REMARQUES BLESSANTES SUR LES BONAPARTE
prendre la suite du dialogue et surtout la réponse du général Moreau qui venait de se vanter d'avoir bien paré ce coup qui n'était plus, pour lui, inattendu. Mais je fus extrêmement étonné quand j'entendis qu'il avait répondu : et Je ne veux pas me marier. Cela porte malheur. Voyez Joubert », et qu'alors on ne lui avait plus rien dit.
Que le général Moreau n'ait pas voulu épouser Hortense, c'était une chose toute simple; mais il me semble qu'il devait s'abstenir de faire une réponse aussi brusque et aussi singulière, tandis que, prévenu de l'attaque qu'on pouvait lui faire, il devait éluder cette proposition d'une manière honnête et plus satisfaisante. Il le devait et le pouvait d'autant plus que, peu de jours après cette scène et avant de revenir à l'armée, il contracta son mariage.
Lorsqu'il était arrivé à Paris, Bonaparte, Premier Consul, lui avait offert une paire de pistolets enrichis de diamants en lui adressant les compliments les plus flatteurs.
Mais son plus grand tort, au sujet de cette adroite proposition de mariage, qu'il avait si singulièrement repoussée, c'est que je lui ai entendu répéter publiquement, plusieurs fois, qu'on avait voulu le faire entrer dans cette f. .. famille, mais qu'il avait bien su s'en débarrasser.
J'appris aussi, dans le temps, et même à l'armée, que la dame Hulot, sa belle-mère, ayant lu cet On dit, etc.. dans le journal, s'était servie de cette expression triviale : « Ah ! ce n'est pas pour eux que le four chauffe! »
Comme ces deux traits de mépris n'ont pu rester ignorés de Bonaparte et de toute sa famille, en raison de leur grande publicité, il est assez probable qu'ils ont pu être la cause première de ce qui est arrivé ensuite au général Moreau.
26 pluviôse (15 février). — Je partis de Salzburg pour retourner à Enns où j'arrivai le même jour (1) . Le général Moreau devait aller incessamment à Strasbourg chercher Mme Moreau, et jejfus informé, le 30, qu'il était parti le matin du 28.
(1) H y a environ 120 kilomètres de Salzburg à Enns, par VVels et Ebersberg. « Je fi-s mou voyage très heureusement, mon cher Lahorie. Je te remercie bien de ton attention. J'arrivai le même jour à Emis. Je rencontrai au relaj de Kleinmùnchen (?) le marquis df Gallo que tu auras peut-être reçu à Salzburg. Voila mon voyage!... » (Decaeu à Lahorie, Enns, 29 pluviôse an IX, A. H. G).
Je reçus du général Kniaziewicz la lettre ci-après, écrite de Munich. Elle était sans date.
Ayant appris, citoyen général, que la légion a reçu ordre de se rendre à Strasbourg, je m'empresse d'arriver à Salzburg, croyant, mon général, de vous y trouver encore pour pouvoir vous témoigner en personne et au nom de mes compatriotes les sentiments d'estime qu'ils vous portent, ayant eu l'avantage d'être sous vos ordres dans une campagne qui a couvert de nouveaux lauriers les armées françaises et leurs chefs. Agréez donc, citoyen général, par la présente, l'aveu sincère de ces sentiments dont sont pénétrés mes compatriotes et surtout moi qui ai l'honneur de vous assurer de la parfaite considération avec laquelle, etc., etc..
1" ventôse (20 février). — Je reçus une lettre du général Lahorie, datée du 29. Il m'écrivait :
Les États de la Haute Autriche montrent, de toute manière, tant de mauvaise volonté, particulièrement relativement à nos magasins que, peut-être, il sera nécessaire, mon ami, d'en venir à des exécutions militaires pour les moyens de transport. J'ai donné là-dessus des instructions à l'ordonnateur Nourry, en le prévenant que tu lui donnerais, dans ton cercle, toutes les facilités possibles ou plutôt tous les moyens de sévérité qu'il te demanderait.
J'espère que nous tirerons parti de la marine d'Enns. Fais-la garder soigneusement. Il faut rassembler de l'argent pour les gratifications et celui qui proviendra de ces objets sera le premier à donner.
En réponse j'écrivis :
D'après les ordres du chef de l'état-major de l'artillerie, mon cher Lahorie, on avait fait partir de l'arsenal de la marine d'Enns une vingtaine de voitures chargées des meilleurs cordages et quelques caisses de clous, etc.. Cette évacuation a fait paraître un des négociants avec lesquels tu as traité à Amstetten, car il a un laisser-passer signé de toi. C'est celui qui est de Fribourg. Il a demandé qu'on suspende cette évacuation, disant qu'il voulait faire l'acquisition de tous les bateaux et de leurs agrès. Je lui ai répondu que je ne pouvais acquiescer à sa demande qu'autant qu'il ferait une soumission convenable, et pour cela, je l'ai adressé au commissaire Nourry, le prévenant que le départ d'un nouveau convoi, prêt à se mettre en route, serait différé jusqu'à ce matin; que je devrais avoir un avis du commissaire qui m'informerait si on était entré en arrangement. Je n'ai aucune nouvelle.
Mais, d'après ce que tu me dis du retard apporté par les États, on n'enlèvera plus rien jusqu'à ce que tu donnes un nouvel avis. Préviens-en le général Éblé, vu que si on se trouve réduit à la nécessité de se servir des bateaux, il est indispensable d'avoir ce qui est utile à leur manœuvre (1)...
(1) Dans cette lettre, dont Decaen n'a reproduit que la première partie dans ses