‹ Mémoires géologiques et paléontologiquesChapitre 41 sur 47 · NOUVELLES OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

NOUVELLES OBSERVATIONS

SUR LES BELEMNITES,

PAR M. LE COMTE MUNSTER (i).

Depuis long-temps je suis occupé à des recherches sur la nature des Bélemnites, et j ai visité pour cela- les principales localités de ces fossiles en Allemagne. Je comptais consigner le résultat de mes observations dans une monographie générale des Bélemnites; mais la publication successive des ouvrages de MM. Miller, de Blainville et Volta , et les indications données par MM. Sowerby et Raspail [AnnaL deê êcienc. d* observât. 1829 et J^cée i85i)^ m'a fait changer de plan , et je me contenterai de figurer dans Touvrage da Mi Goldfuss les Bélemnites qui me sont connues en Aile-* tuagne^ et je publie en attendant quelques remarques gé^

nérales sur ces curieux fossiles.

Conime je ne trouve dans aucun ouvrage la figure d'un échantillon complet de Bélemnite, je commence par en donner une de quelques espèces , qui proviennent des cou* ches secondaires moyennes et supérieures.

L'on sait que dans la plupart des grands céphalopodes siphonifères de M. d'Orbigny les échantillons parfaits présentent à la bouche une grande partie de leur intérieur non chambré.

Cette partie vide et ouverte , la demeure de l'animal ^ occupe , chez les. céphalopodes à coquilles en spirale , tels que les Ammonites et les Nautiles , un peu plus ou un peu moins qu'un tour de spire.

Dans les céphalopodes du sol intermédiaire, cette por» tion vide prend tout le premier tour de spire et Je quart

(i) Traduit de la brochure allemande intitulée BemerkuT^en %ur nahern Kenntnis^ der Belemniten/ in 4'*< Baîreuth» i8^«

9g6 KOT7YSLLE5 OBSSATATION5

OU le tiers du suivant , tandis que chez les Ammonites sé^ condaires , même en échantillons parfaits , elle n'occupe que deux tiers ou trois quarts du premier tour de spire non chambré.

La partie ouverte et vide des céphalopodes siphoniferes à coquille droite prend ordinairement la moitié de cette coquille , comme Ton peut aisément l'observer dans les Orthocères et les Baculites.

Dans tous ces céphalopodes, la coquille devient plus mince près de la bouche , et seulement dans quelques espèces d'Ammonites déjà âgées , elle forme à la fin de la période de croissance une espèce de bourrelet. On peut remarquer, dans les échantillons polis d'Orthocères , que la coquille s'amincit de manière à devenir une ligne extrêmement fine.

Dans les Bélemnites , il y a un prolongement vide semblable de la dernière loge ouverte de la gaine qui est tout aussi long que la coquille épaisse et chambrée , mais infiniment plus mince , comme dans les Orthpcères , et à peine de l'épaisseur de la peau d'une vessie. Il est donc naturel qu'un test si délicat n'ait pu que rarement se conserver. On ne doit le rechercher que dans les lieux où les couches ont été formées par des sédimens déposés pendant des époques de très grande tranquillité , comme cela a été le cas pour le dépôt du schiste lithographique de Solenhofen. Dans cette localité, on retrouve même les sacs ou les manteaux des céphalopodes cryptodibranches de M. d'Orbigny.

Je m'y suis procuré plusieurs échantillons de Bélemnites qui sont très parfaits, de diverses grandeurs et à test pelliculaire; et ces morceaux se rapportent surtout à l'espèce que je nomme Bélemnites semi-sulcatus, et qui caractérise bien le calcaire jurassique de l'Allemagne méridionale. Cette espèce est appelée ainsi , parce que le sillon très visible de la partie dure de la coquille s'étend depuis le commencement de l'alvéole chambrée , ou de ce que MM. de Blainville, Sowerby et Voltz appellent la base, jusqu'à la moitié delà gaine, où il se perd insensiblement.

