MOREAU A LA POURSUITE DE KRAY
J'annonçai au général en chef que j'avais pris la position ordonnée, mais seulement avec une partie de mon infanterie, trois bataillons étant restés avec le général Debilly pour garder Brenz, jSontheim et Bergenweiler ainsi que le débouché d'Hermaringen, I puisque le général Grandjean l'avait laissé ouvert sans m'en prévenir, de sorte qu'il avait fallu l'attaquer et le reprendre à l'eninemi qui l'avait défendu un instant avec deux pièces de canon; qu'on lui avait tué cinq hommes et pris un Manteau-Rouge; que je venais d'écrire aux généraux Ney et Grenier pour que mes troupes fussent relevées et qu'ils se lient avec moi vers Sachsenhausen.
Je prévins que je n'avais pas pris exactement ma position dans la direction de Sachsenhausen à Burghagel, le terrain ne me le permettant point; que ma droite était refusée dans la direction d'Ober-Bechingen et que j'étais à cheval sur le chemin deBurghagel àLauingen, Sachsenhausen étant fortement occupé, et gardant les différentes routes qui conduisaient sur Giengen; que l'ennemi n'avait qu'une observation en arrière de cet endroit et des tirailleurs en avant; que j'avais aperçu des feux de l'ennemi au delà de la Brenz vers Stetten.
Je fis l'observation que le 6e de chasseurs diuiinuait beaucoup; que, fatiguant extrêmement, il ne suffisait pas à faire le service des avant-postes. Je redemandai le 17e ou un autre régiment (1).
3 messidor . — J'avais établi mon quartier général à Haunsheim. Ma division resta dans sa position le 30.
Je reçus une lettre du général Lahorie. 11 me mandait qu'il avait reconnu que la position qui m'avait été indiquée la veille n'était pas tenable et qu'il s'était proposé de me faire prévenir de la prendre en refusant la droite comme je l'avais prise; que ce qui l'en avait empêché, c'était la persuasion où il était que le général Moreau était avec moi; qu'il prévenait le général Leclerc de se porter en arrière d'Ober-Bergheim pour me soutenir en cas d'attaque; que le général Grandjean, de son côté, se replierait sur ce
(1) Decaen ajoutait : • J'ai demandé au général en chef si, au lieu du bataillon de la 50e, il roulait me donner un bataillon d'infanterie légère. Faites en sorte d'obtenir ce bataillon, car mon infanterie de ligne, avec la meilleure volonté, n'entend point ce service (Decaen à Lahorie, Haunsheim, 2 messidor, A. H. G.).
point, ce qui me permettrait de soutenir plus fortement le point de Sachsenhausen qui était mauvais par la nature du terrain.
Le général Debilly rejoignit Sachsenhausen avec ses troupes. Il en fit le rapport que ses avant-postes avaient été attaqués, la veille au soir, par deux divisions de hussards de Blankenstein et Ferdinand; que l'ennemi, qui n'avait d'abord montré que deux compagnies d'infanterie, en avait fait déboucher six autres par le village de Stotzingen; qu'elles s'étaient avancées par la gorge à la tète de laquelle il avait placé, le matin, quatre compagnies de la 50 ; qu'elles avaient chargé une fois sans pouvoir arriver jusqu'à la hauteur de nos troupes, mais qu'à la seconde charge, elles commençaient à atteindre la sommité du bois lorsque le chef de bataillon Gengoult (1) avait marché sur elles et, par un feu très vif, les avait forcées de rentrer dans le défilé; que la cavalerie ennemie, qui avait paru d'abord vouloir se retirer, s'était ensuite avancée d'environ 200 toises vers l'escadron du 6e, mais voyant que son infanterie n'avait pas pu percer, elle avait tourné bride; que la 50e avait eu deux hommes blessés et un prisonnier, et que l'ennemi avait eu deux hommes tués et trois chevaux.
Le premier rapport du général Durutte m'annonça que lennemi avait peu de monde dans Giengen; qu'on n'avait aperçu que quelques petits pelotons de cavalerie. Peu de temps après, il me fit prévenir que Giengen était abandonné de l'ennemi et, par un troisième rapport, que, d'après les renseignements qu'il avait pu prendre dans cet endroit, l'ennemi faisait un grand mouvement sur sa gauche ; qu'ayant cependant appris qu'une partie des troupes <jui étaient dans les environs de Giengen s'étaient retirées par Herbrechtingen, il avait envoyé une reconnaissance sur cet endroit, et que le chef d'escadrons Montaulon (2), qui la commandait, lui
(1) Gengoult (Louis-Thomas), né le 21 décembre 1767, à Tool; soldat au 8e dinfanterie, le 11 juillet 1784; congédié comme fourrier; soldat au 7e bataillon de la Meurthe, le 20 juillet 1792; capitaine, le 28 juillet 1792; chef de bataillon, le II nivôse an IV; major, le 30 frimaire an XII; colonel du 56e, le 13 mai 1806; général de brigade. le 6 août 1811 ; disponible, le 1er janvier 1819; retraité, le 1er janvier 1825; lieutenant général, le 19 novembre 1831 ; retraité, le 1er janvier 1833; décédé à Toul, le 13 juin 1846 (A. H. G).
(2) Montaulon (Jean), né le 19 janvier 1754, à Servian (Hérault); dragon au régiment de Languedoc, le 1er mars 1774; maréchal des logis chef, le 1er septembre 1784. souslieutenant, le 30 mars 1791; lieutenant, le 1er janvier 1792; capitaine, le 2 juin 1792; chef d'escadrons, le 12 nivôse an IV; major au 8e chasseurs, le 6 brumaire au XII; retraité, le 12 septembre 1806 (A. A. G.).