MESURES POLITIQUES
feclant ainsi c[uelquc bienveillance envers les prisonniers, les chefs atteig'naient par là le double but d*èlrc dispensés de les nourrir et de les garder dans Tintérieur du pays. Ils se ménageaient en outre des intelligences au milieu de nous et de nouveaux partisans. Ils tranquillisaient les hommes faibles sur la crainte de tomber entre leurs mains et ébranlaient leur fidélité. Peut-être devons*nous attribuer en partie le peu de résistance de quelques bataillons à la certitude que chacun avait de n'éprouver qu'un châtiment honteux, dont beaucoup n'appréciaient pas la honte. Je veux parler de la précaution que prenait l'ennemi de couper les cheveux à ceux qu*il renvoyait, afin de les reconnaître s'ils reparaissaient dans nos rangs.
Ils n*ont pas toujours suivi les mêmes principes, car^dans d'autres endroits, ils se sont portés à toutes sortes d'excès. A Machecoul, par exemple, ils ont égorgé des femmes et des enfants sans défense, ainsi que je Tai dit plus haut. Aux environs de Nantes, ils ont eu la barbarie de fusilier 4oo prisonniers nantais sur le bord d*un fossé el de les y enfouir de suite, même ceux qui n'étaient pas encore morts. Voilà de ces faits que nos neveux auront de la peine à croire, mais qui ne sont que trop constants, et la ville de Nantes ne les avait pas encore oubliés lorsqu'elle a opposé une si vigoureuse et si héroïque résistance aux armées vendéennes réunies.
II parait que l'ennemi s'était pratiqué d'avance des intelligences dans la ville de Sauniur, car, au moment même où le feu commença, un nommé François, étranger à la ville, encloua plusieurs pièces de canon. Les prisons furent ouvertes, sans qu'on ait su par qui, et, lorsque Tennemi entra dans la ville, l'inspecteur des remontes, Lebrun, lui livra tous les chevaux du dépôt qu1l lui était facile de faire évacuer ainsi que l'ambulance.
J'ai dit plus haut que je rendrais compte des motifs qui avaient engagé nos deux collègues, Dandenac et Delaunay, à se diriger plutôt sur Angers que sur Tours. J'ai dit éga-
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lement que ces deux députés étaient venus à Saumur sans mission. Du moins ils n'en avaient pas d'apparente, mais depuis, nous avons acquis la certitude qu'ils en avaient une secrète, celle de se concerter avec les administrations civiles pour organiser des forces départementales afin de marcher sur Paris pour y comprimer ceux que les Girondins désignaient sous le nom d'anarchistes.
Arrivés à Angers, ces deux représentants, d'accord avec les administrateurs du département, convoquèrent un con« seîl de guerre dans lequel il fut décidé qu'on évacuerait la ville sans attendre l'arrivée de l'armée vendéenne qui, avant de se mettre en marche, resta inactive à Saumur pendant huit jours, parce que quelques-uns de ses chefs avaient conçu le projet audacieux de marcher sur Paris. Ce projet n'échoua que parce que les paysans, qui formaient la principale force de cette armée, ne voulurent jamais consentir à s'éloigner de leurs foyers ; et ils eurent peut-être raison, parce qu il est à croire qu'ils auraient trouvé leur tombeau dans les plaines de la Beauce.
La détermination d'abandonner une ville aussi importante qu'Angers fut non seulement une insigne lâcheté, mais une trahison bien caractérisée; une lâcheté, parce qu'il était facile de s'y défendre, puisque la ville était entourée de murailles, qui à la vérité étaient vieilles, mais qui plus tard ont résisté à toutes les forces vendéennes réunies sous le commandement de Charles d*Autichamp. Il était facile d'y réunir sept mille hommes par la jonction des forces que Coustard avait ramenées de Saumur avec celles qui n'étaient plus nécessaires à la défense des Ponts-de-Cé et qui, jointes à la brave garde-nationale d'Angers, pouvaient présenter un effectif de plus de douze mille combattants. Car, en 1791, époque à laquelle je faisais partie de cette garde-nationale, elle se composait de plus de six mille hommes bien armés et bien équipés, et manœuvrant comme des troupes de ligne.
Cette détermination était aussi une trahison, car il est évident pour moi qu'en dirigeant la retraite sur Laval, au lieu de la diriger sur le Mans, dont la route était parfaitement libre, on faisait un circuit inutile d'un vingtaine de