‹ Mémoires et notes de ChoudieuChapitre 25 sur 94 · LE JUGEMENT DE BACHMANN · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT DE BACHMANN

Le premier qui fut traduit devant le tribunal fut Bachmann. Sa principale défense porta sur les ordres qu'il avait reçus du Roi et sur les devoirs qu'il avait à remplir comme militaire. Appelé par lui^ comme témoin, je rendis un compte fidèle de la conduite qu*il avait tenue vis-à-vis de moi au bas de l'escalier; je déclarai qu'il s'était arrêté à ma première réquisition en baissant la pointe de son épée et en protestant de son respect pour le Corps législatif; mais la vérité exigeait que j'ajoutasse à cela qu'il ne s'était retiré que sur Tordre qu'il en reçut du Roi. La première partie de ma déposition atténuait bien un peu le délit qu'on lui reprochait d'avoir violé l'enceinte du Corps législatif ; restait l'accusation principale qui portait sur le sang versé au Carrousel et sur l'attaque préméditée contre TAssemblée nationale. Merlin de Thionville, Chabot et Bazîre, assignés comme moi à décharge par Bachmann, refusèrent de comparaître parce qu'ils n'avaient rien à dire de favorable à sa cause. Ils m'accusèrent môme d'avoir cherché à le sauver. Certes, ce n'était nullement mon

intention et je suis encore d'avis aujourd'hui que la sentence qui l'a condamné à mort est un acte de justice nationale; mais assigné par un homme qui allait être jugé sur une accusation capitale^ je ne crus pas devoir lui refuser le témoignage qu'il réclamait de moi, et dont une partie pou\-ait être à sa décharge.

Il n'est jamais entré dans mes principes de voir un ennemi dans un homme désarmé qui comparaît devant un tribunal chargé de le juger. Celui qui en pareil cas ne dirait pas la vérité tout entière ne serait à mes yeux qu*un homme méprisable.

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