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LES MORTS

LUCANO MANAHÂ

Le 30 juin 1849, à deux heures du matin, corn mença, comme on Ta tu dans les Mémoires du général , l'attaque de Tenceinte Aurélienne, notre seconde ligne de défense,

Manara, vers trois heures du matin, rentra à la villa Spada; il venait de placer ses tirailleurs.

La veille, un boulet, après avoir frappé la muraille, était tombé sur son lit

U s'était dérangé pour lui faire place, et, en riant, il avait dit :

— Vous verrez que je n'aurai pas la chance d'attraper une égratignure.

■Il trouva, en rentrant, Emile Dandolo très-inquiet de Morosini^ que l'on disait prisonnier.

M l'un ni l'autre ne savaient aucune nouvelle. II. 14.

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Sie MÉMOIRES

Dans ce moment-là, une balle, dans son ricochet, frappa Dandolo au bras.

— Par ma foi, mon pauvre garçon, dit Manara, il paratt qu'il n'y en a que pour toi !

Puis, détachant son ceinturon et quittant son épée, il prit une lunette d'approche et vint à la fenêtre pour regarder des soldats français qui pointaient un canon.

Au môme instant, un coup de carabine partit; la balle passa entre deux sacs de terre et le frappa au ventre, juste à l'endroit qu'eût protégé son ceinturon s'il l'eût gardé.

Dandolo le vit chanceler, et, tout blessé qu'il était, s'approcha pour le soutenir.

— Je suis mort ! dit Manara, en tombant, à Dandolo ; Je te recommande mes enfants.

Un médecin accourut; mais, en le voyant pàiir, le blessé comprit que tout était fini.

On plaça Manara sur une civière, et, au milieu du feu, ses compagnons l'apportèrent à Santa-Maria délia Scala. On me fit appeler à l'ambulance dei Pellegrini, où j'étais; j'y courus. C'était lui qui avait voulu qu'on l'apportât près de moi. Nous nous aimions tendrement^ hélas ! . ^

La place était encombrée de projectUes français. Une jeune femme, qui avait eu l'imprudence de re-

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DE J. 6ÂRIBALD1 247

garder par une fenôtre, venait d'être frappée à la poitrine et tuée roide.

M. Varenna, officier lombard,.eut les deux jambes brisées par un obus tandis qu'il montait près de moi les marches de l'église.

Gomme moi, il venait voir Manara.

Un médecin accourait, de son côté, vers l'église. Une grenade le renversa de son cheval ; un instant après, son cheval, blessé du même coup, tomba sur luL

J'arrivai sain et sauf; Dieu me conduisait!

Au fond de l'église, à droite, près de la balustrade, était un lit entouré par les officiers de la légion Manara.

Dès que le blessé me vit, il étendit la main vers moi, et, d'une voix faible, me demanda :

— Est-elle mortelle?

La Jeunesse repoussait, malgré l'évidence, loin de son esprit l'idée de la mort. Le bruit et les séductions de la vie militaire ne l'avaient pas encore emporté, chez lui, sur les joies domestiques.

Voyant que je ne répondais point, il répéta :

— Je te demande si ma blessure est mortelle. Réponds-moi.

Et, sans attendre ma réponse, il éclata en paroles pleines de regrets.

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Je l'encourageai y autant que peut le faire un homme auquel manque le courage ; cependant il vit bien que je n'avais pas d'espoir.

Plusieurs médecins s'approchèrent de lui; mais, leur faisant de la tête signe de s'éloigner :

— Laissez-moi mourir tranquille ! leur dit-il.

Son pouls ne se sentait presque plus, ses extrémités étaient froides, ses traits profondément altérés, le sang coulait à flots de sa blessure, il souffrait horriblement.

Ses compagnons me demandèrent ce que je pensais de son état.

— Il a encore à peu près une heure à vivre, di&-je à Dandolo.

Alors le jeune homme se pencha à l'oreîUe de son ami :

— Pense au Seigneur î lui dit-il.

— Oh! j'y pense, et beaucoup! répondit Manara.

Alors il fit signe à un capucin de venir. Le moine s'approcha du lit, écouta la confession du mourant et lui donna l'absolution.

Puis notre pauvre ami demanda le viatique.

Dandolo essayait de le consoler, du mieux qu'il pouvait, en lui parlant de Dieu.

n l'interrompit pour lui parler dé ses fils.

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DE J. GARIBÀLDI 249

— Ëiève-lee, lui ditril, dans l'amour de Dieu et de la patrie!

