‹ MémoiresChapitre 3 sur 168 · Ibidem · texte numérisé non relu

Ibidem

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par accident. En 1635, il suivit son premier maître en Picardie comme volontaire , et il fut présent au siège de Corbie en 1636. En 1648, il eut part avec les frondeurs normands à l'expédition peu sérieuse de Moulineaux.

Doué d'une intelligence vive et sûre, habile à pénétrer dans le fond des choses et à discerner les caractères des hommes, il mit son honneur à rester dans le parti des Importans, qu'il connoissoit pourtant bien et dont il prévoyoit la chute. C'est qu'il avoit corrompu sa voie à la cour du comte de Soissons. « Je crus alors, dit Henri de Campion à propos de la participation d'Alexandre au complot du duc de Beaufort , je crus alors, comme j'ai toujours fait depuis , que la longue habitude qu'il avoit eue avec les factieux pendant qu'il étoit auprès du comte de Soissons lui avoit, contre son penchant naturel, inspiré le désir de voir toujours la Cour et l'État en trouble. )^ Alexandre de Campion avoit contracté dans la maison du Prince des habitudes de faction et de libertinage; il y avoit appris à aimer le plaisir et l'intrigue. Ses aventures amoureuses éclatèrent en scandale jusque-là que son frère le prieur se crut obligé de lui en faire sentir la honte. On voit par une élégie qui se trouve à la fm du Recueil de ses lettres qu'il revint, à la fm, de ses égaremens , et qu'il se convertit avec une foi sincère à une vie plus morale et plus chrétienne.

Ses liaisons avec les principaux mécontens du règne de Louis XIII et de la régence d'Anne d'Autriche, la considération que la confiance du comte de Soissons lui avoit acquise, lui assurèrent sur ses frères l'ascendant qu'il tenoit déjà

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de son titre d'aîné et de chef de la famille. Si d'ailleurs il leur étoit inférieur par les qualités qui font l'honnête homme, il semble qu'il ait eu sur eux une supériorité incontestable par celles qui font l'homme de résolution et d'action. Une étroite amitié les unissoit, malgré quelques différences d'inclination et de mœurs, et son influence paroît s'être exercée particulièrement sur Henri. Comme il l'avoit engagé dans la familiarité du duc de Beaufort, il l'entraîna dans le parti du duc de Longueville.

Alexandre, après la Fronde, reçut de la faveur du prince la charge de major de Rouen, qu'il garda jusqu'à sa mort, arrivée vers 1670, ainsi que le constate l'inscription suivante, dont les lettres d'or s'épanouissent sur le fonds d'un portrait appartenant à mademoiselle de Montpoignant : lc Alexandre de Campion, l'un des gentilshommes de Louis de Bourbon, comte de Soissons, et après la mort de ce prince ataché en la même calité à Henry, duc de Longueville , gouverneur de Normandie, qui le fit major de Rouen, dans lequel emploi il mourut vers Van 1670. »

Henri, comme nous l'avons dit, fut nommé lieutenant-colonel du régiment de Longueville, et fit encore les campagnes de 1652 et 1653 ; mais en 1654, le régiment ayant été réduit de vingt compagnies , il se retira dans sa terre de Boscferei, où il mourut le 1 1 mai 1665, âgé de cinquante ans et trois mois.

C'est là qu'il a écrit ses Mémoires. On peut croire qu'il les a commencés et terminés dans le cours de l'année 1654; mais il y est revenu à plusieurs reprises, et il y a ajouté successivement les cinq ou six pages de la fin , de 1655 à

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1660, et quelques lignes de réflexions sous la date de 1661 .

Dans le même temps à peu près, Alexandre occupoit les loisirs de sa charge à composer son livre des Hommes illustres de M. de Campion. C'est un gros in-quarto , qui a été achevé d'imprimer le 15 janvier 1657, par Laurens Maurry, imprimeur à Rouen, pour Augustin Courbé, libraire à Paris. L^ouvrage devoit former deux volumes. Il n'en a été publié qu'un. Les hommes illustres dont les vies y sont racontées sont Clovis et Constantin , Ennius Mummol et le Cid, Charles Martel et Scanderbeg, Pépin et Othon, Charlemagne et Théodose , Hugues Capet et le Maître d'Avis , Robert Guiscard et Rhou , Guillaume le Conquérant et Théodoric, Godefroy de Bouillon et Bélizaire, Louis le Gros et Edouard 1er, Simon de Montfort et Bohémond. La préface est signée : L'abbé de Campion. C'est le troisième frère d'Alexandre, Nicolas, le prieur de Vert-sur- Avre. Voici en quels termes il expose le plan de l'auteur : u Je pense que la plus douce manière et le moyen le plus universel de profiter et de plaire à même temps au lecteur est de dégager du corps de cette masse (l'histoire) ce qu'il y a de plus remarquable dans les événemens et de plus grande édification pour les bonnes mœurs; et c'est proprement le dessein de ce livre, qui expose en vue ce qu'il y a eu de plus illustre et ce qui s'est passé de plus digne de mémoire depuis tant de siècles et parmi tant de nations différentes, l'auteur y ayant ajouté des comparaisons d'hommes de diverses provinces qui ramènent à soi l'esprit du lecteur et lui fournissent les moyens de faire de belles et utiles