Je ne connais pas de figures exactes et complètes de cette BélemnitQ du jura d'Allemagne. Schmiedel n'en a dessiné

stra ISS fiiBLBMirrrss. 197

- que quelques fragmens dans son ouvrage intitulé : Vorsttl" lung einiger merkwurdtgen yersicincrungen. Erlangen . 1795, pi. iS, fig. 9, et pi. 14) fig* 3« 4? S 6t^ 6* Bourguet nen donne qu'une mauvaise représentation (voyez Traité des pétrifications, pi. 55^ fig. 374).

Les Belemnites hastatus et semi-hastatus de M. de Blain- Tille (voyez pi. 2 , fig. 4 — 4^ et 5 — 5 *) s'éloignent en plusieurs points de la Bélemnite en question; tandis qu'elle semblerait comprendre une espèce figurée pi. 5, fig. 3, et décrke p. 119, comme se rapprochant du B. hastatus. M. de Blainville observe lui-même que cette Bélemnite pourrait bien être une espèce séparée ; mais il n'en figure que la dernière moitié. On doit y rapporter décidément l'espèce , qu'il range provisoirement, à la page 70, parmi les fragmens du B. acutus de la collection de M. Brongniart , morceaux provenant du calcaire jurassique de Grumbach , près d' Amberg, et de £m M. le professeur Graf. J'y comprendrais aussi le jB. ferruginosus de Voltz (voyez Mém. de la soc. d'kist. nat. de Strasbourgj p. 36 et 87, pi. 1 , fig. 8), s'il n'était pas strié à sa pointe, ce qui n'est jamais le cas dans le B.semi'Sulcatus parfait. Voici les caractères de cette espèce : la gaine droite , lisse, transversalement, presque circulaire, se prolongeant en forme de fuseau plus large vers le sommet qu'au milieu. Le- sommet très pointu (sous-médian) , sans stries. Un sillon assez étroit et profond, à bords aigus, commence à ce qu'on appelle la base , s'élargit, et se perd insensiblement vers le milieu de la gaîne , qu'il ne dépasse jamais. Le cône alvéolaire, avec une très petite boule au sommet et une croûte lisse , n'occupe que Iq tiers de la gaine. Les loges concaves deviennent plus étroites vers le sommet. La partie conique non chambrée , ouverte et entourée d'un test très mince , est très large et arrondie à son ouverture antérieure : le test est si fin vers cette dernière , qu on en aperçoit à peine les traces ; mais il s'épaissit toujours plus vers le cône al« véolaire.

Sur la planche 4 5 on trouve représentés , tels qu'ils se trouvent dans le calcaire compact et les marnes jurassiques^un échantillon de grandeur naturelle (fig. d)» unpe<»

998 NOÎTTSLLfiS OBSERTATIOirS

tit échantillon (fig. 4)9 ^t un très jeune indÎTÎdu (%.S].i-..

Fig. 1 est un échantillon parfait ayant atteint sa grandeur L^ ordinaire et pourvu de la seconde moitié non chambrée de [.^ la gaîne; la fig. 3 est un échantillon semblable plus jeune; tous ^eux proviennent de Solenhofen. La fig. 6 est une coupe longitudinale de cette Bélemnite, qui montre qua,la ligne du sommet ou Taxe se trouve presque au milieu. La fig. 7 est une coupe non loin de la base ; la fig. 8 une section transversale de la partie large vers la pointe ; et la fig. i5 le cône alvéolaire chambré , avec Fimpression très distincte de la partie vide de la gaine d'un individu extraordinairement grand dont le test s'est perdu.

Cette Bélemnite offre plusieurs variétés ; toutes sont en forme de fuseau plus ou moins élargi dans la dernière moi* tié, et plus rarement dans le milieu du test solide.

