**' seulement j'y ajoutera-i «
^'"^<'^^ destinés â faciliter les recherches. ^^- v
^^ <*ev,-s arrivé je '^ soumettrai au vice-roi. Si le vi^^' ^^-^i
°;^ laisse, f^i^^ i^ouvrage à ses frais, tout est pour ^^^^bl
^" ne ^^.„ -^ «uis d-écidéà le faire à l'aide de me^ '^
*^«ut pas, je s»-*'
ques f»^^ ,, ,rï<? fixnrMe pharaonique, La Race supP*^
tocelti^^^^'^'^y^s jj^er» reproduits parmi ses œuvres.
XLII NOTICE BIOGRAPHIQUE
dirigé la publication et exécuté toutes les planches. Mariette s'excusa de son mieux :
Paris, 25 juin 1869.
...... Je ne vous ai pas envoyé un exemplaire de mon ouvrage,
parce que je n'en ai donné à personne au monde et que je n'en possède pas même un pour mon usage. Si l'éditeur Vieweg l'a annoncé, c'est contre mon ordre. S'il en a vendu douze exemplaires, ce sont douze exemplaires qu'il a réussi à avoir chez M. Gohier\ L'éditeur Vieweg ne s'est aucunement conformé à mes instructions, et quand j'ai vu qu'il mettait mon ouvrage en vente malgré mes ordres, je lui ai envoyé M. Desjardins, et je lui ai écrit pour lui annoncer que j'allais lui faire un procès. Voilà pourquoi vous n'avez pas reçu un exemplaire. Ceux qui en possèdent un l'ont acheté à l'éditeur Vieweg qui Ta vendu à mon insu et contre mes instructions les plus formelles. Après ces explications, vous ne vous étonnerez pas que je ne vous en aie pas offert un. Cet exemplaire vous revient de droit et il ne m'entre même pas dans l'esprit de le contester.
En réalité, l'éditeur n'était pas si coupable : Mariette l'avait véritablement autorisé par lettre à vendre l'ouvrage, puis lui avait retiré l'autorisation par la lettre suivante, et les volumes vendus l'avaient été dans l'intervalle des deux courriers. Quoi qu'il en soit, l'édition fut retirée de la circulation, puis démembrée, et il n'en subsiste plus qu'une demi-douzaine d'exemplaires, mais les planches s'en retrouvent dans d'autres publications de Mariette, dans les Monuments divers et dans les deux volumes à'Abydos, où ceux-là seuls qui connaissent l'écriture de Devéria peuvent les distinguer des planches dues à d'autres dessinateurs allemands, italiens ou français.
1. L'imprimeur-lithographe chez qui les planches avaient été exécutées à Paris.
NOTICE BIOGRAPHIQUE XLIU
Devéria n'eut pas le chagrin de voir son œuvre ainsi dépecée et diminuée; il mourut à Paris le 2b janvier 1871. Gravement malade de la poitrine, il ne se soutenait depuis plusieurs années qu'en allant passer Thiver à Cannes. Mais lorsqu'en septembre 1870 il vit Paris menacé de l'investissement, il n'eut plus souci que des dangers que couraient les richesses archéologiques confiées à sa garde. Il refusa énergiquement de s'éloigner, malgré son mauvais état de santé. Dans la soirée du 10 janvier, par un froid intense, il fut forcé de quitter son appartement de la rive gauche atteint par les projectiles allemands. Peu de jours après, il était mort.
Malgré la menace des obus, quelques amis se réunirent pour lui rendre les derniers devoirs. Voici les paroles que M. A. Maury, membre de l'Institut, prononça sur sa tombe :
Messieurs, je ne veux pas laisser rendre à la terre la dépouille de Théodule Devéria sans lui adresser au nom de la Société des Antiquaires de France, où j'avais l'honneur d'être son collègue, un suprême et solennel adieu. La science archéologique perd en Théodule Devéria, un de ses plus estimables représentants, et Térudition française gardera de lui le plus honorable souvenir. Né en 1831 dans une famille qui a donné à notre pays deux peintres éminents, Théodule Devéria, qui montra dès sa jeunesse les plus heureuses dispositions pour le dessin, aurait pu suivre avec succès la carrière où son père et son oncle se sont acquis une juste renommée; mais une vocation irrésistible l'entraînait vers l'étude de l'antiquité. Il s'attacha de préférence à l'archéologie égyptienne, qui, née à peine il y a un demi-siècle, promet à ceux qui s'y livrent tant de découvertes intéressantes et de révélations curieuses. Là en effet sa facilité à manier le crayon prêtait à Th. Devéria, pour ses recherches, un précieux secours. Th. Devéria fit dans la connaissance des hiéroglyphes de rapides progrès, il apprit à fond le copte
XLIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
et rhébreu, il prit les conseils ei suivit les leçons de notre éminent égyplologue, M. Emmanuel de Rougé, qui frappé de son rare mérite, le signala plus tard au choix du ministre pour la place de conservateur adjoint des antiquités égyptiennes au Louvre, à laquelle Th. Devéria ne tarda pas à être appelé. Un travail constant fit promptement de notre regretté collègue et ami un maître dans la science qu'il cultivait avec autant d'ardeur que d'abnégation. Mais atteint d'un mal qui minait ses forces sans abattre son courage et son énergie au travail, qui l'obligea souvent à se transporter sous un ciel plus doux, dans un climat où il pouvait espérer l'atténuation de ses souffrances, il ne put poursuivre longtemps la voie où il avait si brillamment débuté. Grâce aux soins touchants dont il était entouré, il aurait peut-être prolongé assez son existence pour nous faire jouir encore de quelques nouvelles productions scientifiques, mais les malheurs de la patrie sont venus s'ajouter aux douleurs de la maladie. Hélas I Th. Devéria est une victime de plus à joindre à celles déjà si nombreuses de l'impitoyable bombardement que subit en ce moment notre ville infortunée.
