Il s'appeloit Espanelle. Nous le trouverons plus loin
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aigre ni envie de paroître aux dépens les uns des autres, l'un de nous lisoit haut quelque bon livre, dont nous examinions les plus beaux passages, pour apprendre à bien vivre et à bien mourir, selon la morale, qui étoit notre principale étude. Beaucoup prenoient plaisir à entendre nos conférences, qui, je crois, leur étoient utiles, puisqu'il ne s'y disoit rien qui ne portât à la vertu. Je n'ai point trouvé depuis de société si commode ni si raisonnable : elle dura les sept années que je servis dans le régiment de Normandie, où j'étois tellement aimé des officiers, qu'il n'y en avoit pas un qui ne fût mon ami, et quoique je ne fusse que lieutenant, je puis dire que je gouvernois le régiment comme je voulois, le lieutenant-colonel, appelé d'Espanelle ', qui succéda à Bellefonds en 1635, m'aimant chèrement et me croyant en toutes choses. Il commanda le corps tant que j'y restai, le sieur de Manicamp, mestre de camp, étant gouverneur de Colmar et d'Alsace. Espanelle étoit un homme très-agréable, fort savant dans la guerre et en haute estime. Je passois ainsi une vie très-douce, et qui n'étoit troublée que par mon malheur au jeu de dez, que j'aimois si passionnément qu'il me ten'oit dans une continuelle indigence. Je
1. il étoit capitaine avant 1630. Il fut, en 163 j, le quatrième lieutenant-colonel depuis la formation du régiment. La Gazette le cite avec distinction dans la journée du 19 juillet 1639 devant Salces. En 1642 il obtint une compagnie aux Gardes; la même année, « il fit voir ce que peut l'expérience et la vigilance d'un officier » au siège de Tortone. Gazette, extraord. du 18 décembre. Enfin il fut tué en 164} au siège de Trin.
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haissois à emprunter, mais la nécessité m'y contraignoit souvent, ce que je faisois par lettres, ne Tosant faire de vive voix. Mes amis ne m'ont jamais abandonné, mais il me fàchoit de les importuner, ce que ma mauvaise conduite m'obligea de faire jusqu'en 1640 au siège de Turin, qu'après avoir souvent fait serment inutilement de ne plus jouer aux dez, j'en formai la résolution sans jurer, et l'ai si bien tenue jusqu'à présent, qu'il n'y a pas apparence que je la change. Depuis ce temps, j'ai toujours beaucoup joué aux cartes et au trictrac, mais comme j'y suis bon joueur, j'en ai subsisté long-temps. L'argent que je perdois aux dez empêcha mon avancement dans le régiment de Normandie, à cause que je ne pouvois venir passer les hivers à la Cour pour y faire des amis qui fissent valoir mes services; de sorte que toute l'estime dont je jouissois dans le régiment et dans l'armée étoit inutile à ma fortune , les généraux et ceux qui me pouvoient servir parlant pour les présens, et oubliant, faute de me voir, ce qu'ils témoignoient vouloir faire en ma faveur pendant la campagne; ce qui, joint à ce que j'ai toujours plus cherché à faire de bonnes actions qu'à les faire valoir, pensant, je crois avec raison, qu'il y a de la honte à parler de soi , ont été les deux principales causes que je n'ai fait nulle fortune. J'ai mis cette digression tout de suite, pour n'être plus obligé de parler de ma façon de vivre dans la guerre , et des motifs de mon peu d'avancement.
Le duc de Longueville ayant eu l'ordre de secourir le duc de Weimar, il partit d'auprès de
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Beaune où nous étions, et nous mena en Lorraine, où il joignit le vicomte d'Arpajon, lieutenant-général ', qui avoit avec lui les régimens de Picardie, de Navarre et plusieurs autres de cavalerie et d'infanterie. De Nanci, où se fit la jonction, nous marchâmes pour attaquer Lunéville, que le duc de Lorraine avoit repris quelques années auparavant. Le marquis de Ville ^y maréchal de camp de ce prince, y commandoit deux mille cinq cents hommes de pié. L'on fit les approches et trois attaques, les régiments de Picardie, Navarre et Normandie en ayant chacun une. L'on ouvrit la tranchée, que la gelée empêchoit d'avancer beaucoup et que les grandes neiges remphssoient, de sorte que l'on y souffroit des incommodités insupportables. Dans ce temps, M. le duc de Weimar ayant envoyé Roqueservieres 5, maréchal de bataille, au duc de Longueville, pour lui demander, en termes toutà-fait civils, le secours qu'il avoit ordre du Roî de lui donner, le Duc résolut de lui envoyer de l'infanterie; et pour le faire plus facilement, il laissa ce qu'il falloit de troupes pour garder le camp et les tranchées , qui étoient peu avancées, et marcha jusqu'à Fenestrange, frontière d'Allemagne. Là, il détacha cent hommes de chaque
1. Louis, vicomte d'Arpajon, marquis de Sevrac. Il fut nommé lieutenant général le 14 juillet 1637. Pendant la Fronde, il joua assez habilement son rôle pour se faire donner en 1650 un brevet de duc et pair, qui ne fut pas enregistré au parlement.