Je n ai jamais trouvé cette espèce dans les couches inférieures de la fôfmation jurassique , c*est-à«4Bre dans les oolites ferrugineuses, les argiles et les marnes foncées qui y appartiennent et qui sont si riches en d'autres espèces de Bélemnites. Elle ne s*est pas non plus offerte à moi dans le lias ; je ne Tai vue que dans les couches supérieures des dépots jurassiques de FAllemagne méridionale , depuis le Staffelberg, près de Lichtenfels, jusqu'en Suisse. Or, ces assises comprennent le schiste lithographique, les rochers calcaires et siliceux remplis de polypiers , ou le coralragj et même les dolomies.

Dans le calcaire jurassique compacte, cette Bélemnite est très abondante; mais le plus souvent si empâtée dans la roche , qu'on n'en peut obtenir d'échantillons intacts , si ce n'est dans les lits marneux subordonnés. C'est à Solenhofen, à Eichstadt , etc., qu'on les trouve dans leur état le plus pa^ fait, quoique moins fréquemment que dans le calcaire corn* pacte. Dans les couches siliceuses supérieures au schiste lithographique, souvent le test a totalement ou en partie disparu; c'est pour cela qu'on y rencontre beaucoup de cônes alvéolaires isolés avec peu de traces de la coquille. Cette dernière est convertie généralement en silex corné , et 1» pointe du cône alvéolaire en calcédoine. H y a aussi des édxÊBf

tillons qui offrent encore dans l'épaisseur de la gaîtie 1& structure étoilée et feuilletée , tandis que la partie extérieure est changée en silex.

Dans la dolomie jurassique pure , le test a disparu en gé^ néral, et on ny trouve que le trou occupé jadis par la Bélemnite et les restes du cône alvéolaire , comme cela a aussi lieu dans le grès ferrifère du lias.

Outre les Belemnites semi^sulcatus , on rencontre encore dans le schiste calcaire de Solenhofen une autre espèce dont la moitié postérieure n a que la grosseur et la forme d une épingle courte et petite, et je l'appelle provisoirement BeleM" niies actcula. Cette espèce offre le même prolongement conique non chamhré de la partie mince delà coquille^ coxtimeoti petit le voir dans la fîg. 1 4« Je la décrirai plus ampleiuent lorsque j'en aurai un plus grand noitibre d'échantillons.

Dans le calcaire jurassique compacte , et surtout dans les coiîches marneuses, j'ai trouvé assez souvent à Streitberg line Bélemnite en forme de massue , qui est toujours très petite , et qui se distingue du B. clavatus de Schlotheim et de Stahl par le sillon fin de sa base , ce dernier n'occupant que le tiers de la gaine. Le plus grand échantillon que j*en possède est représenté dans la fig, l\^ el un échantillon très jeune dans la fig. i o. N en connaissant pas de plus gi^ands morceaux , je l'ai nommé B. pusillus.

On trouve dans les figures il, 1.2 et i3 mon Betemnitôê deformîs , qui a une forme très irrégulière, est bosselé » et constitue avec l'espèce précédente à sillon court à la base , un groupe caractéristique , pour le dépôt jurassique proprement dit du sud-ouest de l'Allemagne. 11 est possible, que ce ne soit qu'une f ariété déformée du Belemnites pusittus.

Outre le schiste lithographique de Solenhofen , les marnes schisteuses du lias de Bavière offrent aussi rarement des Bélemnites avecle prolongement non chambré et vide de la gainer jjii trouvé, par exemple, près Banz , non loin de Lichtenfels, dans les mêmes marnes de lias à Ichtyosaures et Plesiosauf es un Bélemnite acuarius de Schlotheim , qui avait un semblable prolongement très long. M. Wietrich de Culmbach a découvert sur le mont Patersberg un échantillon àâJhbm^

300 NOUYSLLES OBSSRTJLTIOVS

nites bisulcatus (Blainv.), qui a encore la moitié antérieure de sa gaine \ide et non chambrée ; mais il est écrasé sur le schiste du Has , quoique le test spathique soit encore très visible. Cette Bélemnite est représentée (pi. 4 ? âg* 16)9 1^^ il y manque un petit fragment.

