‹ Mémoires et souvenirs de Augustin-Pyramus de CandolleChapitre 102 sur 152 · COMITÉ D’UTILITÉ PUBLIQUE · texte numérisé non relu

COMITÉ D’UTILITÉ PUBLIQUE

Je fus appelé, en 1827, à faire partie d’un comité auquel j'ai mis un intérêt réel parce qu’on sentait qu’on y agissait. M. Henri Boissier, mon parent éloigné, après avoir consacré sa vie à des actes d’une charité bien entendue, vint à mour1r , il laissa par son testament une somme de 250,000

t L'auteur me parait avoir exagéré les difiicultés contre lesquelles il a échoué dans ses tentatives en faveur de lagriculture du pays. Les faits qu il cite sont exacts, mais il y en à d’autres dont il aurait pu parler. Pendant les premières années de l’existence de la Classe d'agriculture, on avait à lutter contre des obstacles qui ont disparu ou qui ont diminué, grâce à l'influence prolongée de quelques hommes, en particulier du professeur président de la Société des Arts. Ainsi, quand la Classe à été formée, il y avait très-peu d'agriculteurs ayant reçu une éducation scientifique, sachant, par conséquent, faire exactement certaines expériences ; on lisait peu de livres d’agriculture ; on n'avait pas de cours de botanique ou de sciences analogues, etc. Depuis cette époque le public agricole, notamment celui qui fréquente les séances de la Classe, a bien changé : il comprend, discvte et applique beaucoup mieux les idées nouvelles. Au besoin, le Bulletin que publie la Classe et le journal du Cultivateur, qu’elle a fondé, en fourniraient la preuve.

(Alph. de C.)

francs pour être employée à des objets d'utilité publique, par un comité de dix personnes qu'il nomma pour la première fois et qui furent chargées de nommer leurs successeurs à mesure des vacances. Le généreux testateur me désigna avec plusieurs personnes des plus recommandables du pays. Ce comité, entrant dans les vues de son fondateur, a créé plusieurs institutions utiles, mais comme c’est ma propre histoire que je raconte ici, je parlerai seulement de celles auxquelles J'ai pris une part plus spéciale. J'ai été généralement chargé de la rédaction des comptes rendus que le comité à fait publier, et j'ai donné une attention particulière aux deux objets suivants :

1° Sur ma proposition, le comité a encouragé les sociétés de secours mutuels entre ouvriers. D’après le procédé que j'avais vu réussir à Paris, 1l a donné à chacune des sociétés qui se sont formées une somme égale à celle que les sociétaires s’imposaient eux-mêmes. Quoique ces associations aient réussi, le grand développement de la caisse d'épargne a dû limiter leur nombre et leur importance.

20 Le comité, entrant dans les vues que je lui développai, consacra une forte somme à lamélioration du sort des sourds-muets. Je donnerai quelques détails sur ce point.

Il existait depuis plusieurs années un petit établissement en faveur des sourds-muets, ou plutôt en faveur d’un sourdmuet sorti de l’école de Paris, et auquel on avait fait un petit sort en le nommant directeur de l’école. Dans l'été de 1830, je reçus la visite de mon excellent ami de Gérando, qui s'est occupé avec tant de zèle de tout ce qui tient à la bienfaisance publique et surtout à l’éducation des sourds-muets : il me demanda de voir notre institut. Je ne le connaissais

* Fondée en 1816, sur une proposition faite deux ans auparavant au Conseil Représentatif par mon oncle, M. de Candolle-Boissier. (Note de l’auteur.) — J’ai fait réimprimer le texte de cette proposition, intéressante par sa date, puisque la caisse d'épargne de Londres est de 1816 et celle de Paris de 1818. (Alph. de C.)

pas moi-même, mais jy allai avec lui. Je trouvai un horrible appartement, dans le plus triste quartier de la ville, où vivaient entassés quinze à dix-huit enfants des deux sexes. Un sourd-muet leur enseignait tant bien que mal ie langage des signes, d’après la méthode de Sicard. Je sortis indigné de cette institution et honteux d'y avoir conduit M. de Gérando. Dès le lendemain de son départ j'écrivis au Conseil d'État (ou au Conseil municipal ?) une lettre dans iaquelle je signalais avec chaïeur le mal existant et je demandais qu’on s’occupàt de le réparer. J’obtins immédiatement le transfert de l'institut dans un autre local, plus aéré, plus clair et plus grand. Quelque temps après je retournai le voir, et je n’eus pas de peine à reconnaître combien, malgré cette mutation, l'établissement péchait encore sous une foule de rapports. Je m’adressai alors au comité d'utilité cantonale, et lui peignis avec énergie ce qu'il y avait de facheux et d'humiliant dans cet état de choses. Le comité, sur ma demande, offrit au Conseil d'État d'acquérir un terrain hors de la ville, de contribuer pour une forte proportion à y bâtir une maison convenable, de payer les frais nécessaires pour envoyer un second maître étudier à Zurich la méthode d’articulation, afin de l’enseigner aux sourdsmuets à son retour. La proposition fut agréée et le Conseil Représentatif vota les fonds nécessaires pour la mettre à exécution. Toute la partie matérielle en a bien réussi. Un petit terrain fut acquis à Plainpalais : une maison commode et bien placée, au milieu d’un petit jardin, fut bâtie : l’ancien mobilier sordide fut remplacé par un mobilier neuf, etc. ; mais lorsqu'on en vint à la partie intellectuelle on réussit moins bien. Les sourds-muets ont gagné à mes efforts d’être mieux logés et de vivre plus confortablement, mais je crains qu'ils n'aient rien acquis sous le rapport de l’instruction. Il est plus difficile qu’on ne croit de faire tout le bien qu'on projette, surtout dans une démocratie où il faut agir sur une multitude de volontés contradictoires, et où chacun n’a

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qu'une action très-bornée. J’ai fait un peu de bien aux sourds-muets : espérons que dans l'avenir quelque autre plus heureux achèvera mon œuvre!

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