ÉPILOGUE
Mon « Exegr monumentum ‘.»
Il est donc enfin terminé Ce recueil, monument borné De mes juvéniles pensées
! Cette pièce n’est pas datée. Elle était placée dans le manuscrit à la fin du re-
cueil. D’après quelques indices, je la crois composée en 1824 ou à peu près. (Alph. de C)
Et de mes rimes négligées !
Né dans l’étroite intimité,
Il n'ira point de race en race Jusques à la postérité.
Qu'il garde la modeste place
Pour laquelle il fut destiné,
Et n’aille point grossir la masse De ces fades fruits du Parnasse Dont le public est rebuté !
J'ai souvent fait gémir la presse (Peut-être trop en vérité ! }
Mais mes écrits de toute espèce Ont eu pour but la vérité,
Pour mobile l’utilité.
Jamais d’un simple badinage
Mon nom ne devint le parrain :
Le publie m'a vu grave et sage, Mes amis seuls m'ont vu badin.
Quand j'aurai faussé compagnie, Peut-être, un jour, ces vieux amis, En lisant entre eux des écrits Qu'aux Jours fortunés de ma vie Dictérent, non la vanité,
Mais la simple et franche gaité,
Le sentiment, ou la folie,
Ou bien certaine activité
Que le destin m'a départie,
En pensant à notre amitié,
A l’angle de leur œil mouillé, Essuieront une larme amie !
Peut-être mes petits-enfants,
Qui ne connaîtront leur grand-père Que par ces in-folio pesants, Couverts d’une docte poussière, Qu'on garde, mais qu'on ne lit guère, Verront par ces légers écrits,
Sans vanité, sans importance,
Que l’enjouement et la science Peuvent se trouver réunis,
Et que tout en suivant les traces Des savants les plus érudits
On peut sacrifier aux grâces...
Puissent-ils ne pas dire entr'eux Qu'elles ont rejeté mes vœux !
De quelques dispositions testarmentaires de Aug.-Pyr. de Candoile.
Le testament est du 20 février 1841. Ses principales dispositions concernent la famille ou les propriétés du testateur, on des établissements de charité de Genève; il est inutile d’en parler, mais je citerai celles relatives à des établissements étrangers, à des amis, ou à des objets scientifiques. Elles complètent, en quelque sorte, les Mémoires.
« Je donne au Consistoire protestant de la ville de Montpellier, pour ses pauvres, 800 francs, en souvenir des années heureuses que j'y ai passées.
€ A la bibliothèque de la ville d'Yverdon 100 francs, comme signe du € prix que j'attache au droit de bourgeoisie que ma famille y a obtenue « pe trois siècles.
« À la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève une « somme de 2,400 francs pour fonder un prix en faveur de la meilleure « monographie d’un genre ou d’une famille de plantes ; la Société fixera « les conditions du concours et le jugera ; l'ouvrage couronné sera im- « primé ou par l’auteur ou dans les Mémoires de la Société‘. »
Par les articles suivants, le testateur abandonnait à son élève et ami Guillemin le droit de publier de nouvelles éditions de la Théorie élémentaire et de l’Organographie. Le légataire étant mort peu de temps après n'a pu profiter de cette clause, qui était simplement un avantage pécuniaire. L'article suivant est celui-ci : « Je donne à M. Dunal, profes- « seur de botanique à Montpellier, en souvenir de sa bonne et constante « amitié: 10 les livres doubles qui pourront se trouver à mon décès dans
1 Par suite de cette fondation, des prix quinquennaux, de 500 francs, ont déjà été adjugés à MM. Meïssner, professeur à Bâle, pour une monographie des Thymélées ; Jean Müller, d’Argovie, pour une monographie des Résédacées, et de Bunge, professeur à Dorpat, pour une monographie des Anabasées.
(Alph. de C.)
« ma bibliothèque ; 2° le droit de publier une nouvelle édition ou de la € Flore française ou de l'Essai sur les propriétés des plantes. » La maladie et la mort de Dunal l’ont empêché de publier ces nouvelles éditions, qui auraient sans doute été bien rémunérées, mais qui auraient exigé de longs travaux. ,
«Je prie mon fils de choisir dans mon herbier cent plantes que j'aie dé- « rites le premier, et de les adresser de ma part à mon bon et ancien - &ami Benjamin Delessert, comme témoignage de mes sentiments pour « lui et sa famille. » Ces plantes ont été envoyées sur papier encadré de noir, et elles forment un volume, conservé à part, dans la grande collection de M. Delessert, ouverte si libéralement aux botanistes.
