LETTRE LXXIX
Je crois que vous ne ferez pas long séjour ici après moi , ce qui arriva hier regardant aussi bien M. de Beauvais ' comme nous. Je me persuade qu'il aura ordre d'aller à son évêché, et comme vous n'êtes ici que pour lui , étant son proche parent , vous prendrez à mon avis le chemin des Resvintes. Donnez-vous, s'il vous plait, la peine de passer à Vert, où vous saurez de mes nouvelles et le lieu où nous pourrons nous voir. Cependant je vous conjure d'assurer M. de
I. L'évêque de Beauvais; qui fut en effet renvoyé dans son diocèse.
Beauvais que je suis son très-humble serviteur. Il voit bien que, s'il nous avoit crus, M. de Beaupuis et moi, qui ne voulions pas qu'il entrât dans le conseil , nous n'en serions peut-être pas où nous sommes; mais le grand nombre l'emporta. Enfin, le passé ne se rappelle point, et il n'est pas de bonne grâce de faire souvenir les amis des fautes qu'ils ont faites lorsque c'est inutilement ; aussi n'ai-je autre dessein que de conserver la part qu'il m'a promise en son amitié. Je suis tellement accoutumé à la m.auvaise fortune, qu'au lieu de me plaindre d'en voir la continuation , j'essaie seulement à conserver l'eslime et l'amitié de mes amis. A la première vue, nous aurons le temps d'agiter ces sortes de matières. Prenez , s'il vous plait , soin de faire ramener mon équipage à Vert, et me croyez votre. A Paris, ce.... d'août 1643.
A MADAME LA DUCHESSE DE CHEVREUSE