‹ MémoiresChapitre 28 sur 40 · P£ 1. GARIBALDI CO · texte numérisé non relu

P£ 1. GARIBALDI CO

Après la bataille de San-Antonio, Tamiral Laine, qui commandait la station de la Plata, frappé d'étonnement par ce merveilleux fait d'armes, écrivit à Garibaldi la lettre suivante, dont l'autographe est entre les mains de G.-B. Cuneo, ami de Garibaldi, L'amiral Laine montait la frégate r Africaine,

«Je vous félicite, mon cher général ^. d'avoir si puissamment contribué, par votre intelligente et* intrépide conduite, à Taccomplissement du fait d'armes dont se seraient enorgueillis les soldats de la grande armée qui, pour un moment, domina l'Europe,

» Je vous félicite également pour la simplicité et la modestie qui rendent plus précieuse la lecture de la relation dans laquelle vous donnez les plus minutieux détails d'un fait d'armes duquel on peut, sans crainte, vous attribuer tout l'honneur.

» Au reste , cette modestie vous a captivé les sympathies des personnes aptes à apprécier conve* nablement ce que vous êtes arrivé à faire depuis six mois, personnes parmi lesquelles il faut compter, au premier rang, notre ministre plénipotentiaire, l'honorable baron DefTaudis, qui honore votre caractère et dans lequel vous avez un chaud défenseur.

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surtout lorsq[u'il s'agit d'écrire à Paris dans le but d'y détruire les impressions défavorables que peuvent faire naître certains articles de journaux, rédi* gés par des personnes peu habituées à dire la vérité, même lorsqu'elles racontent des faits arrivés sous leurs propres yeux.

» Recevez, général, l'assurance de mon estime.

V Laine. »

• Ce ne fut pas tout que d'avoir écrit à Garibaldi» l'amiral Laine voulut lui porter ses compliments en personne. Il se fit débarquer à Montevideo et se rendit dans la rue du Portone, où habitait Gari* baldi. Ce logement, aussi pauvre que celui du dernier légionnaire, ne fermait point et était, jour et nuit, ouvert à tout le monde, particulièrement au vent et à la pluie, comme me le disait Garibaldi en me racontant cette anecdote.

Or, il était nuit; l'amiral Laine poussa la porte et, comme la maison n'était pas éclairée, il se heurta contre une chaise.

— Holàt dit-il, faut-il absolument que l'on se casse le cou lorsqu'on vient voir Garibaldi?

— Hé! femme, cria Garibaldi à son tour, sans reconnaître la voix de l'amiral, n'entends-tu pas qu'il y a quelqu'un dans PanticftantAre ? Éclaire.

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DE i. GARIBALDI 71

— fitantec quoi yeux-tu que J'éclaire l répondit Anita, ne sais-tu pas qull n'y a pas deux sous k la maison pour acheter une chandelle?

— C'est vrai, répondit philosophiquement Garibaldi.

Et il se leva; et, allant ouvrir la porte de la pièce où il était :

— Par ici , dit-U, par ici! — afin que sa voix, à défaut de lumière, guidât le visiteur.

L'amiral Laine entra; l'obscurité était telle, qu'il fut obligé de se nommer pour que Garibaldi sût à qui il avait ai£aire.

— Amiral, dit-il, vous m'excuserez, mais, quand j'ai fait mon traité avec la république de Montevideo, j'ai oublié, parmi les rations qui nous sont dues, de spécifier une ration de chandelles. Or, comme vous l'a dit Anita, la maison, n'ayant pas eu deux sous pour acheter une chandelle, reste dans l'obscurité. Par bonheur, je présume que vous venez pour causer avec moi et non pour me voir.

L'amiral, en effet, causa avec Garibaldi, mais ne le vit pas.

En sortant, il se rendit chez le général Pacbeco y Obes, ministre de la gueire, et lui raconta ce qui venait de lui arriver.

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n MÉMOIKES

Le ministre de là guerre , qui Tenait de rendre le décret qu*on ya lire, prit aussitôt cent patagons (cinq cents francs) et les envoya à Garibaldi.

Garibaldi ne voulut pas blesser son ami Pacheco en les refusant; mais, le lendemain, au point du jour, prenant les cent patagons, il alla les' dis* tribuer aux veuves et aux enfants des soldats tués au Salto San.- Antonio, ne conservant pour lui que ce qu'il en fallait pour acheter une livre de chandelles, qu'il invita sa femme à économiser, pour le cas où Tamiral Laine viendrait lui faire une seconde visite.

Voici le décret que rédigeait Pacheco y Obes, lorsque Tamiral Laine était venu faire un appel à sa munificence :

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