Les figures les plus complètes publiées jusqu'ici des Bélémnites sont les suivantes : 1^ Btlcmnites elangatus (Miller, Trans, geoL , vol. I , pi. 7 , fig. 6 , 7 et 8 ) ; 2® A. Bélemnites ( Joshua Platt , Trans* phiL ,,vol. LIV, p. 38^ pi. 17, fig. 4 ) ; 3** M. de Blainville a copié ce dessin (pi. 4 , fig. 6 ) , et a décrit ce fossile sous le nom de B. elongatus.

Ces figures et leurs descriptions sont si imparfaites , que l'on peut prendre pour l'alvéole chambrée le prolongement non chambré et vide de la coquille , ce qui a déjà frappé M. de Blainville , et lui a fait supposer que le dessinateur avait exagéré le rétrécissement postérieur du cône, La faute consiste néamoins dans la trop grande régularité des lignes concentriques, existant ordinairement sur le test même delà gaine non chambrée antérieure , de manière qu'elles sont représentées comme les cloisons du cône alvéolaire 5 cette opinion est confirmée par la figure et la description , qu'on a publiées postérieurement d'un échantillon plus parfait du ^e* temnites elongatus (voyez Sotverby,vo\.Yly p. 178, pi. Sgo, fig. 1) ,mais même dans cette figure les lignes du test mince de la gaine non chambrée sont encore représentées comme les divisions du cône alvéolaire. ^

D'après mes nombreuses observations, ce dernier ne se prolonge jamais dans la gaine vide que jusqu'au point où elle cesse de présenter une coquille spathisée,épaisse et feuilletée; les cloisons cessent tout-à-coup dans l'endroit où elle devient mince, et où elle est réduite à une lame, et la cavité n'est remplie que de la matière pierreuse de la roche.

Voici mes remarques sur la classification des Bélemniiei* L'exacte séparation et détermination des espèces est une chose très difficile , puisque la plupart de leurs formes cUhgent avec l'âge ^ au moyen des nouvelles couches qui viennent se placer en recouvrement sur les anciennes. En outre , le chaiigemi^nt dap3laionm emârjleare esl très variable, et n'est 8ooi>

8VR LES BéLSUiriTlSS. Soi

~ mis à aucune règle fixe ; car des Bélemnites se ressemblant tout-à-fait dans leur jeune âge, n'offrent aucune analogie dans un âge plus avancé, et l'accroissement dans quelques espèces est tantôt principalement en largeur, tantôt surtout en longueur. Ainsi , on trouve souvent de jeunes échantillons du Bélemnites irregutaris ( Schlott. ) , espèce courte et épaisse ou arrondie, qui ressemblent tout-à-fait à d'autres du Be» Umnites tennis (nobis), espèce pointue, mince , étroite et très longue.

M. de Blainville dit, il est vrai (p. 29 ), que trois différentes formes dépendantes de l'âge de l'aniprial se rencontrent dans la même espèce de Bélemnite , savoir : l'une sans cavité à la base, une autre avec une cavité plus ou moins profonde^ et enfin, avecime grande cavité chambrée. Je ne puis admettre l'opinion de ce savant naturaliste, parce que j'ai reconnu que dans leur plus jeune âge et dans leur état parfait, les échantillons de toutes les espèces n'ayant que quelques lignes en longueur, présentent déjà des cavités avec un cône alvéolaire chambré.

M. Nilson, dans ses Petriflcata suecana ( 1827) a démontré le premier les changemens de forme extérieure que l'âge faisait subir aux Bélemnites mucronatus (Schl.) et mammit" latus.

Un autre obstacle, pour la détermination des espèces, est le passage souvent insensible d*une espèce à l'autre, qui est surtout évident , lorsque plusieurs espèces des divisions principales existent dans la même localité, comme c'est souvent le cas dans les marnes du lias. Dans ce gîte , par exemple , l'on voit les formes les plus diverses , comme celles des B, irregularis et tennis se rapprocher tellement ^ qu'on ne peut plus dire avec certitude où l'une finit et l'autre commence.