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réflexions sur ce qu'il a lu Quant aux six vers

qui sont au frontispice de chaque vie, l'auteur a eu dessein d'y donner une idée générale de l'homme illustre dont il parle , et d'y mettre quelque trait principal qui pût le faire connoitre et qui le distinguât de tous les autres. » Le volume a paru , suivant l'usage du temps , escorté de vers que des amis, confidens des travaux d'Alexandre, avoient faits à sa louange. On lit en tête un sonnet de M. Du Parc Ronsenay, frère de la mère des Campion , et un autre de Pierre Corneille, qu'Alexandre appelle dansles Entretiens le poète notre ami. Nous ne croyons pas que ce dernier ait jamais été publié dans les éditions les plus complètes des œuvres du grand Corneille. Ce volume ne nous a été d'aucune utilité , si ce n'est que nous y avons trouvé un témoignage des excellens rapports qui existoient entre les membres principaux de la famille , et qu'attestent de leur côté les Mémoires de Henri. Mais, dans la même année 1657, Alexandre fit imprimer, également à Rouen et par Laurens Ivlaurry, un autre volume, de format in-12 , qui est intitulé : Recueil de lettres qui peuvent servir à l'histoire , et diverses poésies. C'est, pour les lettres, u une partie seulement de ce qu'il en a écrit » , pour nous servir des expressions de l'épitre dédicatoire, adressée à la comtesse de Fiesque, cette célèbre Giloned'Harcourt, qui fut, en 1652, une des deux aides de camp de Mademoiselle dans son expédition d'Orléans, et à qui le monde donna plus tard , par privilège , le titre de Madame la Comtesse, u Et si même ce qu'il y a de lettres à M. le Comte (de Soissons) n'eût pas été entre les mains d'une de mes amies , en la maison de laquelle

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j'allois écrire, de peur qu'on ne saisit ines papiers chez moi , et qui les a gardées dix ans depuis, je les eusse brûlées à mon retour de Sedan , avec plus de trois cents autres que j'avois. » Les poésies ont été épurées par des retranchemens dont l'auteur donne les raisons dans la même épitre : « Vous n'eussiez pas trouvé bon d'y voir des railleries dont l'application eût été dangereuse, des vérités qui m'eussent fait de puissans ennemis, des épitres familières capables de découvrir une partie du commerce que je puis avoir eu avec des femmes du monde, des pièces hardies par lesquelles l'on eût vu que j'ai eu des emportemens qui sont à présent fort contraires à mon humeur. » Plusieurs passages des lettres sont d'utiles commentaires des Mémoires de Henri. Nous avions d'abord pensé à les extraire ; mais il nous a paru ensuite qu'il valoit beaucoup mieux reproduire textuellement toutes celles qui peuvent en effet servir à l'histoire. Nous les avons rejetées ensemble à la un du volume. Le Recueil, dont l'édition entière a été donnée à la comtesse de Fiesque , <( afin que personne ne pût en avoir que par son moyen » , est aujourd'hui fort rare, et il mérite qu'on le répande. Quant aux autres lettres, nous les avons supprimées avec d'autant moins de scrupule que nous n'avions pas, pour les conserver, la même excuse qu'Alexandre de Campion : « Je me serois bien empêché d'y laisser quelques lettres de bagatelles que vous y reconnoitrez ; mais , suivant votre commandement, je n'en ai point ôté de celles que vous trouvâtes dans la cassette, et que j'ai données à l'imprimeur sans les revoir. )> Nous avons écarté impitoyablement toutes les poésies,

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qui sont au moins fort médiocres , et qui d'ailleurs ne se rattachent par aucun côté à notre publication. Nous avons pourtant cité dans une note quelques lignes de la dernière élégie.

