‹ Memoires et journaux du general DecaenChapitre 55 sur 132 · HEUREUSES DISPOSITIONS DE MOREAU · texte numérisé non relu

HEUREUSES DISPOSITIONS DE MOREAU

cher avec plus de rapidité et avec tout rensembic possible " ; qu'après m'avoir demandé si toute ma division serait réunie dans la soirée, et que j'eus répondu affirmativement, mais à 500 hommes près qui, phicés à des avant-postes éloignés, ne rejoindraient que durant la nuit, le général Moreau avait dit : (( Eh bien! Je voulais faire tourner l'ennemi par 10 000 hommes; il le sera alors par 20000. Mais à quelle heure pourrez-vous arriver sur Christoph? — Je ne puis pas le préciser, mais je ferai mon possible pour que la majeure partie de mes troupes y soient avant midi n ; enfin (jue le général Moreau avait décidé que je suivrais la division Richepance, et (jue des ordres m'avaient été donnés en conséquence.

Après ce préliminaire, je donnai mon explication en ces termes : " L'archiduc Jean, nous croyant en pleine retraite tandis que nous nous préparions à lui livrer bataille, avait fait marcher son armée, par la vallée d'Isen et par la grande route de Haag, sur Hohenlindeu, et il avait dirigé une division sur son flanc gauche par Albachiug pour se porter par la route de Wasserburg à Ebersberg. Le général qui la commandait avait mis du retard à exécuter ses ordres, autrement il aurait pu inquiéter la droite de la colonne Richepance qui avait laissé celte route pour prendre le chemin de Christoph, et retarder sou mouvement; et, ce que le général autrichien n'avait pas fait contre cette colonne, il aurait pu l'exécuter contre la mienne lorsque je lui fis prendre la même direction. Cependant, au moment où la plus grande partie de mes troupes était engagée sur celte nouvelle direction, mes éclaireurs avaient fait annoncer qu'ils avaient rencontré quelques ennemis sur la route de Wasserburg, et j'avais envoyé un parti de dragons et d'infanterie pour les observer en attendant l'arrivée d'une partie de la brigade Debilly que j'avais laissée à Ebersberg où elle devait être relevée par une des divisions de l'aile droite de l'armée. Or, n'ayant pas d'inquiétude de la part de l'ennemi que j'aurais eu à combattre s'il n'avait pas mis de retard à s'avancer, j'avais hâté la marche de mes troupes pour arriver sur le plateau de Christoph, parce qu'on se battait alors vivement vers Hohenlinden. n

Je ne fis pas le récit des différentes dispositions que j'avais ordonnées, soit pour arriver sur le plateau de Christoph, soit pour II. 16

242 MEMOIRES ET JOIRXALX DU GEMERAL DECAEX

combattre les onnomis qui furent rencontrés à sa proximité, soit enfin pour rétablir la jonction d'une partie de la division Ricbepance que j'avais trouvée sur ce plateau et qui avait été séparée de l'autre partie, à la tète de laquelle ce général avait marché sur Maitenbeth, par des ennemis arrivés sur le flanc gauche de la colonne française et qui l'avaient coupée.