J'en conclus donc que la forme extérieure générale ne doit guère être prise en considération dans le classement de ces corps.

"M. déBïidnville paraît attacher à tort une grande valeur à là forme plus ou moins pointue du sommet; en effet, il y a llbsieurs espèces cpà ont dans leur jeune âge des sommités

3pf NOUVELLES OBSBEYATIONS

poiptues, ou assez eflilpes , tanças (|ue dans un âge plii^ ayancé| ou dans la vieillesse^ elles sont supë|pieureiDent toutes émoussées, ou présentent même une cavité en forme d'ombjliç.

On devrait prendre davantage en considération la foTïï\p de la section transversale de la basej si d^ns les Bélenf- ^ lûtes des roches feuilletées, cette^ partie n était pas trop 't souvent écrasée , et si en général cette coupe pouvait être prise toujours à la même place , ce qui est nécessaire , puisque fréquemment une Béleipnite à contour presque circulaire k à l'extrémité de la base est presque carrée vers le sommet | de Talvéole , etc. i

La classification générale me paraît devoir s'appuyer, * 1® sur les sillons du test, qui vont de la base au sommet^ a* sur les gouttières du test , partant de la ba^e ; 5^ sur les aillions simples, doubles ou triples, qui courent du sonunetà la base ; 4^ sur le manque de fentes ou de sillons, soit à la base, soit au sommet.

Pour la détermination des espèces , on doit encore considérer, i° si la coquille extérieure est lisse ou ipipressionnée; 8® ai les gouttières sont sur les côtés; o^ si, outre les trois principaux sillons, il y en a de surnuméraires ; 4° si le sillon sis tei> . mine brusquement ou se perd en une gouttière; 5^ si la coupe de la coquille est circulaire, angulaire ou elliptique ; 6^ si les échantillons sont fusiformes à toutâge ; 7° si la petite coquille du cône alvéolaire est lisse, à anneaux, ou ondulée, etc., etc.

le ne puis admettre le genre d Actinocamax de Miller, forn)ant Je premier groupe des divisions de M. de Blainville, qui devrait comprendre toutes les espèces sans cavité à la bas^, Ei^ effet , tous les échantillons que jen possède d'AUei;pagne , de France et d'Angleterre, ou que j'ai vus dans i d'autres collections, étaient plus ou moins imparfaits, et avaient perdu la cavité en question par la décomposition ou le frottement, comme Sowerby (vol. VI , p. lyd et 206) s'efforce de l'expliquer.

En Allemagne, ces espèces existent surtout parmi lescail- )loux Scandinaves des côtes, où elles sont rejetées par la mer; ^bUçj» ^ ^.enoontrent aussi dans les coucl^es de fer ooUtiquie»

sua LES BSLEMNITBS. BôS

Couverts de serpules ^ d^huîtres , de petits zoophites , ou bien percés de lithodomos, elles montrent qu elles ont été longtemps au fond de la mer, comme des tests d animaux morts. Je réunis les groupes B et C de M. de Blainville^ ou les es^ fèces avec cavité très petite ou très grande, à bard fendu , et sans cône alvéolaire ; en effet ^ la grandeur de la cavité dépend de la plus ou moins grande décomposition ou altération. De même on ne peut pas baser une'^division sur la non existence du cône alvéolaire » car ce dernier manque ordinairement dans les Bélemnites de la craie, quoiqu'elles l'offrent dans un état parfait, ce que je *puis démontrer par beaucoup d'échantillons de ma collection , surtout par ceux du B. mucronatus , quoi([ue M. de Blainville , s*étayant du témoignage de M. de Roissy , assure que le cône alvéolaire de cesBélemnites n'offre pas de traces de cloisons. M. Miller avance aussi le même fait.

