‹ Mémoires et souvenirs de Augustin-Pyramus de CandolleChapitre 49 sur 152 · RELATIONS AVEC LA FAMILLE SAY · texte numérisé non relu

RELATIONS AVEC LA FAMILLE SAY

Ma relation avec la famille Say en devint seulement un peu plus intime. Je l'avais connue chez les de La Roche,

dont les Say sont proches parents, et je fus appelé à les voir souvent parce qu'ils demeuraient dans mon voisinage, rue de Tournon. M. Say était alors un homme de quarante ans, rédacteur de la Décade philosophique, bientôt membre du tribunat, républicain assez prononcé et habile économiste. Mes conversations avec lui roulaient toujours sur cette classe de matières; elles m'ont ouvert lesprit sur une foule de sujets qui étaient très-nouveaux pour moi. J'ai vu pour ainsi dire éclore dans sa tête son Traité d'écanomie poliique et j'ai appris les bases de cette science en les discutant avec lui. Je me rappelle, entre autres, une course que nous fimes ensemble à Villemomble, village près de Paris. Il m’y exposa tout son plan et je le critiquai avec lui; je lui exposai de mon côté le plan d’un traité de botanique que je méditais alors et que j'ai exécuté bien des années après, et il me présenta sur mon cadre d’utiles observations. Je trouvai un véritable intérêt dans ces communications avec un homme voué, il est vrai, à des études trèsdifférentes des miennes, mais dont l'esprit méthodique cadrait avec le mien ‘.

Mne Say était une femme très-aimable, gracieuse, bonne et prévenante. Je suis resté attaché à l’un et à l'autre et j'ai toujours soutenu mes relations avec eux. J’ai même présenté à la mairie leur fille Octavie, lors de sa naissance, ce qui m'a constitué en quelque sorte son parrain. Au moment où j'écris ces lignes (1830) je viens d'apprendre la mort de Mne Say; je la regrette comme une amie et comme une femme d’un vrai mérite. Elle avait dans le son de la voix un charme particulier, aussi, indépendamment de l'intérêt

1 M. Say était un descendant de Français réfugiés à Genève lors de la révocation de l’édit de Nantes et naturalisés Genevois. Il avait été élevé à Genève, ce qui contribua sans doute aux relations de mon père avec lui. Sous la Restauration, en 1817, il fit faire des démarches pour conserver à ses enfants la qualité de Genevois, disant dans une lettre adressée à mon père: « Il faut cesser d’être républicain le plus tard qu’on peut.» J.-B. Say est mort en 1832. (Alph. de C.)

de sa conversation, je l’écoutais comme on écoute un concert de flûte ou de harpe. Dès lors je me suis souvent aperçu que ce genre d'agrément est celui qui me séduit et m’entraîne le plus dans les petites affections de société.

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