Mais je dis au Premier Consul que le général Kniaziewicz, avec une partie de la légion polonaise que j'avais dirigée sur la droite de Christoph pour contribuer à rétablir la jonction des troupes de Richepance, s'était trouvé en présence de ce corps de l'armée autrichienne que l'on aurait dû plus tôt rencontrer, et avec lequel les ennemis qui avaient coupé la colonne française voulaient opérer leur jonction : ce qui avait été contrarié par l'arrivée de mon avant-garde conduite par le chef de brigade Laffon, du 6" de chasseurs à cheval; qu'il était résulté des dispositions que j'avais ordonnées, et du combat qui s'était engagé, que les troupes séparées de celles à la tète desquelles se trouvait le général Richepance l'avaient rejoint; et que, bientôt après, la victoire s'était décidée en notre faveur car, de toutes parts, les troupes de ma division avaient amené des prisonniers, au moins 3 000, et sept pièces de campagne; cependant, qu'on entendait encore une vive canonnade sur la gauche, et (jue j'avais envoyé la brigade Durutte du côté du feu pour être employée au besoin; qu'ayant suivi le mouvement de cette brigade, j'avais aperçu, au moment qu'elle allait déboucher sur la grande route de Hohenlinden à Haag, la division Grouchy qui y poursuivait l'ennemi; qu'ayant alors jugé, par la marche de cette division, que la gauche n'avait pas besoin de mon renfort, j'avais fait faire une contremarche à la brigade Durutte et pris la résolution de diriger la plus grande partie de mes troupes sur Haag en passant par Albaching, afin de couper autant que possible la communication de l'ennemi avec U asserburg; que, dans cette circonstance, le général Kniaziewicz, que j'avais chargé de rester sur Christoph pour couvrir mon flanc droit, m'ayant fait prévenir qu'il était vigoureusement attaqué par le corps devant lequel il était en observation, je lui fis annoncer que je marchais pour l'appuyer; que le combat était sérieusement engagé et que ce général soutenait fort bien l'attaque; mais que mon mouvement sur Albaching ayant menacé la droite de l'en-

L'ATTITUDE DE MOREAU lYDISPOSE BOIVAPARTE 243

nemi, il avait bientôt fait sa retraite; et qu'il avait été poursuivi jusqu'à la nuit, etc., etc...

Le Premier Consul me témoigna qu'il était satisfait de mon explication.

Ayant appris l'arrivée du général Moreau à Paris, mais qu'il était parti de suite pour Orsay, chtàleau dont sa belle-mère avait fait, depuis peu de temps, l'acquisition, je m'empressai d'aller le saluer. Il me demanda si j'avais vu le Premier Consul. « Oui, il m'a fort bien reçu. — Il aurait été bien difficile. « Ce fut tout ce qu'il me dit à ce sujet.

Peu de jours après cette visite, étant allé voir le général Dcssolle, je lui demandai si le général iloreau avait été voir Bonaparte. D'après sa réponse affirmative, je lui exprimai que j'aurais bien voulu être présent à l'entrevue. Il me dit qu'il l'avait accompagné, qu'on avait eu un abord assez froid; que, néanmoins, cela s'était bien passé.

Je me plaisais donc à penser que les nuages de mauvaise bumeur qui s'étaient élevés entre ces deux généraux qui venaient de conquérir la paix, étaient totalement dissipés. Mais les intrigues, les jalousies et les indiscrétions de quelques personnes firent non seulement renaître leur mécontentement mutuel, mais encore elles le cbangèrent en une haine réciproque dont les effets furent, dans la suite, si funestes au général Moreau, et portèrent, je crois, préjudice aux destinées et aux intérêts de la France.

Ce général, qui avait pris la résolution de ne pas aller le dimanche aux Tuileries, comme tous les autres officiers généraux, sénateurs, etc., et qui, je crois, ne retourna plus voir Bonaparte, accepta un dîner qui lui fut offert par les Bretons alors à Paris. Je fus invité à ce dîner. Je comptais assister à une joyeuse fête de famille. Mais je fus tellement désappointé en voyant la manière embarrassée du héros de cette fête, ainsi que celle des convives, enfin de tout ce qui s'y passa, que je dis à quelqu'un qui m'en demanda des nouvelles que je n'y avais vu de chaleur et de vivacité que dans le feu d'artifice tiré par Ruggieri.

L'étonnante et si peu politique conduite du général Aloreau ne laissait pas d'embarrasser les officiers qui avaient servi sous ses ordres. J'étais, certes, de ce nombre. Mais le bon accueil que

m'avait fait lo Premier Consul lorsque je lui avais été présenté et, ensuite, quand j'étais allé le voir, soit à la Malmaison, soit aux Tuileries, me faisait repousser les insinuations défavorables à son égard, surtout lorsqu'on me disait qu'il était plus qu'indifférent pour les officiers généraux de l'armée du Rhin, que je devais eu juger par ce qui avait lieu à l'égard de Moreau, que c'étaient ceux qui avaient servi en Italie qui avaient et qui auraient toutes les faveurs.

