Village du canton de la Tour de France
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d'Hollande ', par tant de fameux sièges où iî réussit si heureusement, marcha vers le Roussillon et vint se poster près de Perpignan ., tandis que notre cavalerie se rafraichissoit. Le lendemain, il s'approcha de nous. Le maréchal de Schomberg, qui n'avoit que soixante chevaux, ne pouvoit se procurer beaucoup de nouvelles des Espagnols. Il apprit néanmoins confusément qu'ils avoient quelques troupes à Perpignan ; mais une après-dinée que la plupart des officiers se promenoient devant le retranchement, l'on découvrit une grande poussière du côté de Perpignan, et ensuite quantité d'escadrons de cavalerie. On en donna aussi-tôt avis au Maréchal, qui d'abord s'en émut peu. Cette cavalerie s'avançant jusqu'au lieu que nous croyions un marais tremblant, l'on rit beaucoup dans la pensée que force chevaux alloient s'embourber ; mais voyant qu'ils marchoient en escadrons sans enfoncer, et qu'après avoir passé le prétendu marais, il se mettoient en bataille sur le chemin de Salces à Leucate, l'envie de rire cessa incontinent. Le reste de cette cavalerie vint escarmoucher à notre tête jusqu'au soir, que l'on entendit les tambours de Tinfanterie qui arrivoit , ce qui fit retirer tout le monde dans le retranchement.
Nos généraux, après avoir fait mettre les troupes sous les armes, tinrent conseil. On demeura d'accord du péril où l'on se trouvoit, et l'on ouvrit deux opinions. Les sieurs de
i. Ambroise, marquis de Spinola, mort le 25 septembre
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Lecques et d'Argencourt proposèrent de garder le retranchement, qui étoit assez bon , et de donner promptement avis au prince de Condé à Narbonne de l'état des choses, afin qu'avec notre cavalerie, la noblesse et les milices du pays, il nous vînt secourir avant que les ennemis eussent le temps de se retrancher ; ce qui n'étoit pas sans apparence d'un bon succès. Le maréchal de Schomberg balançoit et sembloit porté à suivre ce sentiment, tant pour les raisons qu'on lui avoit alléguées que pour les difficultés de la retraite, lorsque le sieur d'Espenan remontra que si nos troupes , qui faisoient encore huit mille hommes de pié, sans les valets, se laissoient assiéger, il n'y auroit pas de vivres dans Salces pour plus d'un mois, délai trop court pour qu'il fût vraisemblable que le prince de Condé se trouvât en état de venir forcer les ennemis, d'autant qu'il n'auroit que des milices, et que la nature des lieux rendroit la cavalerie comme inutile ; que s'il étoit besoin d'attaquer les Espagnols, comme il le croyoit, il paraissoit à propos que notre infanterie, la meilleure du royaume, allât joindre le prince, pour, avec ce qu'il rassembleroit d'ailleurs, revenir faire un effort, que, selon les apparences, les ennemis ne pourroient soutenir. Que si on lui vouloit laisser deux régimens avec ce qu'il avoit déjà de monde, il répondoit de tenir dans Salces, et de donner quarante jours de temps pour le secourir.
Le Maréchal se laissa entraîner à ce dernier avis, et après avoir fait entrer dans la place les deux régimens qui, avec ce qui y étoit déjà.
faisoient deux mille hommes, et laissé ce qu'il y avoit de plus difficile à emporter, il résolut de partir la nuit suivante. L'artillerie, les charrettes et chevaux de bagage de l'armée, avoient été heureusement envoyés quelques jours auparavant dans des quartiers de fourrages avec la cavalerie , de sorte que n'y ayant que de l'infanterie et des chevaux de bât à faire retirer, et peu de distance jusqu'aux montagnes, on jugea la chose faisable; et pour y mieux réussir, on détacha à deux heures de nuit des hommes pour aller escarmoucher du côté de Leucate, où il y avoit apparence que nous nous retirerions. En même temps l'on fit sortir du retranchement toute l'infanterie , que l'on mit en bataille. On plaça à la tête ce qu'il y avoit de bagages, précédés par des hommes détachés, et Pon commença à prendre sur la gauche, vers les montagnes les plus difficiles, sans battre le tambour ni faire aucun bruit.
Nous trouvâmes quelques escadrons des ennemis entre le camp et les montagnes, mais les décharges qu'on leur fit les obligèrent à nous laisser le passage libre , à cause qu'ils n'avoient point d'infanterie. Sitôt que nous eûmes gagné le pié des montagnes, on commença à défiler, et l'on rappela ceux qui escarmouchoient du côté de Leucate. Le défilé dura plus de deux heures, pendant lesquelles les ennem.is , s'étant apperçus de notre dessein, firent venir de l'infanterie pour nous charger en queue. Elle arriva comme notre régiment , qui couvroit la retraite, commençoit à marcher.