Je n'ai pas besoin, Messieurs, de vous rappeler toute l'étendue de la perte que nous faisons; vous lavez connu, c'est dire que vous l'avez aimé; vous avez apprécié les rares qualités de l'âme qui s'unissaient en lui aux dons de l'esprit, ce sentiment si délicat du devoir, cette sécurité du commerce, cette modestie qui n'avait rien d'affecté, cette piété filiale dont il fut toujours un modèle accompli, ce caraetère excellent enfin qui lui avait con'cilié l'estime de tous...
Une extrême modestie avait dissuadé Th. Devéria de faire paraître quelques Mémoires qui, terminés, restaient dans ses cartons; son digne et savant successeur, M. Paul Pierret, publia quelques-uns d'entre eux, parmi lesquels nous citerons V Hiéroglyphique 1 , 41 d'Horapollon et Le Fer et V Aimant. Grâce encore aux soins de M. Pierret, que nous sommes heu-
NOTICE BIOGRAPHIQUE XLV
reux de pouvoir remercier ici, Timpression du Catalogue analytique des papyrus égyptiens du Louvre fut enfin terminée.
Chaque jour, dit M. Renan en annonçant à Ja Société Asiatique Tapparition de cet ouvrage, nous fait davantage connaître ce que ce jeune savant avait accumulé de recherches et ce qu'il avait laissé de travaux en préparation. Le précieux catalogue que nous devons à Devéria et qui lui a coûté douze ans de travail renferme des analyses de textes entièrement neuves en caractères hiératiques, démotiques, grecs, arabes et latins.
J'ai laissé à M. Gabriel Devéria le soin de retracer brièvement la vie du frère qu'il a tant aimé : lui seul pouvait dire ce qu'avaient été ses débuts et ses préoccupations de chaque jour. Je n'ai connu Devéria que sur la fin, au mois de juillet et d'août 1867. Mariette m'avait confié le texte de la grande inscription d'Abydos, et j'en avais fait un mémoire que je cherchais à publier : l'éditeur Vieweg ne demandait pas mieux que de l'accepter, mais il voulait avoir sur la valeur de l'œuvre le jugement d'un Égyptologue en renom, et il avait prié Devéria d'examiner mon travail. Ce ne fut pas sans une grande émotion que, normalien licencié quelques jours auparavant, je me présentai rue des Fossés-Saint-Jacques, devant le juge qui devait décider de mon sort. L'accueil de Devéria me rassura promptement : il parcourut avec moi le gros manuscrit que je lui apportais, m'indiqua quelques corrections nécessaires, me fournit des matériaux sur plusieurs points de mes recherches, et comme une seule soirée ne suffisait pas, il m'invita à revenir. Il fallut cinq ou six séances pour venir à bout du tout^ et jamais la patience du
XLVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
maître et sa confiance ne se démentirent : j'avais bien quelque remords à le fatiguer, et la toux qui lui brisait la poitrine me faisait désirer [)arfois abréger nos conférences, mais le désir qu'il avait de rendre service à un débutant était plus fort que le malaise dont il souffrait, et il m'obligeait à rester avec lui jusqu'assez avant dans la nuit. Sa mère et sa plus jeune sœur veillaient sur lui avec anxiété, et j'emportais chaque fois de mes visites l'impression que TÉgyptologie ne tarderait pas longtemps à subir une grande perte.