Comme je ne trouvais rien d'extraordinaire que IJonaparle se fût entouré des généraux, ses compagnons d'armes en Italie, dont il avait apprécié le caractère, la capacité, le dévouement à sa personne, je ne voyais qu'une pomme de discorde dans ces insinuations. Je faisais des vœux pour qu'une prompte et parfaite réconciliation pût bientôt s'opérer, principalement dans l'intérêt de la chose publique, ainsi que pour dégager les officiers de l'armée du Rhin de la position équivoque dans laquelle la façon d'agir du général Moreau les avait placés entre lui et le chef du gouvernement. Mais je vis avec peine que ce général se laissait trop facilement influencer par son épouse et sa belle-mère, ainsi que par quelques autres personnes qui avaient su prendre un trop grand ascendant sur lui; et qu'il persistait dans sa résolution de se tenir à l'écart.

Avec cela, au lieu de se borner à ne recevoir, à la campagne, que quelques amis, il y avait, surtout le dimanche, un assez grand nombre de personnes qui allaient lui rendre visite, les unes, pour avoir seulement le plaisir de le voir, d'autres, par curiosité de savoir ce qui s'y passait, enfin les mécontents de l'époque, car il y eu a sous tous les gouvernements, et, bien certainement, le lendemain, le Premier Consul était informé de ce qui avait été dit à son sujet, ainsi que des critiques exercées sur son administration, etc.. etc..

A cet égard, le général Moreau n'étant pas très réservé, ce qui excitait le dire des mécontents ou de ceux qui voulaient le flatter, tout cela devait, naturellement, déplaire à Bonaparte.

Dans le public, on se demandait quelles pouvaient être les causes de mésintelligence entre deux hommes qui s'étaient si bien entendus pour faire triompher les armées de la République. Les uns répondaient : « Il faut l'attribuer à une mutuelle jalousie» ;

SUSCKPTIBILITES ET JALOUSIES FÊMl.VINES 2V5

d'autres disaient (|ue Moreau avait à se plaindre des procédés du Premier Consul tant envers lui qu'à l'égard de sou épouse : celleci étant allée un jour à la Mahnaison, pendant que son mari était encore à l'armée, continuant ses opérations à la suite de la bataille de Holienlinden, [Bonaparte] n'avait pas même daigné lui en demander des nouvelles; et qu'une autre fois s'étant présentée avec sa belle-mère pour faire une visite à Mme Bonaparte, on n'avait pas voulu les recevoir.

J'ai entendu le général Moreau, étant encore à l'armée, se plaindre avec amertume du premier de ces griefs. Quant au second, il est positif que Mme Moreau et sa belle-mère s'étant présentées à la Malmaison pour voir Mme Bonaparte, n'ayant pas été admises sur-le-cbamp et s'en trouvant formalisées, elles s'en retournèrent, après avoir chargé de dire que la femme du général Moreau n'était pas faite pour attendre. Il est également certain que Mme Bonaparte était alors dans le bain, et qu'elle s'était même empressée d'en sortir quand on lui annonça ces deux orgueilleuses qui n'eurent pas la patience d'attendre qu'elle fût habillée pour les recevoir.

Ce sont cependant à des choses d'aussi peu d'importance que l'on doit attribuer les premières causes de rupture des liens d'union politique qui s'étaient formés entre Bonaparte et Moreau, à l'époque du 18 brumaire, et dont il résulta des propos et des expressions de mépris rapportées aux uns et aux autres par des gens trop officieux qui alimentèrent une haine réciproque qui, de plus en plus, devint implacable.

Le Premier Consul venant exactement tous les dimanches aux Tuileries pour la parade et pour y donner audience, j'y allais assez régulièrement et, chaque fois, Savary ou Rapp, ses aides de camp, (jue je connaissais depuis longtemps et qui savaient que le général Moreau m'avait toujours témoigné de l'amitié, venaient me demander des nouvelles de sa santé ou s'il était à Paris. Je leur répondais d'abord selon ce que j'avais appris. Mais ensuite, croyant qu'il y avait affectation de leur part et surtout d'ajouter à leur demande pourquoi on ne le voyait pas aux Tuileries, je leur dis que je l'ignorais et que, pour le savoir positivement, ils devaient aller le lui demander, ce qui vaudrait beaucoup mieux que de s'adresser à moi qui ne pouvais pas satisfaire leur curiosité.