Nous avions un capitaine, un lieutenant et
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un enseigne détachés à notre queue avec quatrevingts hommes . qui tinrent ferme pendant notre mouvement, et dont le feu tua plusieurs des ennemis et arrêta les autres, lesquels craignirent de se compromettre dans l'obscurité , qui étoit grande. Durant cette incertitude, nos hommes détachés gravirent la montagne après nous , et nous fîmes encore près de quatre lieues, toujours dans ce terrain difficile. Les Espagnols nous suivirent encore quelque temps , mais sans oser nous attaquer. Il est certain que s'ils l'eussent entrepris vigoureusement, ils nous auroient infailliblement défaits ; pouvant dire que je n'ai pas vu les soldats du régiment de Normiandie plus étonnés que cette fois, et ils se seroient débandés dans les montagnes si on les eût chargés vertement, quoique les ofticiers eussent pu faire pour les retenir. Cela prouve qu'il est difficile de faire une retraite la nuit devant une armée ennemie sans hasarder de tout perdre, les soldats songeant plus à se sauver à la faveur de l'obscurité qu'à obéir à leurs chefs.
Lorsque nous fûmes en sûreté , l'on nous mit dans des quartiers de rafraîchissement, et le maréchal de Schomberg alla trouver le prince de Condé à Narbonne , oij le vicomte d'Arpajon étoit aussi. Après lui avoir rendu compte de l'état des choses, le Prince résolut de secourir Salces avant que les ennemis fussent retranchés devant la place. Pour exécuter ce dessein, il assembla en diligence la noblesse et les milices du pays, où tout le peuple est armé et s'exerce les jours de fêtes à tirer. L'autorité du Prince et du Maréchal, gouverneur de la province, fit
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qu'en quinze jours il se trouva quinze mille hommes de pié de milices et deux mille gentilshommes à Sigean , oià étoit encore notre rendezvous. Ces forces, avec les troupes de l'armée, faisoient vingt-deux mille hommes d'infanterie et quatre mille chevaux. Le Prince, après les avoir vus en bataille, les fit marcher vers Leucate au commencement d'octobre. L'on campa ce jour-là près de Leucate, et le lendemain on s'avança par les montagnes pour gagner celles qui sont au-dessus de Salces. Le régiment de Normandie avoit l'avant-garde, et nous arrivâmes sur les trois heures à portée de voir ce qui se faisoit au camp des ennemis. Leurs retranchemens n'étoient point encore en état, et même il y avoit un endroit près du pié de la montagne où deux escadrons pouvoient entrer de front dans le camp, les lignes n'y étant pas encore jointes. L'on mit notre avant-garde en bataille sur le haut de la montagne , pendant que les ennemis s'y mettoient dans la plaine, mais en gens étonnés. L'on voyoit courir les chefs de côté et d'autre, et des bataillons et des escadrons quitter des postes, puis les reprendre, comme ne sachant ce qu'ils faisoient.
Nous découvrions beaucoup de poussière sur le chemin de Perpignan, et sûmes depuis que c'étoient leurs bagages qu'ils commençoient à y faire filer, jugeant qu'ils ne pourroient nous empêcher de secourir Salces. Le sieur d'Espenan étoit déjà monté à cheval pour nous recevoir. Le maréchal de Schomberg, qui étoit à la tête de l'avant-garde, alla trouver le prince de Condé , et lui dit que s'il approuvoit qu'il donnât sur-le-
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champ avec elle , il répondoit de la défaite des Espagnols; et afin de prouver ce qu'il avançoit, il le mena en lieu d'où il pût voir leur étonnement. Le Prince répondit qu'il croyoit ce que nous avions là de monde capable de battre les ennemis, mais qu'il ne falloit pas entreprendre avec hasard et perte ce que l'on feroit sans combat quand toute l'armée seroit arrivée, et qu'en attendant au lendemain matin le succès étoit infaillible. Tous ceux qui étoient présens conclurent avec le Prince qu'il seroit impossible aux Espagnols de nous résister, vu même que l'on savoit que leur cavalerie se rafraichissoit dans les montagnes à plus de dix lieues de Salces. L'on ne songea plus qu'à se reposer jusqu'au lendemain. Le soir toutes les troupes arrivèrent. Le maréchal de Schomberg et le duc de Saint- Simon', général de la cavalerie, soupèrent à notre tête avec nous, n'ayant amené aucun bagage non plus que le reste de l'armée. Le temps Kit clair et tout-à-fait serein jusqu'à une heure de nuit, qu'il commença à pleuvoir avec une telle violence que l'on n'avoit jamais vu chose pareille en ce pays ; outre cela , le vent et les éclairs nous incommodoient autant que la pluie. Nous cjtions sur des montagnes pleines de rochers, et si nues qu'il n'y avoit ni arbres ni maisons à plus de deux lieues de nous, hors à Salces. De plus, la plupart n'avoient point apporté de manteau , tant la beauté du temps nous
1. Claude de Rouvroy, duc de Saint-Simon depuis le mois de janvier 163$. Il avoit été le favori du roi, et il fut !e père de l'auteur des Mémoires.