Le testateur donne une copie de son dictionnaire inédit de nomenclature botanique à l'administration du Muséum d'histoire naturelle de Paris, « comme témoignage de la reconnaissance que j'ai conservée pen- « dant toute ma vie pour les bontés dont elle m’a honoré dès ma jeunesse. « Je désire que ce manuscrit soit placé dans son herbier, à l'usage des « botanistes *. »
Enfin le testament se termine par ces mots : «Je remercie mes parents, « mes amis, mes collègues et mes concitoyens de la bienveillance qu’ils « m'ont souvent témoignée. Je prie tous les Genevois auxquels ma mé- « moire pourra être chère de l’exprimer, non par des discours ou autres « marques de ce genre, mais en encourageant de toutes leurs forces les « études scientifiques dans notre ville comme étant la carrière qui a le « plus honoré ses habitants et qui convient le mieux à leur position et à € leur caractère. » |
La seconde phrase de cette article est la seule dont on n'ait pas tenu compte. À peine la nouvelle de la mort du savant genevois fut répandue que ses amis se réunirent pour aviser aux moyens de lui élever un monument dans le jardin botanique de Genève. Une souscription fut vite remplie, et notre célèbre compatriote, le sculpteur Pradier, fut chargé de l'exécution. C’est dans la session de la Société suisse des sciences naturelles à Genève, en 14845, que le monument fut inauguré par un discours éloquent de M. Macaire-Prinsep, président du comité des souscripteurs, auquel se joignirent les acclamations des naturalistes suisses et d’un nombreux public*. (Alph. de C.)
1 Voyez page 286.
? Voyez le journal l’Illustration du 30 août 1845.
Biographies et éloges publiés sur Aug.-Pyr. de Candolle :.
1° Pendant sa vie.
Biographie des contemporains. 4822. Vol. v, p. 254, et supplém. p. 11. Articles faits par Bory Saint-Vincent ; le premier court et en quelques points inexacts ; le second développé et exact.
Encyclopédie des gens du monde. 1834. Vol. 1v, part. 11; au mot Candolle. Article signé S.B. (Sabin Berthelot).
Dictionnaire de la conversation. 1835. Vol. xix, p. 315. Article signé N. Bermont.
2° Depuis sa mort.
Discours de M. le premier syndic Rigaud au Conseil Représentatif, le 27 septembre 1841. — Communiqué officiellement à la famille et im— primé dans le Mémorial du Conseil. — Extrait dans les Actes de la Société suisse d'utilité publique. Lausanne, 1842, p. 303.
Éloge prononcé par M. de Martius dans une séance de la Société botanique de Bavière, le 28 novembre 1841, publié d'abord dans l’Allgemeine Zeitung, puis, avec des additions, dans le journal Flora, n° 1 de 1842 (et à part). Traduit en anglais dans Silliman's American Journal, 44, n° 2.
Article lu par le Dr Roget, secrétaire de la Société royale de Londres, dans la séance du 30 novembre 1841. — Imprimé dans les Proceedings of the royal Society.
Dunal. Note biographique sur feu M. le professeur de Candolle, février 1842. Imprimée dans le Journal de la Société médicale pratique de Montpellier. (Ecrit préliminaire à l'éloge mentionné plus loin.)
Le Magasin pittoresque d'avril 1842. Article de Tôpffer (sans signature), avec portrait.
A Notice of prof. Augustin-Pyrame de Candolle, by George E. Emerson, president of the Boston Soc. of natur. history, read 17 nov. 1841. Printed in Silliman's American Journal of Science, vol. xLIt, n° 2. Avril 1842.
1 Il ne m’est pas possible de connaître tous les articles de journaux qui ont été publiés, mais j’indique au moins les ouvrages originaux ou éloges auxquels on à puisé. (Alph. de C.)
Éloge lu à la Société linnéenne de Londres par le secrétaire. Imprimé dans les Annals and Magazine of natur. history, 10, page 413, ma
Éloge prononcé aux promotions par M. Cellérier, recteur, le 8 août 1842. Br. in-8°.
Éloge par M. A. de la Rive dans le discours du président de la Société des Arts, du 41 août 1842. Imprimé dans les Procës-verbaux de la séance.
Actes de la Société suisse des sciences naturelles siégeant à Altortf, le 25 juillet 1842.
Éloge historique de A.-P. de Candolle, lu à la séance de rentrée des trois Facultés de Montpellier, le 8 novembre 1842, par F. Dunal. Broch. in-4°, avec portrait.
Le Nouveau Messager suisse de 1843. Article par J. Ruegger.
Morren. Notice sur la vie et les travaux de Aug.-Pyr. de Candolle, lue à la séance publique de l’Académie de Bruxelles, le 14 décembre 1842. Indépendance belge, 16 et 20 décembre 1842, et br. in-12.