Puis il ajouta :

— ^Remporte à Milan mon corps avec celui de ton frère. Il te fait de la peine que je meure, cher ami, dit-il; hélas! moi aussi, je regrette la vie !

II appela sloi& à $es côtés un soldat qui était sdn ordonnance , et que bien des fois il avait fait enrager.

— Tu me pardonnes, n'est-ce pas? lui dit-il avec un sourire.

Puis il demanda à Dandolo si Ton avait eu des nouvelles de Morpsinî.

On disait vaguement qu'il était prisonnier.

Un peu avant de mourir, Manara tira un anneau de son doigt, le mit à celui de Dandolo, et dit :

— Je saluerai ton frère pour.^oi.

Puis, se retournant vers moi :

— 0 Bertani! fais-moi mourir bien vite,, dit-il, Je souffre trop ! .

Ce fut la dernière plainte qui sortit de sa bouche.

Il entra en agonie, s'accrocha convulsivement à ceux qui l'entouraient, puis retomba sur son lit avec un soupir, immobile et froid.

Je mis la main sur son cœur; il battait encore, mais lentement ; peu à peu les battements cessèrent

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ttO MÉMOIRES

L'âme était déjà au ciel.

Je dis alors aux moines qui nous entouraient de me préparer une solution arsenicale pour injecter le cadavre; mais l'arsenic manquait. Je me contentai donc de foire l'injection avec du sublimé corrosif. Le cadayre fut transporté dans une chambre, à droite du màltre-4tutel, près de la sacristie, et, là, doucement posé, vêtu de son uniforme, la tête sur un coussin.

Bon jeune ami Eleuterio Pagliano, qui, pendant tout le siège, avait vaillamment combattu, et qui est aujourd'hui un des peintres les plus distingués de la Lombardie, fit son portrait.

Près de lui, couché sur une planche, était le nègre de Garibaldi, Aguyar.> Je regardais ces deux cadavres, si beaux, tous deux d'une beauté différente, lorsque j'entendis ^sangloter derrière moi.

C'était Ugo Bassi qui pleurait.

Tout le temps que nous restâmes dans cette chambre, elle sembla être le but des projectiles français.

Le lendemain, le cadavre fut transporté dans une maison, et, de là, à l'église Saint-Laurent. Après quoi, il fut déposé à l'église des Gent-Prôtres, où l'attendait le corps de Henri Dandolo, et où devait le rejoindre celui de Morosini.

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DE }. GARIBAIDI 2»i

Le joar môme de la mort de Manara arrivait une lettre de sa femme, contenant ces seules paroles :

a Ne pense pas à moi, ne pense pas à tes enfants, pense à la patrie. .»

Pauwe femme, la mort était chargée de lui apporter la. réponse I

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SMILIO MOROSINI

Nous étions autour du lit de mort de Manara, nous demandant les uns aux autres ce qu'étaient devenus nos plus chers amis et, entre autres, Ëmilio Morosini.

Mais, pour ce jour-là, il nous fut impossible de rien savoir de positif sur son compte.

Dans la matinée du l*' juillet, Dandolo apprit d'un soldat qui s'était trouvé sur la brèche en môme temps que Morosini, qu'il était tombé, grièvement blessé, aux mains des Français.

Bien que souffrant beaucoup de sa blessure, Dandolo courut au triumvirat, puis au ministère, pour obtenir un permis de sortie. Âpres trois heures d'instances, il l'obtint et se rendit au camp français, sans sauf-conduit d'aucune sorte.

Arrêté aux avant-postes, il dit dans quel but il venait. Un officier eut pitié de son angoisse, et lui permit de pénétrer dans le camp, où on le conduisit ^ à l'ambulance. Il apprit que Morosini était mort.

11 demanda qu'on lui remît le cadavre pour le

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DE J. 6ARIBALDI 253

rendre à la famille; mais un médecin répondit que, depuis deux heures, il avait été porté à un cimetière assez éloigné. Dandolo sollicita un ordre d'exhumation.

Pendant qu'il attendait une réponse à sa demande, entra un capitaine adjudant-major, qui fut fort étonné de voir dans le camp français un officier italien sans sauf-conduit. Il condamna aux arrêts Tofficier qui l'avait laissé passer, et le renvoya à la ligne d'avant-poste, sans vouloir rien écouter.