Cette bienveillance inaltérable, beaucoup en ont ressenti les efîets qui ne l'ont jamais oubliée. 11 ouvrait volontiers ses portefeuilles aux confrères qui le consultaient, leur prétait ses notes, se désistait en leur faveur de monuments qu'il songeait à publier lui-même. La maladie qui le dévorait Tempôchait de mettre à exécution les grands projets qu'il avait conçus dans sa première jeunesse. Seul son Catalogue forme un assez gros volume : c'est que, ce genre de travail rentrant dans sa tâche de conservateur, il avait pu y consacrer journellement les heures qu'il devait au Musée. Cette occupation quotidienne et sa faiblesse croissante ne lui permirent de mener à fin aucune œuvre de longue haleine. Il n'a publié que des dissertations assez courtes; travaillant lentement et souvent obligé de mettre un assez long intervalle entre ses efforts, il s'y reprenait i\ cinq ou six fois avant de rien achever. A peine avait-il mis son travail au point voulu, il se sentait saisi de scrupules irrépressibles, et il se demandait s'il ne ferait pas bien d'attendre quelque temps encore avant de livrer à l'impression ce qu'il venait de finir : nul que ceux qui l'ont connu ou qui ont eu en main ses papiers ne peut imaginer ce que lui coûtaient de peine à rédiger ces mémoires
NOTICE BIOGRAPHIQUE XLVII
de quelques pages si aisés à lire, si faciles à comprendre. L'intérêt des résultats obtenus compensait du moins la brièveté de chacun d'eux. Devéria est l'un des premiers parmi nous qui aient compris la méthode appliquée par E. de Rougé, et qui l'aient pratiquée avec bonheur : il analysait patiemment ses textes, accumulait les exemples pour découvrir le sens d'un mot ou d'une formule, ne risquait une traduction qu'après en avoir étayé toutes les parties des preuves qui lui paraissaient être le plus solides. Plus d'un parmi les Égyptologues de la génération présente, qui a toujours eu des professeurs prêts à l'aider, des Dictionnaires et des Grammaires pour lui éviter la peine de deviner le sens des mots et des tournures grammaticales, sourira en lisant les premières pages de ces volumes et s'étonnera à la vue des erreurs accumulées par nos devanciers sur des questions aujourd'hui résolues : il y a quarante ans, les plus forts se trompaient beaucoup, mais ils savaient se corriger eux-mêmes, et rien n'est plus curieux que de noter dans leurs œuvres les moments de leur développement scientifique et, par les progrès qu'ils accomplissaient d'un mémoire à l'autre, les progrès de TÉgyptologie.
Je me suis attaché à rassembler tout ce que Devéria avait publié, jusqu'aux moindres notes. J ai joint à ce premier fonds ceux de ses mémoires inédits qui m'ont paru compléter les autres ou donner une idée nette de sa façon d'étudier les monuments. Lorsqu'ils étaient inachevés, je n'ai eu garde d'y rien ajouter qui pût en dénaturer le plan : je me suis borné à choisir parmi les rédactions diverses celle qui était la plus complète, à en disposer les fragments dans l'ordre où l'auteur même les avait placés, et quand j'ai dû y intercaler quelques mots pour marquer la suite des idées, la différence des carac-
XLVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE
tères employés trahit immédiatement aux yeux Tinteipolation. L'ensemble forme une œuvre assez considérable, dont les pièces principales étîîient peu connues même des Égyptologues, et pourtant que représente-t-elleàcôtédes matériaux que Devéria avait amassés et qu'il comptait employer s'il avait vécu? Les manuscrits, acquis par le Louvre après sa mort, sur l'initiative de M. de Rougé, comprennent, d'après le catalogue qu'en dressa M. Pierrot :
11 volumes d'empreintes prises avec beaucoup de soin en Egypte et dans divers musées d'Europe (les monuments du Louvre y occupent la plus grande place).
7 volumes de reproductions de monuments (copies, empreintes, estampages, photographies) relatifs à Phistoire d*Égypte et classés chronologiquement.
1 volume de documents relatifs au culte.
1 volume de documents relatifs aux funérailles.
1 volume de documents relatifs aux mœurs.
3 volumes de documents relatifs au Livre des morts et aux imitations de ce livre.
1 volume de documents relatifs au Sérapéum de Memphis.
3 volumes de documents relatifs au Panthéon égyptien.
1 volume de travaux sur l'écriture démotique.
1 volume de documents relatifs à l'Egypte moderne.
1 volume de documents relatifs à l'histoire naturelle de l'Egypte.
3 volumes de vues de monuments classés géographiquement.
1 dictionnaire égyptien manuscrit en 6 volumes. 16 boîtes de fiches.
Beaucoup sont déjà venus puiser à pleines mains dans ces richesses, beaucoup viendront y puiser longtemps encore : Devéria mort continue de rendre service à notre science.
G. Maspero.
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