DÉCISION DU PREFET MARITIME
Le préfet, qui avait voulu sans doute laisser l'initiative au contreamiral sur le parti qu'il y avait à prendre, pour lui procurer l'occasion de réparer son inconséquence du matin, à laquelle il venait d'ajouter son observation réglementaire, et qui, depuis, avait gardé le silence, le préfet, dis-je, prononça que je devais occuper la première chambre de bâbord destinée au capitaine du vaisseau et celles sur le même côté qui m'étaient indispensables et, en outre, la moitié de la grande chambre dans laquelle on établirait une séparation, si je ne voulais pas la laisser commune entre moi et le contre-amiral.
Ce premier point ainsi déterminé, on procéda à la répartition des troupes et des autres passagers sur chaque bâtiment.
Comme il avait été décidé qu'une des frégates précéderait l'expédition et en serait détachée quand nous serions arrivés à la hauteur des Canaries pour se rendre d'abord au Cap de Bonne-Espérance et ensuite à Pondichéry (on ne devait pas relâcher à l'île de France) pour préparer tout ce qui pouvait être nécessaire pour le rafraîchissement des troupes et et des équipages au Cap et pour les premières dispositions d'établissement dans l'Inde, la Belle-Poule fut désignée. Elle était commandée par le capitaine de vaisseau Bruilhac. Le préfet colonial s'y embarqua avec sa famille, ainsi que l'adjudant général Binot, mon chef d'état-major, auquel je donnai des instructions (1) pour la reprise de possession de Pondichéry, avec des lettres que j'adressai à ce sujet aux gouverneurs anglais de Madras et de Calcutta. Mon aide de camp Lefebvre s'embarqua aussi sur cette frégate.
Le général Vandermaësen fut embarqué sur la frégate la Sémillante, commandée par le capitaine de frégate Motard, le général Montigny, sur X Atalante, commandée par le capitaine de frégate Beau chêne.
Les troupes et les autres passagers furent répartis sur le vaisseau et les frégates en raison de leur capacité, ainsi que le transport la Côte-d'Oroxx fut embarqué le colonel Sainte-Suzanne. Il y avait encore un transport, la Marie-Françoise , pour porter des vivres et divers autres objets, sur lequel on mit aussi quelques passagers. Enfin, les chasseurs africains devaient partir sur des
(1) « Ces instructions et les lettres ont déjà été transcrites » (JVote de Decaen).
navires du commerce qui ne devaient pas tarder à mettre sous voile et qui seraient convoyés par la corvette le Bélier commandée par le lieutenant de vaisseau Hulot.
Les troupes s'embarquèrent le 10 ventôse et les autres passagers, le lendemain.
Le 13, j'écrivis au ministre de la Marine la lettre suivante :
Brest, le 13 venlôse an XI.
J'ai l'honneur de vous annoncer, citoyen ministre, que je me rends à bord du Marengo, puisque les vents sont favorables et qu'enfin les préparatifs sont achevés. Je présume que nous n'aurons pas d'obstacles pour nous empêcher d'appareiller aujourd'hui même. Depuis mon arrivée à Brest, je n'ai point eu le plaisir de correspondre avec vous parce que j'ai su que, par chaque courrier, vous aviez connaissance de l'état des choses. J'avais cependant beaucoup à vous dire. Le premier objet, c'était de réunir mes observations à celles que je pense vous avoir été faites par le préfet maritime et par le contre-amiral Linois sur l'encombrement inévitable qui a lieu à bord des bâtiments destinés pour l'expédition, vu leur capacité pour tant d'hommes et tant d'effets. La Cole-d'Or est surtout celui qui me présente plus d'inquiétude pour la santé de la quantité de soldats qu'on y a embarqués. Je n'ajoute rien de plus sur cet objet, puisque le conseiller d'Etat Cafarelli vous instruira de tout lorsqu'il aura le plaisir de vous voir. 11 a bien voulu se charger d'une lettre que j'adresse au Premier Consul, dans laquelle, entre autres choses, je fais une demande dont j'espérais vous entretenir au moment même si le temps me l'avait permis.
Cette demande est relative à ce que j'ai eu l'honneur de vous dire de la part du Premier Consul, lorsque je vous fis mes adieux, sur ce que mes instructions ne disent rien de mes rapports avec l'ile de France. Je remets à votre souvenir que vous me promites une solution que je pense m'être indispensable. Vous avez aussi oublié d'annoncer, dans vos instructions, qu'une corvette serait à ma disposition spéciale. Je vous prie de m'adresser un ordre afin qu'il ne naisse aucune difficulté à cet égard, puisqu'il a été décidé que cela était nécessaire.
J'ai l'honneur de vous adresser tous les états de situation, selon vos ordres, avec un mot que j'ai mis à l'ordre pour les troupes, dont l'esprit est excellent. Je joins, à divers rapports, plusieurs demandes que je vous prie d'accueillir favorablement. Ne trouvez pas de trop, citoyen ministre, que je vous prie de faire, des Indiens, un objet de vos sollicitudes et de leur en donner une preuve, dès le mois de septembre, en leur adressant ce qui sera nécessaire à leurs besoins. Si le capitaine Barré, désigné précédemment pour être du premier voyage, était choisi à cette époque pour nous apporter des nouvelles, ce serait encore une preuve de vos excel-