Dandolo revint apporter à ses amis la triste nouvelle, et écrivit au chef d'état-major français pour demander le permis d'exhumation.

n l'obtint dans la matinée du â.

La triste cérémonie du transport de Manara achevée, Dandolo s'approcha de moi, me disant :

— Bertani, d'ici à quelques heures, le cadavre dé Morosini sera à l'église des Cent-Prôtres, à Santé- Vieto, où tu pourras le voir.

J'allai à l'église, un peu avant le soir. La maison ou plutôt le couvent qui aboutit à l'église était occupé par les troupes françaises, de sorte que l'église était fermée.

Je demandai la permission d'entrer à un capitaine qui, voyant la profonde tristesse répandue sur mon visage, me demanda lui-même affectueusement si 11. 13

j'étais soldat, quelle était ma patrie, et si j'avais perdu quelque parent ou quelque ami.

Je lui répondis que j'avais perdu beaucoup de mes amis, et, entre autres, Manara. Il le connaissait de nom, me demanda des détails sur sa mort, et m'en donna de son côté.

Un chasseur de Vincennes, qui était près de lui à l'attaque de la villa Spada, et qu'il me montra au milieu d'uii groupe de soldats debout près de la porte où nous étions, lui avait dit, au moment où Manara s'était approché de la fenêtre avec sa lanette :

— Regardez J}ien cet offlcîer, il est mort.

En môme temps, le soldat avait tiré : la balle était arrivée à son adresse; il avait vu tomber Manara.

Le capitaine continuait de parler; j'étais si triste, que je ne pus lui répondre qu'en le priant de me laisser entrer dans l'église.

— Qu'allez-vous y faire? me demanda-t-il.

-— J'y vais chercher le cadavre d'un autre ami, déterré aujourd'hui môme, et rendu par les vôtres à h douleur de sa mère.

II envoya demander la permission au colonel, l'obtint, et me confia au gardien de l'église pour qu*il me laissât entrer.

L'église était très-obscure ; le gardien ouvrit une

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DE 1. GARIBALDI tS»

petite porte qui conduisait du couyent dans le chœur de l'église, rae donna une lampe, et, me montrant un coin sombre, me dit :

— Cherchez là.

Seulement, il ne voulut pas me suivre plus avant.

Je m'approchai tristement et pieusement, avec un frisson dans toutes mes veines.

Ce silence, ces ténèbres, la douteuse lueur de cette lampe, le précieux objet de mes recherches, l'angoisse de retrouver ainsi le charmant jeune homme que j'avais connu vivant, tout cela faisait battre mon cœur à me briser la poitrine.

J'allais doucement, ne connaissant pas les localités, ne sachant pas la place où était déposé le cadavre, soulevant ma lampe et tremblant de le heurter du pied.

Enfin, près des degrés, j'aperçus une forme noire et longue; je continuai d'avancer, tenant toujours ma lampe haute.

Je reconnus un corps humain.

Presque fou de douleur et d'un effroi dont je n'étais pas mattre, je me penchai vers lui.

Oh I triste ! triste I triste !

Avec la main qui me restait libre, je dénouai la corde qui tenait le linceul serré au cou, au ventre et aux pieds. Je soulevai la tête. Quoique déjà dé-

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figuré, je reconnus que c'était bien le pauvre enfant que je cherchais.

- Je lâchai la tête.

Elle retomba sur la dalle en rendant un son que je n'oublierai jamais.

Je n'avais pas un cheveu qui n'eût sa goutte de sueur.

Je m'arrêtai tout tremblant.

Mon Dieu , que vous êtes grand et que la mort est terrible 1

Je fis un effort sur moi-même. Médecin habitué au trépas, je ne voulais pas être vaincu par lui.

Je posai la lampe sur une des marches de l'autel, et, reportant mes yeux sur le visage du mort, je le regardai tristement : il était plus p&le que le drap qui le couvrait.

Je cherchai et je touchai ses blessures. J'aurais voulu recueillir les dernières gouttes du sang dé son cœur, pour les reporter à sa mère et pour faire avec ce sang une croix sur le front de tous ces jeunes Italiens qui, un jour, doivent se lever pour l'affranchissement de la patrie.

..' Puis je coupai une mèche de ses cheveux. Peutêtre avait-il une amie; à coup sûr, il avait une mère.

Enfin, je serrai sa main ; je découvris une dernière fois ma tête devant lui, et je murmurai :

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DE Jo GARIBALDI 2^1

— Au revoir !