Flourens. Éloge historique de A.-P. de Candolle, lu à la séance publique de l’Institut, le 10 décembre 1842. [Imprimé dans les Mémoires de l’Académie, et à part. Traduit en anglais dans Reports of the Smithsonian institution. Washington, 1860.
Ch. Martins. Revue indépendante du 10 mars 1843, à la fin d'un articie intitulé : la Métamorphose des plantes.
Daubeny. Sketch of the wrightings and philosophical character of A.-P. de Candolle. Dans Edinburgh new philos. Journal, April 1843. Gautier, professeur. Notice sur les membres ordinaires de la Société de physique et d'histoire naturelle que cette Société a perdus de 1833 à
4842. Dans le vol. x des Mémoires de la Société, page xxvI.
Choisy. Album de la Suisse romande, 1843, vol. 1, p. 15, avec portrait lithographié.
À. de la Rive. Notice sur la vie et les écrits de A.-P. de Candolle. Babl. unmiw., novembre et décembre 1844. — 2me édition, fort augmentée ; 4 vol. in-12°, Genève, 1851.
Ad. Brongniart. Notice sur Aug.-Pyr. de Candolle, lue à la Société royale et centrale d'agriculture, dans sa séance publique du 19 avril 1846. Imprimée dans les Mémoires de la Société, 1846.
Haag. La France protestante : au mot Candolle. 1854.
Discours prononcé à l'inauguration du buste de Aug.-Pyr. de Candolle, dans le Jardin des plantes de Montpellier, le 4 février 1854, par
M. Ch. Martins, professeur à la Faculté de médecine de Montpellier, Broch. in-8°. Montpellier, 1854. |
Discours prononcé à l'inauguration du buste de M. de Candolle, dans le Jardin botanique de Montpellier, par M. Paul Gervais, professeur à la Faculté des sciences. Br. in-8°. Montpellier, 1854.
Nouvelle biographie générale, publiée par MM. Didot, sous la direction du Dr Héœfer ; in-8°, volume vtr, page 162, 1855. Article Candolle (Aug.-Pyr. de).
Notice biographique sur M. de Candolle (A.-P.), dans le Musée biographique, Panthéon universel, de Perraud de Thoury ; in-8°, 1856.
(Alph. de C.)
Portraits. gravures, bustes.
À 14 ans. — Portrait au crayon et à l’estompe, dessiné en pied, par Auriol !.
20 ans. — Portrait au crayon, par Mile Rath, donné à Mme Humbert. 24 ans. —— Portrait en miniature, par Mie Rath, donné par elle à ma femme lors de notre mariage. Volé quelques années après. 30 ans. — Portrait à l'huile, par Boilly, donné par moi à Mme Torras.
— — Copie de ce portrait, par ma belle-sœur N. T. (avec un changement de coiffure), donné à Mme Hooker.
— — Gravure de cette copie réduite à de très-petites dimensions, par Mme Turner, belle-mère de Me Hooker.
42 ans. — Portrait au crayon, par Me Munier-Romilly, lithographié et mis par elle en vente au profit de l’établissement des orphelines ?.
48 ans. — Gravure d’après le portrait de Mme Munier, par Tardieu,
pour la collection de Levrault, à la suite du Dictionnaire des sciences naturelles 5.
1 Mentionné page 54. Il n’était pas ressemblant. (Alph. de C.) 2 Le portrait était excellent, maïs la lithographie était alors tout à fait dans l'enfance. (Alph. de C.)
3 Après avoir fait cette gravure, d’après un très-bon portrait, le graveur reçut la visite de mon père et ne le reconnut pas. A la suite de cette entrevue, il modifia peut-être son ouvrage, qui en définitive ne ressemble guère.
(Alph. de C.)
49 ans. — Portrait au crayon de Mie Rath', qu’elle a fait lithographier et dont elle a donné le produit au Jardin de Genève. 50 ans. — Portrait à l’huile, par M. Bouvier, donné par lui à la Société des Arts.
52 ans. — Gravure par M. Bovy d’un second portrait au crayon par Mme Munier-Romilly *.
53 ans. — Médaillon en relief, par M. David (d'Angers).
54 ans. — Médaillon en cire rouge et pierre gravée d’après ce médaillon, par M. Veillard, sourd-muet.
58 ans. — Autre médaillon en cire, par M. ...… , destiné à une médaille de bronze qui n'a pas été faite.
60 ans. — Portrait à l’huile, de grandeur'naturelle, par Hornung 5.
Une copie de D’Albert à été envoyée par moi à la Faculté des sciences de Montpellier *, etune autre par Straub, à la Faculté de médecine de la même ville.
