‹ Memoires et journaux du general DecaenChapitre 9 sur 132 · LE CORPS DE MERVELDT REFOULE · texte numérisé non relu

LE CORPS DE MERVELDT REFOULE

plus lût les ordres que le général en chef pourrait m'envoyer, ainsi que les lettres ou avis que les généraux Lecourbe, Boyé et Nansouty pourraient m'adresser.

Entre 11 heures et minuit, un officier envoyé par le général Del)illy m'annonça que ce général avait forcé l'ennemi à lui céder le village de Rinenthal, qu'il aurait pu pousser encore plus loin, mais que, d'un côté, la fatigue extrême des troupes et, de l'autre, la nature du terrain l'avaient déterminé à tenir ses troupes au bivouac en arrière de Rinenthal, en faisant occuper ce village par quelques compagnies d'infanterie et en le couvrant de postes de cavalerie; et qu'il attendait mes ordres dans cette position.

Je reçus aussi un rapport du général Diirutte. 11 m'informait que la division avait passé la Paar, ainsi que je l'avais désiré, et avait placé ses troupes entre Rinenthal, que le général Debilly avait fait occuper, et le village de Hiïgelshart ; que l'ennemi avait un peu tiraillé dans un bois au delà de Rinenthal, mais qu'il lui avait paru qu'il n'y avait que peu de monde.

Il me fut aussi apporté une lettre du général Boyé, écrite à 10 heures du soir. Il me mandait qu'à l'instant il recevait un courrier du lieutenant général Lecourbe qui lui annonçait que son (|uartier serait, le lendemain, à Rain, (jue sa droite serait portée vers Pottmes et Schrobenhausen, et qu'il l'avait chargé de prévenir le général Nansouty de mon mouvement et de l'engager à faire quelque tentative sur l'Animer See.

Le général Boyé m'annonçait, en outre, qu'il tâcherait de se rendre maître d'Aichach, le lendemain, où il établirait son avantgarde, en gardant toujours les points de Friedberg et de Lechhausen; enfin que le général Lecourbe l'avait prévenu de mou mouvement; et il me demanda de lui laisser, pour quelques jours, les deux escadrons du 17° de dragons (1).

8 messidor. — J'expédiai l'ordre au général Debilly de se mettre en marche à 3 heures du matin et de continuer à s'avancer sur Dachau. Je lui recommandai d'attaquer vivement

(1) " Vers minuit, 200 hussards de Ferdinand voulurent surprendre Relirosbath, croyant ne rencontrer qu'un faible parti : ils furent reçus par le 3"^ bataillon do la 50^ qui leur tua 5 hommes et 5 chevaux. Ils se retirèrent en désordre et laissèrent un prisonnier... » (Decaen à Lahorie, marche sur l(lunich, 7 messidor, A. H. G.).

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rennemi et de le pousser vigoureusement; que le reste de la division le suivrai!; et il fut prévenu que je n'allais pas tarder à monter à cheval pour aller le rejoindre.

En marchant pour me rendre à la tête de la colonne, je reçus une lettre du général Dehilly dans laquelle il répétait ce qu'il m'avait fait dire, le soir, par l'officier qu'il m'avait envoyé; et il ajoutait que ses reconnaissances lui faisaient dire qu'elles rencontraient l'ennemi, qu'il paraissait en force à Rossbach, qu'il montrait du monde et qu'on ne savait ce qui pouvait se trouver en arrière du bois; que, d'après le rapport des prisonniers, il y avait un fort détachement de cavalerie aux ordres d'un général ; qu'il y avait des hussards de Meszaros, de Blankenstein et de Grenz, ainsi que des hulans.

Lorsque j'eus rejoint le général Debilly, je fis serrer sur l'ennemi en faisant soutenir le piquet d'avant-garde et les éclaireurs par le 6' de chasseurs, deux escadrons du 17' de dragons, trois pièces d'artillerie légère et le 13" de cavalerie, marchant en échelons, à l'appui les uns des autres, avec ordre à toute la colonne de suivre ce mouvement.

Lorsque nous approchâmes de Rossbach (1), l'ennemi, qui était posté sur la hauteur en arrière, sur un plateau découvert mais environné de bois, prétendit arrêter notre marche en nous tirant quelques coups de canon. Alors, trois pièces d'artillerie légère furent mises en batterie pour lui répondre et deux bataillons d'infanterie furent envoyés pour s'emparer des bois sur sa droite et sur sa gauche. Mais, dès que l'ennemi aperçut l'infanterie, il se décida à la retraite et il se jeta dans le défilé qu'il avait derrière lui. Il fut poursuivi vivement par le 6" de chasseurs pendant une demi-lieue. Je fis ensuite prendre position à toute la division sur le terrain d'où on venait de chasser l'ennemi.

Le général Merveldt, qui commandait ce détachement, était

(1) Rossbach se trouve à uii peu plus de 2 kilomètres au nord-ouest d'Orthofen. Deraen écrit daulre part : ^ La dixisiun, réunie à Rehrosbach, se mit en mouvement à 4 heures du malin, son atant-garde chassant devant elle 400 chevaux du 2^ réfîiment de hulans et de Ferdinand-hussards, en arrière d'Odeizhausen. M. de Merveldt, qui y était établi, voulut disputer la position avec 800 chevaux et quatre pièces de canon. Il s'encjagea, pendant une denii-henrc, une canonnade assez vive; mais l'arrivée de 1 infanterie et les dispositions prises le déterminèrent à une retraite précipitée jusqu'au delà du village d'Orthofen, où la division fit halle en arrière de cet endroit... » (Decaen à Lahurie, marche sur Munich, 8 messidor, .\. H. G.).

