‹ MémoiresChapitre 120 sur 168 · LETTRE LIV · texte numérisé non relu

LETTRE LIV

J'ai reçu votre lettre du i er de juin , que vous m'avez envoyée par M. de Pragues, et les ordres qu'il m^a apportés de bouche de votre part. Je satisferai aux uns et aux autres , et il vous dira que les affaires sont en assez bon état : j'avois même fait envover un ordre à Lamboy ', avant son arrivée, d'aller partout où vous lui commanderez , et tous les officiers généraux qui sont dans le Luxembourg ont reçu le même commandement. Les affaires sont à présent établies ici d'une manière que je ne proposerai rien de votre part qui leur soit possible , que l'exécution n'en soit prompte; mais pour le reste de l'argent, il leur faut donner le temps qu'ils demandent , étant constant qu'ils n'ont pas le sol; de sorte qu'il vous faut faire fonds sur votre argent et sur celui que j'ai touché, le reste étant dans l'incertitude; ce n'est pas que je ne fasse du bruit, afin de leur faire tenter le peu de crédit qui leur reste à Anvers. J'ai appris avec étonnement la folie de M. de Châtillon, ou la présomption de M. le Cardinal, de l'envover assiéger Sedan avec six mille hommes. Il est constant que, la principale

I . Général de l'armée de l'Empereur. Il se joignit en effet au comte de Soissons, pendant que le cardinal infant étoit obligé de défendre la Flandre contre le maréchal de la Melleraye.

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armée étant occupée devant Aire ', si M. de Lorraine ne le joint, il faut qu'il périsse ou qu'il fuie. Je m'en retournerai dans huit jours, et je ferai mener tous vos chariots , les cent casaques de vos gardes, avec tout ce que vous m'avez commandé par ^L de Pragues. Mais , après vous avoir rendu raison de l'état de vos affaires , vous trouverez bon, s'il vous plait, que je vous dise, avec le respect que je vous dois , que M. de Châtillon ne vous fait guère de peur, puisque vous songez à me railler dans votre lettre ; et c'est me savoir peu de gré des services que je vous rends en réunissant une illustre personne avec vous et en vous procurant une amie qui ne l'avoit jamais été 2. Elle est persuadée de votre amitié par les remercîmens que vous lui en faites dans votre lettre ; mais , si elle avoit vu celle que vous m'écrivez . peut-être n'agiroit-el!e pas avec tant de chaleur, vos railleries n'étant pas trop obligeantes pour elle. Elle a écrit au Comte-Duc de sorte que son assistance ne vous sera pas inutile ; même, comme elle a tout pouvoir sur Dom Antonio Sarmiento , elle l'a fait écrire de la même manière , et elle a un très-grand zèle pour vous. Je ne sais si vous seriez quitte à si bon marché que vous pensez si l'état de vos affaires vous obligeoit à faire un tour ici , ou si les siennes lui faisoient prendre le chemin de Sedan. Enfin, je ne jurerois pas que vous ne m'envoyassiez un jour promener, si vous crovez les choses comme vous les écrivez , et que je ne fusse le malheureux comme

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