‹ MémoiresChapitre 112 sur 168 · LETTRE XLV · texte numérisé non relu

LETTRE XLV

J'ai reçu la copie de la lettre que vous avez écrite à madame votre mère, sur les sujets que vous croyez avoir de vous plaindre d'elle. Je la trouve fort bien faite et très-respectueuse ; mais, comme vous m'avez commandé de vous en mander mon sentiment, je prendrai cette liberté, et je vous dirai que tout ce que vous dites pour elle sera approuvé de tout le monde , mais que vos emportements contre un de ses domestiques

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le seront de peu de gens. Vous vous souviendrez^ s'il vous plaît, que, lorsque je vous suppliai trèshumblement que je ne me mêlasse point de votre domestique à tous deux, l'on vous avoit mandé que plusieurs vous trahissoient, et que vous avez trouvé avec le temps que j'avois raison de vous assurer que vous pouviez en avoir de plus affectionnés les uns que les autres , mais qu'aucun ne vous trahissoit. Peut-être arrivera-t-il qu'après avoir donné un grand chagrin à m.adame votre mère , vous trouverez la même chose de celui que vous croyez coupable. Enfm, je vous demande pardon si j'ai manqué, et je vous supplie trèshumblement d'attribuer à mon zèle la liberté que j'ai prise de retarder l'ordre que M. Pingard avoit de lui donner votre lettre , jusqu'au retour du porteur, qui sera dans trois jours au plus tard, parce que, si vous persistez dans l'intention que vous en avez, il sera aussi bien alors qu'à présent.

De Paris, ce 12 novembre 1640.

LETTRE XLVL

Comme Sa Majesté avoit dit à M. Le Roy, votre secrétaire, qu'il s'étonnoit que vous eussiez commerce avec ses ennemis , le Père de Gondy et moi, qui avions vu par votre ordre les instructions que vous lui aviez envoyées, les trouvâmes tout à fait bien ; mais nous jugeâmes

d'Alex, de Campion. ^^j

qu'elles seroient assez inutiles, et que Sa Majesté ne lui répondroit que ce qu'il lui avoit dit la première fois, sans écouter vos justifications. Nous étions même persuadés que je n'en recevrois pas un plus favorable traitement en lui portant votre lettre de créance sur moi ; mais il en est arrivé tout autrement, car, l'ayant suivi dans son cabinet après son souper, je lui ai présenté votre lettre, qu'il a lue, et il m'a écouté favorablement. Il m'a dit seulement que, M. de Bullion ' ayant dit à madame la comtesse le soupçon qu'on avoit de vous, il avoit eu raison de s'étonner de n'avoir point eu de vos nouvelles. Sur quoi je l'ai assuré que c'étoit une supposition, que M. de Bullion n'en avoit jamais parlé à madame votre mère ; et là-dessus je lui ai dit que ces mauvais rapports qu'on lui faisoit venoient de vos ennemis et des siens, qui ne pouvoient souffrir que vous fussiez bien avec lui, et j'ai poussé l'affaire si loin que je lui ai dit ce qui m'est venu en fantaisie contre U. le Cardinal , sans le nommer, et lui ai spécifié toutes les adresses dont il se servoit pour lui donner soupçon de ses vrais serviteurs. Et sur les intelligences qu'on lui avoit dit que vous ménagiez en Angleterre comme en Flandre , je pense lui avoir fait voir clairement que c'étoient des faussetés supposées pour vous ruiner dans son esprit , lut disant pour conclusion que, si j'alléguois quelque chose à faux, je demandois que ma tête en répondit. Enfin , sans qu'il entra des créatures de M. le Cardinal, je crois que cela auroit continué

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