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sorti si précipitamment de son logis qu'il avait laissé, entre autres choses, une bonne carte de la Bavière qui me lut ensuite très utile.

Une brasserie qui était à Rossbach, bien approvisionnée, donna le moyen de faire faire une distribution de bière à toute la division et, après quelques heures de repos, nous reprîmes notre marche et la poursuite de l'ennemi.

Il s'était établi à Ober-Roth, croyant sans doute que nous n'avancerions pas sur lui aussi promptement; mais il fut bientôt forcé de déguerpir et nous le suivîmes sur la roule de Dachau.

Nous ne pûmes arriver en vue de cette ville que vers la fin du jour, car une forte pluie qui tombait depuis midi avait ralenti la marche de la division.

L'ennemi fut de nouveau rencontré devant Dachau, paraissant disposé à nous empêcher d'y entrer, et on me rapporta qu'il avait quelques postes d'infanlcrie. Les chasseurs à cheval, en éclaireurs, soutenus de quelques pclolons, s'approchèrent le plus près possible de l'ennemi et tiraillèrent avec lui pour faciliter de reconnaître si je pouvais me rendre maître de celte ville sans attendre au lendemain. Après cette reconnaissance, je me déterminai à faire faire cette attaque, parce que je ne voulais pas laisser à l'ennemi le temps de recevoir des renforts qui pouvaient lui venir de Munich pendant la nuit, ni de couper le pont sur l'Amper, sur lequel je devais passer le lendemain. Je m'y déterminai encore parce qu'il aurait fallu faire rétrograder la division de plus d'une lieue pour être à la proximité d'un village pour avoir de l'eau. Alors j'ordonnai au général Debilly d'attaquer Dachau avec la 100" demi-brigade et de l'enlever de vive force.

L'ennemi fit une faible résistance. Il fit sa retraite sur la route de Munich, n'ayant pas eu le temps d'endommager le pont; notre avant-garde passa aussitôt de l'autre côté de la rivière et y établit ses postes. On ne fit que quelques prisonniers. J'entrai dans la ville à II heures du soir, et toute la division prit position derrière Dachau.

9 messidor. — Le lendemain, vers 4 heures du matin, un courrier m'apporta une lettre du général Moreau. Il me mandait :

Je suis à Augsbourg, mon cher général, et j'attends avec impatience de vos nouvelles. Il parait qu'on n'aura pas pu vous opposer une grande résistance; alors je m'attends qu'on aura voulu entrer en négociation, et je viens pour

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cet objet. D'après votre rapport, je m'acheminerai demain vers Munich; peut-être même ne l'attendrai-je pas. Le général Lecourbe doit se porter aujourd'hui sur Schrobenhausen ; le général Xansouty aura poussé sur l'Ammer See. Cela vous couvre autant que possible. Il est inutile de vous dire combien il importe que vos troupes se conduisent bien. Si, en attendant l'issue des négociations, on vous demandait avec grande instance à ne pas occuper la ville avec beaucoup de troupes, il ne faut pas insister làdessus, mais seulement vous assurer une porte et le pont de l'Isar. Le reste sera l'objet d'une négociation. Vous avez fait bonne diligence et il parait que vous n'avez pas de traînards.

Salut et attachement.

Signé : Moreau.

Augsbourg, le 8 messidor an VIII, aux Trois Maures.

Je remis au courrier un accusé de réception de la lettre du général en chef auquel j'annonçai que je me conformerais à ce (|u'il me prescrivait. Je joignis à ma lettre un duplicata du rapport déjà envoyé au général Laliorie par mon chef d'état-major qui lui avait écrit que j'avais mandé au général en chef que j'espérais être arrivé à Dachau à 2 heures après midi et que je n'avais pu y arriver qu'à 11 heures du soir fl), empêché par le mauvais temps et occupé à chasser à peu près 900 chevaux et trois pièces de canon avec lesquels le général Merveldt avait essayé de me disputer le terrain, depuis la Paar jusqu'à Dachau; que, l'ennemi, qui avait cédé partout, paraissant vouloir défendre Dachau, le général Debilly, avec la 100" demi-brigade, l'avait emporté de vive force; que les habitants assuraient qu'il n'y avait pas d'Autrichiens à Munich; que j'espérais me mettre en marche à 8 heures du malin

(1) "■.. (L'arant-garde) arriva deraiit Dachau entre 7 et8 heures du soir. Tout devait faire présumer que l'ennemi passerait i'.Amper sans résistance; mais les approches difficiles de Dachau, à cause d'un terrain très raarécageui devenu encore plus impraticable par une pluie extrêmement abondante qui durait depuis les 2 heures après midi, engagèrent sans doute l'ennemi à s'opposer ou au moins à retarder l'entrée dans Daciiau : il mit cinq pièces de canon en batterie. On se canonna assez viienient de part et d'autre. Mais, ayant reconnu de l'infanterie à l'ennemi, il fallut attendre, et dès que les premiers bataillons de la division eurent débouché, les dispositions d allaque furent faites : on mircha sur Dachau qui ne fut emporté que vers les 11 heurrs du soir. Il fallut enfoncer les portes à coups de hache. On n'y lit qu'une vinglaine de prisonniers de l'infanterie bavaroise et des hulans. L'ennemi avait proGlé de l'ongcurité ponr faire sa retraite, mais l'attaque faite par le général Dohilly fut tellement brusque que ce qui restait d'ennemis ne put achever de couper le pont de l'.^mper... » (Marche de la divisioD Decaen sur Munich, A. H. G.).

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