M. NUson dit qu'en Suède la cavité alvéolaire de cette esnèce est toujours vide par suite de la pétrification ; mais que dans leur état parfait ces cônes présentent des cloisons. Sowerby n'en fait pas mention dans le B. mucronatus; mais il les y soupçonne , et sur la pi. 600, fig. 4 9 on aperçoit dans la cavité alvéolaire les impressions des cloisons, comme aussi dans la figure de M. Alex. Brongniart ( Ossem, fossiL , vol. II , pL 3 p fig. 1, A B) , et dans l'ouvrage de Nilson {Petr. sueo. ,

pi 2, fig. 1.) , . #. ,

J'ai retrouvé le cône alvéolaire cloisonné et parfait dans la plupart des échantillons du B, mucronatus , et de ses variétés, que j'ai recueillies en abondance d ans différens âges, au milieu de la marne crayeuse de Lcmforde, de Halden et de Rinkcrode, près de Munster en Westphalie. Dans les individus très parfaits, la cavité alvéolaire est très profonde , et ordinairement moitié aussi longue que le test.

Le cône alvéolaire offre une coupe transversale circulaire; J s'atténue en pointe aiguë, et se termine par une trètf petite boule ; les chambres sont très étroites au sommet , et s'élargissent toujours vers la base. Les échantillons d'un âge 4)rancé ont souvent 4o à 5o cloisons.

^ :..,Çi^ çi^fê #pnt «urtout très distincts lorsqu'ils sont chaa«

So4 irOlTVELLES OfiSERrATXOlfS

gés en calcédoine ; mais lorsqu'ils sont remplis de craie , les cloisons ne sont alors visibles que sur la coquille mince extérieure du cône , et rarement dans son intérieur ; on peut alors facilement ne pas les observer.

M. de Blainville a établi , d'après quelques morceaux iso lés 9 sous le nom de Pseudobalus , un genre nouveau voisin ! des Bélemnites. « Ce sont des corps presque cylindriques ou \ » coniques très âtongés, à coupe transversale circulaire, sans » cavité, à cassure compacte ou presque cristalline, avec une 9 espèce indistincte de test. »

J ai recueilli plusieurs centaines de ces corps, et ai trouvé dans les échantillons parfaits que ces corps ne sont que des fragmens de véritables Bélemnites.

Plusieurs espèces de Bélemnites coniques du lias prennent , très souvent , dans un âge avancé , une cavité vers le sommet qui reste très courte dans quelques unes , tandis qu'elle s'alonge fortement dans d'autres, et forme alors des tuyaux coniques ou presque cylindriques, remplis ordinairement dW matière grenue cristalline ou à grains fins, et ressemblant à la roche empâtant les Bélemnites. Quelquefois , ces tubes sont en grande partie vides, ou des petits cristaux couvrent leurs parois, ou même remplissent entièrement leur cavité.

Lorsque ces Bélemnites se trouvent dans les marnes du lias, les sommets de la gaîne, pourvus d'une cavité, sont alors plus ou moins aplatis^||pndis que la partie spathique et compacte de cette gaîne a conservé sa forme naturelle; mais dans des roches non stratifiées, le tuyau vide reste aussi rond que les parties compactes de la gaîne.

Les exemples et les figures suivantes vont démontrer la vérité de ce que j'avance.

La figure 1 8 de la planche 4 offre une coupe longitudinale du B, afflnis (nobis), qui forme un passage entre le B. diffr talis (Faure Biguet) et le B, tennis (nobis). Au sommet, au chiffre 5 , on voit dans cet échantillon une cavité encore très petite, et remplie de la même matière pierreuse que la partie vide sous le cône alvéolaire.

La figure i8 de la planche 4 est un échantillon épais da B* tenais , dont le sommet était vide sur une étendue pli>

SUR LES BELSMNITfiS. So5

^*ande que dans l'échantillon précédent, mais qui est aplati 5t élargi par la compression exercée par les marnes du lias.

La figure 20 de la même planche est un indii^idu long et très épais du B. acuarius de M. de Schlotheim ; il a atteint sa taille ordinaire. Une coupe longitudinale d*un plus grand mdividu est représentée dans la figure 21 , et celui-ci laisse apercevoir le long tuyau creux.