64 ans. — Portrait en noir, par M. Jacob. Je l'ai donné à Auguste Torras, mon beau-frère,
62 ‘|, ans. — Portrait au crayon, ébauché à Turin, par ordre de l’Acedémie de cette ville.
L'énumération qui précède était jointe au manuscrit des Mémoires. Après la mort de mon père et par son ordre, j'ai fait exécuter une gravure soignée, format in-folio, par Bouvier. On s’est servi principale-
1 Il a servi de modèle pour une mauvaise lithographie placée en tête de la traduction russe de mon Introduction à l’étude de la botanique, publiée à Moscou en 1837. (Alph. de C.)
2 Excellent portrait, mieux rendu que le précédent de Mme Munier. Dans tous les deux les amis de mon père retrouvaient son expression et sa vivacité. C’est en général du second portrait de Mme Munier qu'on a tiré des copies, par exemple la gravure sur bois qui est dans le Magasin pittoresque de 1842, n° 14, et la lithographie du Messager suisse de 1843. (Alph. de C.)
5 Donné par moi, en 1841, à la Bibliothèque pubiique de Genève. Il est à regretter qu’un aussi bel ouvrage ait été exécuté après la maladie de mon père, en 1836, qui avait altéré sensiblement son teint et sa physionomie. — Copié en émail, par Dupont ; aussi en émail (et modifié), par Henry, pour M. J.-L. Du Pan. C’est d’après ce dernier que les éditeurs de l’Album genevois ont publié une lithographie en 1841. (Alph. de C.)
4 Ce portrait a servi pour la lithographie placée en tête de l'éloge de M. Dunal. Le digne élève et ami de mon père n’a pas dû en être content.
(Alph. de C.)
ment pour ce travail du second portrait de Mme Munier-Romilly, et cette artiste si distinguée à eu l'obligeance de retoucher le dessin du graveur afin de compléter encore la ressemblance. J'ai donné un grand nombre d'exemplaires de cette gravure, qui est en vente à Genève et à Paris ‘.
Un excellent buste en marbre de Carrare, exécuté par Dorcière, a été placé dans le salon de la Société des Arts de Genève, dont mon père était président. Des moules en plâtre de ce buste ont été répandus à Genève. J'en ai donné d’autres, en ciment, qu'on disait inaltérable, aux Jardins botaniques de Zurich et de Montpellier ; mais ils n’ont pas résisté aux intempéries.
Le monument élevé par une réunion de souscripteurs dans le Jardin botanique de Genève porte un buste, en bronze, par Pradier. L'artiste n’a malheureusement fait aucun usage des modèles qu'on lui avait envoyés, de sorte que la ressemblance est à peu près nulle.
Enfin un portrait à l'huile a été placé par ordre du gouvernement français dans la galerie de Versailles. Ce portrait a été exécuté par M. de Régny, principalement d’après celui de M. Hornung, mentionné ci-dessus.
(Alph. de C.)
Additions et rectifications.
Page 81. Il s’est glissé probablement une erreur dans la rédaction du manuscrit au sujet de « Gicé, qui a été depuis archevêque d’Aix. » Ce doit être l'abbé de Cussé Boisgelin, depuis archevêque d'Aix, car c’est lui que Morellet désigne dans ses Mémoires, vol. 1, page 11, comme son camarade à la Sorbonne, avec Loménie et Turgot. Il fit bien connaissance avec l’abbé de Cicé, ensuite archevêque de Bordeaux, mais ce fut après être sorti de Sorbonne (p. 24). La ressemblance des deux noms est la cause évidente de l’erreur. Du reste, comme le remarque mon pére, on ne trouve pas dans les Mémoires de Morellet une foule d’anecdotes et de chansons de lui qui étaient dirigées contre l'Église. On sait que Voltaire l'avait surnommé dans sa jeunesse l'abbé Mords les. La chanson que l’auteur des Mémoires lui escamota si plaisamment a été imprimée. J'en ai
4 A Genève, chez J. Cherbuliez, libraire ; à Paris, chez Masson, libraire, 17, place de l'École de Médecine. (Alph. de C.)
une autre , intitulée Mon confiteor, qui ne le sera pas, à moins que le vingtième siècle ne ressemble au dix-huitième.
Page 498. Malgré toute la peine que je me suis donnée pour compléter la liste des ouvrages ou opuscules de mon père, je viens d'en retrouver deux qui m'avaient échappé.
61” Lettre sur les recherches botaniques à faire en Suisse. Dans Meissner, Naturwissenschaftlicher Anxeiger. Berne, 1818, in-4°, n° 7.
77 Division des roses (dans un mémoire de Seringe). Musée helvétique, in-4°, cahier 1, Berne, 1823.
(Alph. de C.)