avoit trompés, et nous n'avions tous que des habits d'été, à cause de la chaleur du climat; aussi ce déluge nous mit fort en désordre. Sa violence faisoit espérer qu'il ne dureroit pas; mais quand on vit que la pluie augmentoit toujours, chacun commença à craindre. Pendant la nuit nous voyions des feux au haut des piques de nos soldats, à-peu-près comme des vers luisans. Je crois que cela venoit de cause naturelle, mais beaucoup ne laissoient pas de s'en étonner. Nous attendions le jour avec impatience, mais sa venue ne nous consola point, la pluie augmentant toujours, et n'y ayant dans Tarmée ni un mousquet en état de tirer, ni un homme qui ne fût à moitié noyé et transi de froid. Nous voyions les ennemis dans leurs tentes, à la réserve des ^escadrons et des hommes détachés qui étoient de garde. Le mauvais temps augmentant toujours, le sieur de Lecques proposa de faire donner tout le monde l'épée à la main; mais la connoissance que l'on eut que les armes des Espagnols étoient à couvert avec eux , jointe à l'abattement dans lequel le froid et la pluie avoient jeté nos soldats, firent juger que nous aurions trop de désavantage dans ce combat.
Après midi, la noblesse et les milices, voyant toujours augmenter la pluie sans qu'il y eût de bois pour se chauffer, ni nul couvert, commencèrent à se retirer par les montagnes dans les villages les plus proches, abandonnant même leurs piques ou leurs mousquets. Bientôt beaucoup de cavaliers, soldats et officiers des troupes n'en pouvant plus, firent la même chose, ce qui engagea le prince de Condé à se retirer aussi
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avec son canon. Le maréchal de Schomberg resta à notre tête pour couvrir la retraite. Comme nous commencions à quitter le haut de la montagne , deux escadrons des ennemis y montèrent, et voulurent s'emparer d'un de nos canons qui étoit embarrassé dans des pierres, mais un escadron de cavalerie qui nous étoit resté alla si résolument à eux qu'ils se retirèrent. Nous marchâmes ensuite sans obstacles jusqu'au plus prochain village , qui étoit à deux lieues de là , dans les montagnes. Notre régiment, qui étoit de mille deux cents hommes avant la pluie, ne se trouva pas de deux cents en arrivant au quartier. Le mauvais temps dura jusqu'au lendemain matin, et l'armée étoit tellement dissipée que l'on ne put rassembler six mille hommes. Tous les miliciens et la plupart des gentilshommes s'étoient retirés chacun chez soi, et un grand nombre de soldats des troupes se trouvoient si écartés que l'on n'en avoit aucunes nouvelles. Je crois que c'a été la première armée défaite par la seule pluie. Après ce faciieux accident, le prince de Condé nous envoya dans des quartiers, pendant qu'il alla à Narbonne essayer de rassembler les débris des troupes du pays. Il fut près d'un mois à employer tous ses "soins et son crédit pour se remettre en état d'aller aux ennemis, car la perte d'une bataille ne nous eût pas tant coûté que cette pluie.
