‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 126 sur 184 · INSTRUCTIONS PARTICULIÈRES DE BONAPARTE · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS PARTICULIÈRES DE BONAPARTE

avoir fait un plan d'alliance et de guerre avec une force demandée, il faudrait établir ce que croirait devoir faire le capitaine général si, au lieu de cette force entière, on ne lui en envoyait que la moitié.

Après avoir pensé aux alliances et à un point d'appui, les objets qui intéressent le plus une armée, dans une campagne, sont les vivres et les munitions de guerre, objets que le capitaine général traitera également dans le plus grand détail.

Six mois après cet envoi, le capitaine général, dans un nouveau mémoire, traitera les mêmes questions en y ajoutant les nouvelles connaissances qu'il aura pu acquérir.

Ainsi, il est établi que, tous les six mois, le capitaine général enverra en France des officiers surs, avec des mémoires traitant toujours les mêmes questions et confirmant, modifiant ou contredisant les idées des mémoires précédents.

Si la guerre venait à se déclarer entre la France et l'Angleterre avant le Ier vendémiaire an XIII, et que le capitaine général en fût prévenu avant de recevoir les ordres du gouvernement, il a carte blanche et est autorisé à se replier sur l'île de France et le Cap, ou à rester dans la presqu'ile, suivant les circonstances où il se trouvera et les espérances qu'il pourrait concevoir, sans cependant exposer notre corps de troupes à une capitulation honteuse et notre armée à jouer un rôle qui ajouterait à notre discrédit aux Indes, et sans diminuer, par l'anéantissement de nos forces, la résistance que peut présenter l'île de France en s'y repliant.

On ne conçoit pas, aujourd'hui, que nous puissions avoir la guerre avec l'Angleterre sans y entraîner la Hollande.

Un des premiers soins du capitaine général sera de s'assurer de la situation des établissements hollandais, portugais, espagnols, et des ressources qu'ils pourraient offrir.

La mission du capitaine général est d'abord une mission d'observation sous les rapports politiques et militaires, avec le peu de forces qu'il réunit, et une simple occupation de comptoirs pour notre commerce. Mais le Premier Consul, bien instruit par lui et par l'exécution ponctuelle des instructions qui précèdent, pourra le mettre à portée d'acquérir un jour cette gloire qui prolonge la mémoire des hommes au delà de la durée des siècles.

Le Premier Consul,

Signé : Boxaparte.

Une frégate devait être détachée de la division pour la précéder au Cap de Bonne-Espérance et dans l'Inde, ayant à son bord le préfet colonial qui devait préparer des rafraîchissements au premier lieu, et faire, à son arrivée à Pondichéry, des dispositions pour les logements et la subsistance des troupes. Mon chef d'élatmajor devait aussi s'embarquer sur cette frégate pour recevoir la rétrocession de ce principal établissement.

Avant mon départ de Paris, je rédigeai l'instruction ci-après pour l'adjudant commandant Binot; et elle fut datée à bord du Marengo, le 14 ventôse :

La frégate de la République la Belle-Poule, sur laquelle vous êtes embarqué, citoyen commandant, est désignée pour arriver à Pondichéry avant la division que le gouvernement envoie aux Indes Orientales pour l'exécution de l'article 3 du traité d'Amiens, en date du 4 germinal an X, ainsi conçu :

« Sa Majesté Britannique restitue à la République française et à ses alliés savoir : Sa Majesté Catholique et la République batave, toutes les possessions et colonies qui leur appartiennent respectivement ou qui ont été occupées ou conquises par les forces britanniques dans le cours de la guerre actuelle, etc. »

En conséquence de ce traité et en vertu des pouvoirs qui m'ont été donnés par le Premier Consul, je vous ai choisi, citoyen, pour recevoir du commandant de Sa Majesté Britannique à Pondichéry la restitution de cet établissement.

Je me borne, quant à la restitution, à cette disposition générale parce que le citoyen Léger, préfet colonial, que vous accompagnez, est revêtu d'une autorité avec laquelle il vous donnera tous les renseignements et documents qui vous seraient utiles; mais encore, sur le rapport que vous lui feriez d'obstacles qui vous seraient présentés, ce que je suis loin de prévoir, il pourra traiter directement avec le gouverneur de Madras et avec le gouverneur général à Calcutta, auxquels vous ferez parvenir, aussitôt votre arrivée à la côte de Coromandel, les lettres que je vous remets pour ces gouverneurs, dans lesquelles je leur annonce le caractère dont vous êtes revêtu.

Vous êtes en outre chargé, citoyen commandant, des dispositions militaires nécessaires pour recevoir les troupes destinées à former la garnison de Pondichéry et de celles qui devront être réparties plus tard dans nos autres établissements. Ces dispositions consistent particulièrement dans la reconnaissance des localités convenables pour les loger. Pour cela, encore, vous ferez votre rapport au préfet colonial qui ordonnera les dispositions subséquentes.

Le capitaine du génie Dehon, qui vous accompagne, préparera, à cet égard, tout ce que la nature des lieux et l'état actuel des établissements militaires lui offriront.

Aussitôt votre débarquement, vous vous occuperez de la levée de deux compagnies de Cipayes auxquelles vous attacherez provisoirement les officiers destinés pour ce corps, et qui passent également sur la frégate. Vous trouverez à Pondichéry un nombre plus que suffisant de Cipayes et d'officiers précédemment au service de la France pour entrer dans la formation provisoire que je vous prescris. Ainsi, il faudra fixer votre choix de manière que, lors de l'organisation définitive, ces hommes ne puissent point être réformés. Je me repose au surplus sur votre zèle et vos talents pour

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