Je sortis frissonnant de Téglise, emportant ce spectacle de mort tellement vivant en moi, qu'au- ' jourd'hui, onze ans après, en écrivant ces lignes, je vois encore le cadavre, la figure pâle, dans son linceul tout souillé de terre et de sang.

En sortant, je retrouvai le gardien, puis l'officier, auquel je serrai la main sans pouvoir prononcer une parole.

Le lendemain, le cadavre de Morosini fut déposé dans un cercueil de plomb, en attendant le moment où il partirait pour le sol natal, avec les cadavres de ses amis.

Nous désirions tous, avec une égale ardeur, avoir des détails sur la mort de Morosini.

Mais les autres étaient obligés de partir. Les morts et ceux qui aidaient les blessés à mourir restaient seuls.

J'étais des derniers.

Voici donc ce que j'appris sur la mort de Morosini. Je tiens les détails que je vais donner de M. de Santi, Corse employé au service sanitaire français, et qui, dans la nuit du 29 au 30 juin, était chirurgien à l'ambulance de la tranchée.

Cet honorable et bon confrère, auquel je suis redevable de quelques services, me raconta que, le

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S6S mAmoirbs

30 juin, à Taube du jonr, on apporta à rambnlance un de nos officiers, si jeune et si beau, qu'il le prit d'abord pour une femme.

Il était blessé légèrement à la tête, à la main gauche et à la poitrine, mais mortellement au ventre.

De Santi l'avait soigné avec affection.

Morosini, qui parlait encore, lui demanda : . — Que pensez-vous de mes blessures?

De Santi lui répondit :

— Ayez confiance en Dieu et en votre jeunesse.

— C'est bien, dit Morosini; je comprends, je suis perdu ! •

Puis il ajouta avec un soupir :

— Pauvre mère!

Et il remit son portefeuille au docteur, tourna la tête, etrefusa dès lors de prononcer une seule parole.

Peu de minutes après que Morosini eut été pansé, un vieux sergent du 32* entra à Tambulance, et, après avoir anxieusement cherché le lit du jeune officier, il dit au médecin :

— C'est bien lui !

— Que voulez -vous dire? lui demanda M. de Santi.

— Qu'à tout prix j'aurais voulu sauver ce pauvre garçon; j'ai fait tout ce que j'ai pu. Mais non, Qa a mal tourné pour lui.

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Alors il raconta que Morosini, accompagné seulement de quatre hommes, avait été entouré; on Tavait sommé de se rendre, ce à quoi il avait répondu :

— Jamais!

Et il continua dé frapper de son épée, criant aux siens :

— Au nom de lltalîe, je vous défends de vous rendre!

Le vieux sergent, alors, lui avait appuyé sa baïonnette sur la poitrine, espérant Tintimider.

Mais Morosini saisit la baïonnette de sa main gauche, et porta un coup d'épée au visage du sergent.

Celui-ci, cependant, défendait à ses soldats de feire feu, espérant prendre le jeune officier vivant, et, par conséquent, le sauver. Mais alors un soldat qui se trouvait derrière lui, voyant que Morosini continuait de se défendre, lui tira un coup de fusil à bout portant.

La balle lui traversa les entrailles ; c'était la bless ure mortelle.

Morosini tomba, mais sur un genou et sur la main gauche. Dans cette position, il essaya encore de frapper ses adversaires, criant toujours à ses compagnons :

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2eo MEMOIRES

— -! Faites-TOus tuer, mais ne vous rendez pas.

Le sergent) furieux, se tourna vers le soldat en lui disant :

— Malheureux! qu'as-tu fait? Ne vois-tu pas que c'était un enfant?

Morosini mourut quelques heures après avoir été apporté à Tambulance, et fut enseveli dans le drap dont ie l'avais trouvé enveloppé dans l'église des Ccnt-Prôtres.

Morosini avait à sa ceinture deux pistolets sur la crosse desquels était gravé le nom de Rosciusko, ami de sa famille» et qui en avait fait cadeau à son grand-père.

Je fis toutes les recherches possibles pour retrouver Tépée et les pistolets de Morosini, mais inutilement. Il paraît que le vieux sergent en était possesseur; mais il déclara ne vouloir les céder à aucun prix.

Le 4 septembre 4849, les trois cercueils renfermant les trois cadavres de Henri Dandolo, de Lucien Manara et d'Emile Morosini, débarquèrent au Molo- Novo de Gênes.