Nicolas de Campion , dont la vie s'est écoulée obscurément dans son prieuré , a néanmoins laissé, comme ses frères, quelques écrits; mais ce ne sont ni des mémoires ni des lettres. En 1704, l'abbé de Garambourg a publié à Paris , chez Florentin Delaulne , un volume in- 12 dédié à l'abbé de Polignac et intitulé : Entretiens mr divers sujets d'histoire, de politique et de morale. Qu'étoit-ce que cet abbé de Garambourg? Un chanoine d'Évreux, dit Barbier, d'après le privilège accordé pour l'impression du livre, et puis c'est tout. Plus heureux que le savant bibliothécaire , nous avons pu savoir qu'il s'appeloit de Bence , et que son père , dont les armoiries sont dans d'Hozier, étoit seigneur du Buisson Garambourg, hameau du village de Guichainville, près d'Évreux. Très-probablement il appartenoità la même fam.ille que la dame du Buisson à laquelle Alexandre de Campion a adressé sa cent-dix-septième lettre , et peut-être que le du Buisson de Bernay dont il est parlé dans les Avis des espions du cardinal Mazarin, touchant V affaire de M. de Beaufort. En tout cas, il étoit parent des Campion, car il le dit expressément dans son épître dédicatoire à l'abbé de Polignac : « La curiosité naturelle à tous les hommes de connoitre ceux dont ils descendent m'ayant porté à examiner avec beaucoup d'attention beaucoup de mémoires, etc. » Or ces Mémoires étoient ceux de Henri de Campion et les papiers entre lesquels ils se trouvoient dans

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les archives de la famille. C'est là qu'il a rencontré les Entretiens , dont il s'est fait plus tard l'éditeur. (( Il y a cinquante ans, dit-il encore dans la même épitre , que les héros de cette petite scène vivoient familièrement ensemble et exerçoient leurs esprits par des disputes et des conférences qu'un d'entre eux prit soin de ramasser et d'écrire. » Et il donne la clef des noms sous lesquels l'auteur a jugé à propos de déguiser ses personnages. Ezicrate , Alexandre de Campion; Phronimon, du Feuguerei (Henri de Campion); Agathiste, l'abbé de Campion ; Apisîe , du Troncé , beau-frère d'Alexandre ; Gamopéon, des Resvintes; Critohnle, de Bailleul; Hédomène, de Beauregard; ZénopompCy Émery Marc de la Ferté , soixante-et-onzième évéque du Mans ; yosophile, Viellard, médecin de Dreux; Eugénie, mademoiselle de Fontaine, belle-filled'Alexandre; Philarète, madame de Berville, sœur des trois Campion; Crisino'é, madame d'Auberville, fille de du Troncé; Eucalie, madame de Quenel, amie et parente.

Les Entretiens sont au nombre de douze; mais les deux premiers nous paroissent une imitation bien plutôt qu'une rédaction des Conférences. Ils ne nous ont rien fourni pour l'inteUigence et l'annotation des Mémoires. Ceux dont nous avons pu tirer parti, sont : le troisième, Possession des religieuses de Louviers; le cinquième, De la mort des Épicuriens; le sixième. Que la mort des Épicuriens ne peut être tranquille ; le septième , Du Mariage ; le huitième. Les Serpents mystiques; le neuvième , Le plus sur appui de l'autorité souveraine; le onzième. De la Conduite du ministre. C'est Nicolas Campion qui en a été le rédacteur.

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M. Barbier fait remarquer qu'il est nommé dans le privilège. C'est une autorité très-valable assurément; mais elle n'étoit pas nécessaire. Vingt passages du texte prouvent assez que l'auteur des Entretiens est Agaîhiste , pseudonyme de Nicolas. Les réunions semblent avoir eu lieu quelquefois à Paris ou à Rouen, quelquefois à la campagne, chez du Troncé, chez Alexandre de Campion, suivant les circonstances. L'abbé de Garambourg a négligé un soin qui auroit été fort utile, celui d'en indiquer les dates, au moins approximativement ; et il en a pris un dont on se seroit bien passé, celui de corriger le style de l'auteur. Tels qu'il nous les a conservés pourtant, les Entretiens sont très-bons à consulter. Nous y avons puisé avec d'autant plus de liberté qu'on ne les rencontre que fort rarement aujourd'hui.

A tous ces instrumens de travail qui ont manqué au général de Grimoard , nous avons ajouté ceux que nous avons pu emprunter au livre récent de M. Cousin : Madame de Chevreuse et madame de Hautefort. On sait avec quelle autorité l'illustre écrivain a démontré la véracité parfaite du récit que Henri de Campion a fait de la conjuration du duc de Beaufort. C'est peut-être la meilleure page de son premier volume. Il a confirmé le témoignage des Mémoires par de nombreux extraits des Carnets du cardinal IMazarin et par plusieurs pièces jusqu'à lui inédites. Nous avons cité de ces extraits et de ces pièces divers passages qui nous ont paru nécessaires pour éclaircir et pour compléter notre texte.

Qu'il nous soit permis, en terminant, de remercier notre bon ami, M. le marquis de Bios-

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seville, de l'assistance qu'il nous a prêtée avec une bienveillance toute particulière. Nous lui devons les plus utiles renseignemens sur la maison de Campion et sur les lieux dont la seigneurie lui a appartenu. Nous le prions ici de recevoir l'assurance de notre gratitude.

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