LETTRE LV
M de Beauvau est trop généreux d'avoir • exalté le peu de services que je vous ai rendus ici au point de m'avoir attiré les remercîments que vous me faites par votre lettre du 1 9 de ce mois. C'est trop faire valoir le juste emportement que j'ai eu sur le peu de reconnoissance que MM. les ministres témoignent envers vous, et sur le refus d'un honneur qu'ils ne pouvoient vous dénier sans injustice. Enfm , il n'en faut plus parler, puisqu'ils se sont reconnus et que vous avez votre compte. En prenant vos intérêts avec tant de chaleur, j'ai satisfait aux ordres de mon maître et au serv'ice que je vous ai voué. Je dois beaucoup d'avantage à l'amitié que vous m'avez fait l'honneur de me promettre , dont
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j'ose espérer la continuation , ne pouvant douter de la parole que vous avez la bonté d'en donner à votre.
A Bruxelles, ce 21 juin 1641.
A M. LE COMTE
LETTRE LVL
Je pars présentement d'ici pour aller trouver M. le duc de Lorraine ' à Vaudrevange, où j'ai appris qu'il étoit. Je ne doute point que vous ayez été surpris de la peine que j'eus hier à me résoudre à venir ici, et je vous avoue qu'à moins d'un commandement réitéré que M. de Beauregard m'en fit de votre part, j'aurois poussé jusqu'à Sedan, pour vous dire mes raisons, qu'il m'a promis de vous déduire par le menu. Je vous supplie très-humblement d'être persuadé que je n'ai point fait cette difficulté pour le hasard qu'il y a pour moi à passer auprès des villes où je puis être pris par les garnisons françoises. J'ai tant de passion pour vos intérêts , et si peu pour la conservation de ma vie , que je la tiendrois très-bien employée si je Pavois perdue en vous rendant quelque service considérable ; mais , quand je pense que vous m'envoyez avec une simple lettre de créance vers un homme qui n'a jamais été de vos amis , et qui vient d'abandonner les intérêts d'Espagne et de faire un traité