PRET
Je soussigné, Charles Guay Protonotaire-Apostolique, ancien missionnaire de Ste-Anne de Ristigouche, dans le diocèse de St-Germain de Rimouski, comté Bonaventure, vu l'intérêt que j'ai toujours porté à cette mission, donne et cède à la Corporation Episcopale Catholique Romaine de Rimouski, par les présentes, la pleine et entière propriété du presbytère et des dépendances de la susdite mission, en tant que de besoin, étant donné la réclamation de (83,000.00) trois mille piastres, capital et intérêt, que j'ai sur les dis immeubles, renonçant par ce fait à toute réclamation tItérieure sur les dits presbytère et dépendances que je considère et reconnais par les présentes comme la propriété exclusive de la Corporation Episcopale Catholique de St-Germain de Rimouski,
En foi de quoi, j'ai signé les présentes à l’Archevèché de Québec, le vingt-quatrième jour de février, mil huit cent quatre-vingt-onze, en présence de Son Eminence le Cardinal Taschereau, Archevèque de de Québec, acceptant pour la Corporation Episcopale Catholique Romaine de St-Germain de’ Rimouski, et de Mgr C. A. Marois, P. A. Vicaire-Général de l'Archidiocèse de Québec, et H. Tètu, P. D., Aumônier du dit Archevèché, appelés comme témoins.
(Signé) Cas Guay, Prot. Apost.
(Signé) E. A. Card. TascHErEAU, Arch. de Québec. GC. A. Marois, V.-G., P. A.
Témoins: { CU H.Téru, A. P. D.
Dec.
Rimouski, le 2 mars 1891.
A Monseigneur Cns Guay, P. A.
à Saint-Joseph de Lévis, à Lévis.
J'ai parfaitement reçu en leur temps votre bonne lettre du 26 février dernier et votre prévenant télégramme de la veille.
Je regrette beaucoup de n'avoir pas eu le temps de vous remercier plus tôt pour ces deux marques de votre attention à mon égard. Mais vous savez tout le surcroît d'orcupations variées et imprévues auxquelles il me faut actuellement faire face.
Votre difficulté au sujet de la tenue de vos comptes et de la possession du presbytère à la mission de Ristigouche est donc en fin terminée. Deo gralias ! Soumnise à la judicieuse considération de l’Eminentissime Métropolitain de Québec, cette difficulté ne pouvait pas man-— quer d’ètre bien réglée. C’est bien là du reste ce que me prouve votre empressement à me dire votre satisfaction : Veuillez bien croire à la mienne aussi.
Et en autant que vous avez contribué à ménager ce dénouement par vos bonnes dispositions, jesuis heureux de vous en féliciter ; et Dieu vous bénira pour les salutaires intentions dont vous avez $u faire preuve en cette
circonstance. d
Pour ma part, je n'en perdrai point l'agréable souvenir.
Dans ces dispositions, je vous prie d'agréer, Monseigneur,
l'assurance de mon parfait dévouement en NS.
(Signé) ANDRE-A L8ERT, Ev. de S. G. de R.
P,S.—J'ai reçu les cahiers et la liasse des reçus de la mission de Ristigouche que Son Eminence vous a chargé de m'adresser. Merci.
Le journal la “Presse,” de Montréal, publiait, le 2 novembre 1887, la cosrespondance suivante concernant Ristigouche.
“ Me serait-il permis de me servir de la voie de votre journal pour attirer l'attention de vos lecteurs, qui aiment à voir le temple où le Dieu du ciel vient résider sur la terre, le temple où le Dieu de l'Eucharistie fait ses délices de demeurer avec les enfants des hommes, orné avec toute la pompe et la richesse que peuvent permettre les moyens des fidèles ?
Je n'ai pas à vous parler ici de ces vastes et magnifques cathédrales, élevées dans les siècles de foi par la munificence des puissants et des riches de ce monde. ld'ai à vous entretenir seulement d’une petite église dédiée à la grande et'charitable Thaumaturge du Canada, la Bonne Sainte-Anne, l'église de la migion de Ristigouche, à l'extrême ouest de la Baie-des-Chaleurs, à l'embou-
chure de la grande rivière Ristigouche. Elle est bâtie sur une pointe de terre très-unie, du côté nord de cette rivivre, Cette pointe en s'avançant vers Campbellton, rétrécit le passage entre les deux rives et forme en amont un beau lac, où les eaux salées de la Baie-des-Chaleurs sont mèlées aux eaux douces qui viennent de l'intérieur, et qui servent de véhicule à la grande quantité de bois de commerce qui s'exportent de cette région depuis près de cent ans.
Ce lien était autrefois le rendez vous, en été, des diverses peuplades sauvages, qui parcouraient, en légers canots d'écorce les rivières de cette partie du pays, et les rives de la Bale-Des-Chaleurs où Jacques-Cartier trouva une si belle température ; vivant de pèche et de chasse dans une nonchalente oisiveté. Là est encore une des dernières réserves de la nation des Mics-Macs qui a conservé son langage primitif et chante encore les offices de l'Eglise dans ce bel et singulier idiôme.
