‹ MémoiresChapitre 152 sur 168 · LETTRE LXXXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXVIII

Je ne sais si vous avez reçu quatre lettres que j'ai hasardées par des voies différentes, depuis que je n'ai eu de vos nouvelles et que je suis sans adresse pour vous pouvoir écrire ; mais il est constant que je vous aurois été trouver, en quelque lieu que vous eussiez été , sans la peur de vous être à charge , et que , n'en ayant pas reçu le commandement quand je m'y suis offert par mes lettres , je me suis persuadé que quelques considérations qui me sont inconnues vous faisoient souhaiter que je demeurasse chez moi. Ce n'est pas que j'eusse eu lieu d'avoir quelque allarme, si je n'avois pas été assuré de

404 Lettres

la fermeté de votre esprit, qui est incapable de changer de sentiments pour des personnes qui vous ont voué tous leurs services, et de la sincérité de mes intentions à mourir plutôt que de manquer à ce que je vous dois. Je sais que vos meilleurs amis ont conspiré de me détruire auprès de vous; mais, afm que mes bonnes intentions ne vous deviennent pas suspectes pour ne savoir point ce qui s'est passé depuis quelque temps, je vous envoie la copie d'une lettre que j'ai écrite, après que ma patience s'est lassée de recevoir de la haine au lieu d'amitié, et du mépris pour de la reconnoissance, dans laquelle s'il se trouve un mot contre la vérité, je me soumets à votre haine, qui est la dernière de toutes les imprécations à mon égard. Depuis cette lettre, à laquelle je n'ai pu avoir aucune réponse , quoique je l'aie sollicitée par toutes les voies possibles et attendue deux mois, je me suis résolu de communiquer toute l'affaire à des personnes de condition de mes amis, connues de vous et de mes parties , et de toute la France , pour gens d'honneur, par l'avis desquels je me conduirai , n'étant pas en lieu où je suis assuré de recevoir vos ordres, que je préférerois à tous les conseils du monde.

Ce 15 novembre 1648.

a m. bailleul.

Page 1