‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 43 sur 184 · RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR DECAEN · texte numérisé non relu

RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR DECAEN

travaille avec beaucoup d'activité. 3 000 paysans y sont employés journellement, ainsi que des soldats, à l'exception des troupes hongroises.

On répare avec beaucoup de diligence, à Wasserburg, les retranchements qui ont été beaucoup endommagés par les pluies continuelles.

L'ennemi fait, dans tout le pays, des réquisitions immenses en tous genres et ne paye rien. Les paysans employés aux ouvrages devant Wasserburg, Kraiburg et Mùhldorf ne sont pas payés non plus. Le corps de Condé fait de même. Les environs d'Aibling et de Rosenheim sont presque entièrement dépouillés. Ce corps quitte l'habit russe le 1er du mois de novembre et prendra l'uniforme anglais. Toute exportation est défendue; on ne laisse même plus passer du sel.

L'Electeur a ordonné, il y a quatre jours, une nouvelle levée de recrues dans le haut Palalinat et dans le pays bavarois occupé par l'armée autrichienne.

26 vendémiaire (18 octobre). — On vient d'arrêter à Straubing le nommé Kienmayer, libraire, parce qu'on a trouvé chez lui une brochure ayant pour titre la Voix de Vopinion publique sur Maximilien-Joseph; Électeur de Bavière, avec une adresse de l'armée autrichienne à l'empereur François IL

La traduction de cette adresse était jointe au rapport. Voici cette pièce :

C'est avec une surprise mêlée de douleur que nous avons appris que tu ne veux toi-même donner à nous et à la Patrie cette paix dont nous sommes depuis si longtemps privés.

Permets-nous, du moins, de t' exprimer là-dessus nos sentiments d'une manière pleine de la vénération qui t'est due, mais en même temps de te parler à cœur ouvert.

Nous combattons depuis neuf ans contre une nation qui, loin de nous avoir jamais offensés, a si souvent, au contraire, mérité et notre estime et notre admiration. Jusqu'à présent, personne d'entre nous ne s'est avisé de demander quelle est la raison qui nous força de poursuivre cette nation et de sacrifier, sur les champs de bataille, la vie de 100 000 des nôtres. Nous obéissons parce que nous sommes accoutumés à obéir, et nous ne nous embarrassions pas du reste.

Mais, peu à peu, le bandeau tombe de dessus nos yeux. Nous voyons que nous ne versons notre sang que pour l'or des Anglais qui tombe dans

la poche de tes ministres. Nous voyons que tu fais un jeu de notre vie et que tu veux te précipiter toi-même, nous et tes provinces dans une ruine entière, avec une cécité inconcevable.

Tu n'as qu'à le faire quant à toi ; nous ne voulons pas t'en empêcher. Mais de nous entraîner, nous et nos compatriotes, dans ton abîme, ohl pour le coup, tu n'y réussiras pas.

De continuer la guerre dans ce moment-ci ne veut dire autre chose que d'abîmer l'Autriche. Considère les choses dans leur véritable point de vue et tu concevras cette vérité avec nous.

En Italie, les fruits d'une campagne entière sont perdus. Une armée éparpillée (la sixième qu'on a détruite en Italie) y fait seule ton espoir; et c'est avec celle-ci que tu comptes conquérir treize forteresses bien défendues et de battre une armée supérieure et victorieuse? Il est impossible que tu puisses avoir cette idée.

Ce serait donc en Allemagne que tu voudrais renaître? Regarde autour de toi. Ton armée mécontente, vaincue et mal menée, n'est éloignée de toi que de quelques journées. Vis-à-vis d'elle se trouvent campés 100000 Français pleins de courage et animés du désir de se battre. 50 000 hommes de troupes fraîches arrivent du Main. Elles peuvent, en peu de jours, pénétrer de la Franconie en Bohème. Le Tyrol sera la première victime de la campagne rouverte. Masséna et Moreau s'uniront et inonderont tes Etats héréditaires avec une force irrésistible. Si le héros Bonaparte commande l'armée en personne, certes, le sort de l'Autriche sera entre ses mains en peu de semaines, et tu seras alors obligé de demander une paix plus que déshonorante.

Mais supposons qu'il nous réussira de repousser les Français jusqu'au Rhin; qu'auras-tu gagné pour lors? Toute une campagne sera encore pour rien ; tu auras perdu 100 000 sujets pour essayer, dans le printemps prochain, un nouveau passage du Rhin.

Tu ne peux pas t'attendre à une nouvelle coalition ; et puis, quel avantage te porterait-elle? Il t'en résulterait ce que tu as eu des précédentes. Nous avons combattu à côté des Prussiens, des Russes et des Bavarois sans succès. Il nous en reste la triste expérience que des armées combinées ne valent rien.

Réfléchis donc bien à ce que tu veux entreprendre. Tu cours risque de nous voir retirer, fatigués d'une éternelle guerre, jusqu'aux portes de la résidence... Alors le peuple te commandera la paix. Rappelle-toi Louis Capet, et prends garde, d'empereur François II, de ne pas devenir François de Habsbourg. Quant à ta vie, lu peux être tranquille; on te connaît assez pour croire d'avoir mérité la mort. Mais ton Thugut, Lehrbach, Saurau, ton conseil aulique de guerre, oui, même ton impératrice, pourraient, en cas d'une plus longue manie pour la guerre, devenir victimes de sa fureur.

ier brumaire (23 octobre). — 4° Plusieurs lettres arrivées par le dernier courrier de Prague, Passau et Vienne, disent que jamais

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