LES FRANÇAIS S'INSTALLENT A MUNICH
bonnes dispositions. Je vous préviens que voire bourgeoisie ne sera pas désarmée, et que, même, j'ai déjà exprimé aux postes des portes par lesquelles j'ai passé, qu'elle participerait aux mesures que je vais ordonner pour le maintien de Tordre et de la tranquillité de votre cité. » Ces messieurs s'en retournèrent alors fort satisfaits.
Après leur départ, j'ajoutai à ma lettre au général en chef :
Les magistrats viennent de m1 annoncer que l'Electeur avait toutes les dispositions pour renouer avec le gouvernement français ; ils m'ont demandé de pouvoir envoyer un député pour avoir ses pouvoirs, ce que j'ai accordé.
Ensuite, des ordres furent donnés pour que les troupes destinées à rester dans la ville fussent casernées. Le colonel de la 100e demi-brigade fut nommé commandant de la place. Les postes des portes et de l'intérieur furent composés de troupes françaises et de bourgeois, et une proclamation annonça aux habitants que leurs personnes et leurs propriétés seraient respectées, qu'ainsi ils pouvaient se livrer à leurs occupations avec sécurité.
Il fut recommandé aux avant-postes de ne laisser passer qui [que] ce soit voulant aller du côté de l'ennemi. Comme il y avait quelques émigrés restés en ville, ils furent prévenus de ne pas avoir d'inquiétude.
Je fis écrire au général Nansouty pour le prévenir de mon entrée à Munich. Il fut informé de la position donnée aux troupes de la division et il fut invité de communiquer fréquemment avec moi.
Des ordres furent donnés pour mettre des gardes à l'arsenal, à l'hôpital militaire, aux archives, aux magasins et aux principaux établissements, ainsi que de s'emparer des lettres de la poste. Dès l'instant de l'arrivée des troupes dans un endroit où il y avait des bureaux de poste, j'ai toujours eu le soin d'y faire prendre les lettres qui pouvaient s'y trouver parce que, fort souvent, ou y trouve de fort bons renseignements sur l'ennemi, car il y a toujours des indiscrets, et on remettait aux directeurs, après la visite, celles qui n'étaient pas utiles.
Il me fut offert de prendre mon quartier au palais de l'Électeur, ce que je refusai. Alors on me désigna l'hôtel du comte deTatten-
bach où, après le dîner, un courrier du général en chef m'apporta la lettre ci-après :
Lecourbe a un très vigoureux combat du côté de Neuburg. L'armée s'y porte, ce qui m'empêche de me rendre à Munich où je présume que vous êtes arrivé. Gardez bien votre gauche, surtout : il parait que l'ennemi marche en Bavière par Ingolstadt et Neustadt. Ne vous entêtez pas à tenir Munich si vous trouviez des forces trop considérables. Nous y reviendrons toujours quand nous voudrons : mais si l'ennemi veut tenir, il faut le battre, et je tiens surtout à ce qu'aucun corps de l'armée n'éprouve d'échec.
Comme Sainte-Suzanne doit actuellement être en pleine marche, je ne me presserai pas beaucoup, à moins que je ne trouve très beau jeu puisque, dans les cinq ou six jours, son corps peut être assez avancé pour donner beaucoup d'inquiétude à l'ennemi. Surtout, placez-vous bien, et ne vous compromettez pas.
Salut et attachement.
Signé : Moreau.
Je répondis sur-le-champ au général en chef :
Par l'annonce que je vous ai faite de la prise de possession de Munich, mon général, je vous ai prévenu que je me suis particulièrement occupé de ma gauche dans la position que j'ai donnée à mes troupes. J'ai même laissé à Dachau un bataillon et 50 chevaux pour me couvrir.
Je ferai tout pour que vos intentions soient remplies.
Comme vous ne me parlez pas de contributions et que vous êtes incertain du moment que vous viendrez ici, j'ai demandé deux millions à Munich, 300000 francs pour demain, 700 000 francs dans vingt-quatre heures et le surplus dans quatre jours.
Je présume que je recevrai une réponse à ma lettre de ce matin et que vous me ferez connaître vos intentions dans le cas où vous resteriez quelque temps avant de venir à Musich.
Je prévins que j'allais prendre mon quartier général à Xymphenburg.
Vu ce que m'avait mandé le générai Moreau dans sa lettre, dont je reçus le duplicata quelques heures après lui avoir envoyé son courrier avec ma réponse, j'ordonnai la plus grande surveillance et que toutes les troupes fussent sous les armes à 2 heures du matin; et, après avoir envoyé ma réquisition pour la contribution de deux millions, je partis pour Nymphenburg, avec une compagnie de grenadiers et un escadron de cavalerie, pour y établir mon quartier général.