A la vue de cette belle et blanche église qui s'élève au-dessus de tout ce qui l’environne, on dirait l'ange gardien de ces contrées qui se serait arrêté là pour étendre ses regards et sa protection sur la terre et les eaux d'alentour et tout ce qui les habitent.
Il n’y a encore que peu d'années,avant l'arrivée dans cette mission de Son Excellence Mgr Chs Guay, Protonotaire Apostolique, cette église et les ornements du culte, le presbytère et tout ce qui est nécessaire sous le rapport religieux, à cette mission, offrait un bien triste spectacle ; la pauvreté et le découragement avaient gravé leur marque en dehors et au dedans de l’église et sur les ornements du culte. Le presbytère était une vraie glacière, peu en rapport avec sa destination.
Aujourd'hui tout est changé. Sans recevoir un seul denier de ses paroissiens, Mgr à réussi à obtenir pour son église des ornements de messe et d'autel égaux,
si non supérieurs en beauté et en richesse, à ceux des plus anciennes paroisses du diocèse, L'église est toute peinturée en neuf à l'intérieur, par des peintres de Rimouski du nom de Raymond, qui out donné la plus grande satisfaction. Ce sont, non seulement des hommes pratiques, mais des hommes qui étudient leur art,
Les couleurs, dans l'église, sont appropriées au goût des peuples aborigènes. Le rouge entremèlé aux autres couleurs, en rend l'apparence frappante sans choquer le bon goût. C'est surtout dans l'initiative des niches qu'ils ont réussi d’une manière remarquable, On dirait que les statnes sont placées dans de véritables niches pratiquées dans l'épaisseur des murs.
Cette église possède un tableau qui rappelle un beau trait de l'histoire religieuse de notre payset particulière ment, de celle des Sauvages Micmacs de Ristigouche.
Il y a bien longtemps de rela, un chef sauvage, sa femme et un enfant, partirent pour faire un pélérinage à la bonne Sainte-Aune de Beaupré. Le long du voyage la bonne Sainte Anne leur apparut et leur dit de lui dédier une chapelle à Ristigouche et d'y faire des pélérinages. Ils se rendent chez l’évêque auquel ils rapportèrent ce qu'ils avaient vu et entendu.
L'évèque y douna son assentiment. C’est d'alors que date les pélérinages à Sainte-Anne, à cette mission.
Un autre tableau d'un grand mérite, venu de France au temps de la révolution, orne cette église, ainsi que les statues de la Sainte-Vierge et de Saint-Joseph placées de chaque côté de celle de Sainte-Anne ; et celle de Saint-Jean-Baptiste, Saint Patrice, Saint-François-Xavier et St-Louis dé Gonzague, le long des deux côtés de la nef,
Quoique les architectes n'aient suivi, pour l'intérieur de cette église, aucun ordre régulier, l’ensemble produit un très-bon effet, et c’est une des plus jolies
RON VAE PRIE PNR ESRREPD ee e men
de nos campagnes, Bientôt un nouveau clocher, suppor: té en partie par un avant corps, d'un goût nouveau, si du moins le plan projeté est adopté, donnera une belle apparence à la façade du portail, Ce clocher doit recevoir trois nouvelles cloches provenant de la fonderie de de Villedieu-les-Poëles, en France, la mème où ont été achetées celles de l’église de Notre-Dame du Sacré-Cœur de Rismouski, qui font l'admiration de tous ceux qui les entendent,
Un nouveau presbytère sans contredit un des plus jolis et des mieux finis du diocèse, construit d'après le goût des résidences américaines, est sur le point d'être terminé. Ajoutez à ces travaux de grandes réparations à la maison d'école, et des plantations qui font un si bel etfet autour des édifices et des jardins, et vous aurez des preuves d'un zèle infatigable et d'une nitelligence hors ligne chez Mgr, Guay, pour réussir à tant de beaux et utiles travaux, commencés sans aucune assistance de ses paroissiens, ui mème du gouvernement d'Ottawa, qui est obligé de pourvoir aux besoins des sauvages. Ce gouvernement n'a fourni qu'une modique somme pour le dehors de celte église.
Si ces améliorations sont dignes d'attirer l'attention de tous les vrais amis de la religion et de l'éducation, la conduite des sauvages ne l’est pas moins.
Ces pauvres déshérités des bienfaits de la civilisation, qui semblent ne pouvoir jamais s'élever à peine audessus de leur état primitif, différant en cela de tous les autres peuples, même les plus barbares, étaient un sujet de découragement pour les missionnaires. T'usage des boissons'enivrantes obtenues trop facilement à Campbellton et ailleurs était la cause de bien des désordres. Des cris, des troubles de toutes sortes, rendaient cette mission un lieu peu enviable pour les missionnaires et les blancs.
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