Ces questions me déterminèrent d'aller à Orsay avec l'intention d'en faire part au général Moreau. Me trouvant, après le dîner, un moment seul avec lui, je lui dis : « Des aides de camp du Premier Consul m'ont demandé plusieurs fois des nouvelles de votre santé et si vous étiez à Paris. Mais comme ils ont ajouté pourquoi l'on ne vous voyait point aux Tuileries, je leur ai répondu que, pour le savoir, ils n'avaient qu'à vous en faire la demande. Néanmoins, s'il vous plaisait de me dire quel(|ue chose à ce sujet, je vous assure que je le leur transmettrais exactement, n Je fus fort étonné de cette réponse : « Je suis trop vieux pour me courber. ••■> Et le sentiment que j'en éprouvai me fit répliquer à l'instant : V. Qui s'est courbé le premier? N'avez-vous pas reçu une paire de pistolets l'année dernière? N'êtes-vous pas un des principaux coopérateurs du 18 brumaire? Quoi! Parce que nous nous rapprochons du chef du gouvernement qui nous fait bon accueil, vous prétendez que nous fléchissons le genou? Qui, plus que vous, a contribué à l'élévation de Bonaparte et à consolider le gouvernement? Ne me dites-vous pas, l'année dernière, à Nympheuburg, à votre retour de Paris, lorsque je vous demandai comment le gouvernement marchait, que cela allait très bien, et qu'il n'y avait que Bonaparte capable de tirer la France de sa position difficile?... Quelles sont donc les causes de votre changement d'opinion? ii

Le général Moreau se borna à me répondre que Bonaparte était fort mal entouré ; — il se servait même d'expressions méprisantes; — et que les choses n'allaient pas comme elles devaient aller. Je lui répliquai : a Mais ce ne sera pas en vous tenant à l'écart et seulement en critiquant ce qui se fait que vous pourrez espérer qu'il sera remédié au mal dont vous vous plaignez. J'ignore si vous avez fait quelques conditions avec Bonaparte, avant de l'aider à monter sur le trône; mais, dans tous les cas, il me semble qu'il vous convient plus qu'à qui que ce soit de faire des représentations. Ce n'est donc qu'en vous rapprochant du gouvernement, et en lui faisant vos observations, qu'il pourra agir selon vos vues, et (|u'il pourra être employé d'autres hommes que ceux que vous jugez incapables (l). « Il ne fut rien dit de plus, parce que plu-

(1) Defacii n'était pas soûl à doimer ce conseil à Moreau. Déjà, au comraeucement de novembre 1800, le général Sauviac engageait Moreau à embrasser le parti du Premier Cousul, et souhaitait que l'inimitié qui, disait-il, par suite de faux rapports, le» avait

L\ DINER AUX TlILERIES 247

sieurs personnes s'approchèrent de nous. C'était l'heure de monter en voiture pour retourner à Paris où je rentrai peu satisfait des singulières objections du général Moreau.

Ayant été invité de diner aux Tuileries le jour anniversaire du 14 juillet, je me trouvai placé auprès de l'abbé Sieyès. Il me fit l'observation que, s'il y avait quehjue chose d'extraordinaire dans celte réunion, où nombre de personnes devaient être étonnées de se trouver ensemble, c'était de ne pas y voir le général Moreau, et d'y apercevoir l'abbé Dernier. Et il ajouta : a Savez-vous la cause de l'absence du général? — C'est probablement, n lui disje, " parce que, depuis son retour de l'armée, il n'a pas voulu se présenter ici comme tout le monde. J'ignore les vraies causes de cette résolution de sa part. Et on ne l'aura pas invité. Mais vous me surprenez beaucoup en me disant que nous dinons avec l'abbé Dernier, l'un des principaux instigateurs et auteurs do la funeste guerre de la Vendée, qui a prêché et fanatisé le peuple de ce malheureux pays, qui a été le chef d'état-major de Stofflet, enfin qui a fait commettre toutes sortes d'horreurs sur les Républicains. — Vous l'auriez fait sans doute fusiller si vous aviez pu le prendre " , me dit Sieyès. Lui ayant répondu affirmativement et que j'aurais certainement éprouvé le même sort si je fusse tombé au pouvoir de cet abbé ; u Eh bien! v me dit Sieyès, « voilà les révolutions : aujourd'hui vous dinez tous les deux à la même table. «