La figure 19 de la même planche est notre B. semistria" tus , espèce très voisine et peut-être seulement une variété diiB. acuarius. Ordinairement la coupe transversale est ronde, mais réchantillon figuré , provenant des marnes du lias , sa partie vide est tout-à-fait aplatie par suite de compression.

Les tuyaux coniques, vides, supérieurs, sont très fragiles, même lorsqu'ils ne sont pas remplis ; aussi n*en trouve- t-on que rarement des échantillons entiers dans les marnes friables du lias. Les fragmens de l'extrémité supérieure du B» acuarius (fig. 20) prennent alors la forme du Pseudobelus tœvisÇBlainy.), et ceux du B, semislriatus , non aplatis, mais ronds, celle du Pseudobelus striatus (Blainv.).

Quelquefois lorsque le tuyau conique est vide et qu'il est cassé à sa base, le reste de l'extrémité inférieure et épaisse de la Bélemnite ressemble, quand cette dernière est lisse, à la B, digitalis ou afflnis; mais quand le sommet sur Tétendue occupée par le tuyau est sillonné ou à stries fines, cette partie offre de l'analogie avec le B. penicillatus (Schloth.).

Il faut encore remarquer que la cavité au sommet des Bélemnites ne s'est pas encore présentée à moi dans celles de la craie et du jura. Pour être certain de ce fait, j'en ai cassé un grand nombre d'échantillons et en ai fait scier d'autres; je n'y ai jamais trouvé une cavité régulière ou remplie de matière étrangère , mais toujours jusqu'au sommet les la- Ynelles du test superposées les unes aux autres, et le test n'est altéré que lorsqu'il est empâté dans le silex ou dans le grès»

Le plus grand nombre des espèces de Bélemnites dans le

' lias présentent une cavité à leur sommet , ce qui est surtout

le cas dans les espèces coniques qui ont un ou trois sillons au

* ^mmet ; néanmoins tous les individus des mêmes espèces

iffiéntpas cette particularité. Dune autre part, je ne Tai

3o6 NOTTTELLES OBSERYATlONSt

jamais aperçue dans les échantillons des espèces en forme Ae fuseau, qui existent dans le lias, quoique je possède des individus très alongés de ce groupe de Bélemnites. Les cavités ne se rencontrent pas non plus dans le B. pyramûdalis (nobis) et dans une de ses variétés, le B. quinque fu/catus {BWmy.) , soit du lias, soit des oolites inférieures. Dans ce dernier dépôt cette espèce atteint une taille quatre à dix fois plus grande que dans le lias. Enfin dans cette espèce " comme dans le jff. brevts (nobis), et surtout dans les jeunes individus, le cône alvéolaire s'étend souvent jusqu'au sommet, et forme en quelque sorte le passage aux Orthocères. Dans les individus âgés de ces espèces le cône al véolaire n occupe que deux tiers à trois quarts de la gaine.

Les Bélemnites sont des fossiles aussi intéressans pour la géologie que pour la zoologie, et caractéristiques du sol secondaire, tant en général que dans ses divisions principales; c'est au moins le cas en Allemagne.

Je rCal jainaîs va une véritable Bélemnite dans Us ief' rains intehnédlalres.

Il est vrai que j'ai obtenu quelquefois des Bélemnites que des* mineurs disaient provenir de ce sol, mais un examen plus attentif m'a convaincu chaque fois qu'ils étaient dans Terreur. Ou a envoyé souvent sous ce nom des Orthocères lisses, de manière que ces deux espèces de fossiles sont encore confondus sous le même nom dans quelques collections d'Allemagne.

Je n'ai pas non plus trouvé de Bélemnites dans le cal' ' Caire de montagne des Anglais , dans le Zechstein et leurs . 'dépendances.