D£ i. GÂIlIfiALDI %\

60PFREDQ MAMEI^I

Garibaldi raconte, dans ses Mémoires et dans la courte biographie qu'il a faite de Goffredo Mameli, que le jeune poète, lesoirduSjuin, vint lui demander de tenter un nouvel effort sur le casino Corsini, et qu'il lui accorda sa demande.

Mameli fut blessé à la jambe gauche.

La blessure, par elle-même, n'était rien; mais, par une mauvaise disposition du. sang, elle se gangrena et, le 18 juin, l'amputation devint indispensable.

La fenêtre de la chambre où se trouvait Mameli, à l'ambulance de la Trinità dei Pellegrmif donnait sans cesse passage à toute espèce de projectiles; mais Mameli se montra toujours de la plus profonde insouciance pour ce danger posthume, si l'on peut parler ainsi. Seulement, au moment où il était le plus affaibli par la suppuration, il devint un jour ou deux impatient pour les balles et les boulets, comme un enfant l'est pour les mouches.

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i%2 MISMOIRBS

— Être tué en plein air et eu combattant, disaitil, à la bonne heure; mais ôtre tué dans mon lit comme un paralytique, non I

Le 8 juin, il eut le délire, délire charmant pendant lequel il chantait à voix basse et se rappelait presque jour par jour sa vie intellectuelle, hélas ! si courte.

Dans les intervalles de ces chants, il prophétisait ou faisait des vœux pour sa patrie.

n avait vingt et un ans quand il mourut.

J'injectai son cadavre, qui fut enterré à Rome.

n avait composé uni chant de guerre que Gari« baldi chantait souvent et fredonnait sans cesse ; FraXelli d'Italia.

Ce chant est populaire en Italie.

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DE J. 6ARIBALDI 2G3

XSiLAiA

» ,Le colonel Mellara, blessé dans le combat du 9 juin, mourut le 4 juillet, quand les Français étaient déjà entrés dans la ville. Gomme il n'était plus permis aux Romains de protester avec les armes, ils se réunirent dans l'église, autour du catafalque du guerrier mort. Mais, pendant que le peuple réuni pleurait dans un pieux silence sur ce cadavre, symbole de l'Italie tombée, un officier de police, à la tête d'une poignée de soldats, entra dans l'église, et arracha du chapeau du mort, posé selon l'habitude sur le cercueil, la cocarde italienne; puis, interrompant la pieuse cérémonie, il ordonna d'éteindre les cierges et de faire évacuer l'église.

Ce qui fut fait.

Le pauvre Mellara n'eut donc même pas cette dernière consolation des morts, les pleurs qui tombent des yeux aimés.

Au reste, les passions politiques se manifestèrent autant dans les réactionnaires romains que dans las

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réactionnaires français. Les prêtres et les moines surtout furent inf&mes pour les pauvres blessés abandonnés à leurs soins. A un M. Giovanni, de Crémone, blessé à la cuisse, ils refusèrent un verre d'eau jusqu'à ce qu'il se fût confessé. Pour comprendre la douleur de cette torture, il faut être médecin et savoir le besoin impérieux de boire qu'éprouve le malade à la suite d'un coup de feu.

Tous les médecins de Rome qui soignèrent des blessés patriotes perdirent leur diplôme.

Qu'on me permette une remarque philosophique ou plutôt morale.

Il y a une grande différence entre la mort du soldat contrai^it au service par la conscription, et celle du soldat qui sert volontairement son pays.

Le volontaire est plein d'entl^ousiasme, fier de ses blessures, glorieux de sa mort. Il se soulage de ses souffrances les plus cruelles par son expansion et son amour de la patrie, dans les vœux qu'il fait, dans les prières qu'il adresse à Dieu pour le triomphe de sa cause.

L'autre est muet ou ne prononce que des paroles de vengeance contre celui qu'il a blessé.

Un enfant de Bologne, âgé de dix ans, faisant partie de la légion Garibaldi, et blessé h la vwn

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DE J. GÂRIBALDI 2G5

gauche, se laissa couper le poignet sans pousser une plainte, et, pâle et affaibli, voulut assister à la dernière bataille.

Pour créer des hôpitaux à rimpfoviste, on parcourut les rues de Rome en criant à haute voix :

— Pour les patriotes blessés !

Et alors toutes les fenêtres s'ouvraient, et par ^s fenêtres on jetait des linceuls, des draps, des matelas, des oreillers.

Les hôpitaux furent créés par la charité spéciale du municipe.

Bjeatàni.

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