Plus la fausse politique du général Moreau et la maligne influence qu'on exerçait sur lui le faisaient persister dans son opposition, plus le Premier Consul témoignait de bienveillance aux généraux de l'armée du Rhin, et principalement à ceux qui s'étaient distingués pendant la dernière campagne. Comme chef du gouvernement, il élait certes de son intérêt de les rallier à lui, et de dissiper les préventions de préférence qu'on lui avait supposées pour ceux de l'armée d'Italie : et c'est, sans doute, à cause de cela qu'il faisait un très bon accueil aux premiers, et qu'il avait pour eux beaucoup de prévenances, soit lors des visites particulières qu'on allait lui faire à la Malmaison, soit aux Tuileries, les jours de parade. Enfin, lorsqu'il nomma des inspecteurs d'indivises, lît place à un rapprochemeat sincère (Sauviac à Moreau, sans indication de lieu, 14 brumaire an IX, armée du Rhin, Correspondance).

fanteiie et de cavalerie, la majeure partie de ces inspections fut donnée à des généraux de l'armée du Rhin.

Je pensais que Bonaparte était bien contrarié de réloignement de Moreau. Je présumais qu'il désirait une réconciliation, car j'observais que, quand il apercevait le frère de ce dernier, alors tribun, il s'en approchait toujours pour causer avec lui.

Pour ce qui me concerne, je dirai, entre autres choses, qu'ayant fait la demande d'une place de conseiller à la cour d'appel de Caen pour un de mes meilleurs amis (M. Lasseret, avocat chez lequel j'étudiais au moment de mon départ pour l'armée en 1792, lorsque la Patrie fut déclarée en danger), cette nomination m'avait été accordée sur-le-champ, et que des demandes d'emploi que j'avais faites pour plusieurs autres personnes, cependant avec discrétion, furent également bien accueillies (1).

Le Premier Consul avait l'habitude, après les dîners, aux Tuileries, d'aller causer avec l'un ou l'autre ; et, un jour que je me trouvais auprès du général Gudin, il s'approcha de nous et nous demanda comment nous nous portions, si nous étions satisfaits? Après notre affirmation, le général Gudin lui ayant exprimé combien il était agréable aux officiers généraux de recevoir des témoignages de considération, Bonaparte nous dit : « J'espère bien que cette considération s'accroîtra de plus en plus. Mais nous avons encore deux choses qui nous embarrassent, les prêtres et les émigrés. Quant aux émigrés, s'ils ne se conduisent pas bien, nous les f. .. à la porte. Les prêtres, quoique je n'y tienne pas beaucoup, nous tâcherons de les faire vivre, parce qu'un grand nombre a servi la cause de la Révolution. Dans ce moment, je fais négocier avec Rome. « Ensuite il dit : «N'est-ce pas une chose monstrueuse que, depuis tant de siècles, la France soit dépendante de Rome, et qu'elle le soit aussi des consistoires d'Allemagne? Il y a encore des archevêques et des évèques qui prétendent à des droits spirituels. Mais je les mettrai aux prises avec le pape. «

A cette époque, l'opinion n'était favorable ni aux prêtres, ni aux émigrés. Je me permis de dire au Premier Consul que, si

(1) Sur le rapport qui lui si<]nalait la demande faite par Decaen en faveur de Lasseret et porte la date du 13 prairial an IX (2 juin 1801), Bonaparte apposa la décision suivante : « Ken\oyé au consul Cambacérès pour me faire counaître si ce citoyen a les qualités requises. Je désirerais déférer à la demande du général Decaen, qui est uu officier i'un grand mérit Si(/né : Bonaparte. » {Correspondance de .Vapoléon, a" 5596).

Page 1