Jusqu'ici je n'en ai pas rencontré, dans le groupe géologique fotmé parle grès bigarré, leMuschelkalk et le Keuper, dans le sud et le nord de FAUemagne. Les indications anciennes de MM. de Schlolheim et Haussmann , relativement au A paxillosus qui devait exister dans le Muschelkalk de Gottingue, ont élé reconnues fausses; car ces marnes bélemnitifères appartiennent au lias , et gisent sur le Muschelkalk, comme la détaillé M. Fr. Hoffmann (Voyez Teuschland ge(h toglsch dargeslcUty par M. Keferstein, v. 5, pag.58a.)

Toutes mes observations tendent à confirmer qiien Alk'

sua LES BÉLEMNZTE8. ioj

pfuigne le lias est la plus ancienne formation oii Con trouva des Bélemnites , surtout en abondance et dans toutes les couches. Depuis ce dépôt ce fossile s'étend dans tous les grou" pes secondaires plus récens jusqu à la craie inclusivement»

Dans les dépôts supérieurs au terrain crayeux , je nai jamais vu des Bélemnites parfaites; mais bien des morceaux décomposés et roulés, ainsi que des Ammonites dans le même état, comme, par exemple, dans les couches tertiaires d'Osnabruck et de Gassel, où ces fossiles, mêlés à beaucoup de cailloux^ offrent des espèces des oolites inférieures et du lias de la chaîne du Weser , et sont couverts de petites Huîtres, de Balanes et de Zoophytes tertiaires. Ils n'appartiennent donc pas plus à ce dépôt que les cailloux, qui offrent dans leur milieu les mêmes Bélemnites et Ammonites.

Chacun des quatre groupes principaux du sol secondaire récent a quelques espèces particulières de Bélemnites qui le caractérisent.

i" Toutes les espèces de la formation crayeuse de CAIU^ ' magne ont à la basô une courte fente qui cesse brusquement, ou se prolonge en gouttière,

J*ai aussi observé cette particularité dans les échantillons parfaits de Bélemnites crayeux que j'ai obtenus d'Angleterre, de Suède et de France,

u^ Dans les couches supérieures du Jura atlem^and toutes 4e$ Bélemnites . en forme de fuseau, ont à la base unegouU iière^qui n est jamais plus longue que la moitié de la gaine, ft qui n est jamais fendue com^me dans la craie,

â9. Dams les oolites inférieures, le fer oolijLique et leurs lits subordonnés , on trouve encore dans les couches supé* rieures des Bélem,nites à gouttières vers la base , mais ces dernières vont jusqu au sommet; dans les couches mamo* calcaires endurcies et bordant sur le calcaire jurassique, ces Bélemnites sont encore en forme de fuseau » comme le J9. canaliculatus avec ses variétés ; plus bas elles ressent d^Orvoir celte formée , et dans les oolites et les bancs ferrifères apparaissent les dernières Bélemnites avec une gouttière partant de la base, savoir^ le B. sulcatus (nobis), comprenant le« deux espèces des J?. apiciconus et acutua de M. de

3o8 NOtrVBLLES OBSEaVATIOirS

Blainyille. Dans le lias j en* ai point encore vu de BiletnniUt à gouttières à la base*

Les autres Bélemnites du groupe oolitique inférieur montrent déjà plus d'analogie avec celles du lias.

4^ Parmi les nombreuses espèces de Bélemnites du lias, je crois que deux groupes de ce genre te caractérisent, savoir, celles qui n^ont au sommet qu'une gouttière courte, comme les B. irregularis et tenuis (nobis), et toutes les va* riétés intermédiaires; et celles qui sont coniques, sauvent très longues, à trois gouttières courtes au sommet y entre Usquelles il y a quelquefois des stries fines, comme les B. tripartitus et acuarius , et les espèces intermédiaires.

L'oolite inférieure renferme plusieurs espèces du groupe à deux gouttières courtes, ainsi que quelques espèces du quatrième groupe de ce genre, savoir y celles qui n'ont de gouttière ni au sommet ni à la base.

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