Le prince de Condé, ayant ordre de secourir Salces à quelque prix que ce fût , nous assembla encore à Sigean, au nombre de douze mille hommes de pié et de trois mille chevaux, et nous fit avancer près de Leucate, d'où nous^
partîmes le jour de la Toussaint pour aller camper dans les montagnes, et le lendemain 2 novembre, jour des Morts, nous fûmes nous mettre en bataille sur la hauteur au-dessus de Salces. Pendant le mois employé à rétablir les troupes , les Espagnols avoient rendu très-bons leurs retranchemens , qui étoient si élevés que l'on n'y pouvoit monter sans échelle; ils avoient creusé des fossés larges et profonds , construit des redoutes de cent en cent pas , un fort au pié de la montagne, vers la forteresse, un autre près de Tétang, et entre eux un troisième en forme de tenaille , excellent et qui défendoit l'espace entre les retranchemens et les montagnes , seul endroit par où on pouvoit attaquer, parce que pour prendre les Espagnols de l'autre côté, il auroit fallu faire un grand détour et se mettre entre Perpignan et leur camp, qui étoit aussi bien retranché dans cette partie, sans que les troupes que Ton y eût envoyées eussent pu seconder celles du lieu où nous étions, ni en être aidées, et sans qu'elles pussent se sauver, à moins que de forcer les ennemis, à cause du grand circuit qu'il auroit fallu prendre et de la difficulté des montagnes. On se détermina donc à n'attaquer qu'entre l'étang et la montagne au-dessus de Salces.
Le marquis de Spinolaavoit, dès le commencement du siège, attaqué la place fort vigoureusement; mais le sieur d'Espenan s'étoit si bien défendu , et lui avoit tant tué de monde en plusieurs sorties, et si bien gardé le fossé par les hommes qu'il y avoit retranchés , qu'il n'avoit pas été possible aux assiégeans d'y faire de descente.
Cette opiniâtre résistance fut cause que le Marquis , après avoir employé un mois en travaux et attaques inutiles contre les assiégés , voyant sa circonvallatiôn en état d'empêcher le secours, ne songea plus qu'à les prendre par famine, et ayant retiré son canon des batteries , le mit dans les forts qui défendoient ses lignes, ce qui étoit fait lorsque nous parûmes sur les montagnes. Cette seconde fois, l'armée ennemie étoit de douze mille hommes de pié et de deux mille chevaux , et , s'étant mise en bataille entre l'étang et la montagne au-dessus de Salces, il y avoit tout le long des lignes et dans les forts triples rangs continus d'infanterie, et derrière toute la cavalerie. Les Espagnols n'avoient laissé que de simples gardes dans le reste de leur circonvallatiôn, sachant que nous n'avions point de troupes du côté du pays, et qu'il n'y en pouvoit descendre sans qu'ils les vissent, et eussent du temps de reste pour leur en opposer.
Nous découvrîmes les ennemis du haut de la montagne, dans la situation que je viens de décrire, et qui fit juger impossible de les forcer.' Néanmoins le prince de Condé , qui avoit ordre de la Cour de secourir la place , craignant , s'il ne hasardoit rien, que le cardinal de Richelieu ne prît ce prétexte de le perdre, résolut de faire donner l'infanterie de l'avant-garde , avec dessein, si les Espagnols s'étonnoient et que les lignes s'emportassent, de la soutenir du reste de l'armée; mais que si, comme il y avoit apparence, elle étoit repoussée, il seroit en mesure avec la cavalerie et l'infanterie de l'arrière-
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garde d'empêcher les ennemis de défaire les troupes qui auroient attaqué, et de se retirer ensuite sans risque, à cause de l'avantage des montagnes. Ayant communiqué ce projet au maréchal de Schomberg, au vicomte d'Arpajon, aux sieurs de Lecques et d'Argencourt, nous eûmes ordre de donner avec l'avant-garde , composée de six mille hommes. Nous choisîmes l'attaque du milieu, à la tenaille dont j'ai parlé, comme le point le plus périlleux et le plus utile à emporter.
Deux autres régimens furent chargés d'attaquer les lignes sur notre droite et notre gauche ; le régiment de Navailles et deux autres, le fort et les lignes près de l'étang; enfin le régiment de Languedoc avec encore deux autres, le fort et les lignes au pié de la montagne près de Salces. Tous ces ordres furent donnés à une heure après midi. L'on fit avancer deux pièces de canon au milieu de la descente de la hauteur, pour tirer dans la tenaille.
Nous allâmes, le sieur d'Espanelle et moi, dire au maréchal de Schomberg que s'il vouloit faire descendre le canon au bas de la montagne, cela favoriseroit extrêmement notre attaque. Il repartit avec un visage affligé du péril où l'on nous alloit mettre inutilement, que ce n'étoitpas l'intention du prince de Condé. Nous jugeâmes alors qu'on ne vouloit hasarder que nous , et résolûmes de mourir de bonne grâce. Nous avions presque tous, le jour d'auparavant, fait ce que les chrétiens ont accoutumé de faire quand ils vont à des actions si périlleuses; mais j'avois dans l'esprit un scrupule qui m'embarrassoit :
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c'est que le sieur de Soion', lieutenant dans notre régiment, et neveu de Guitaut^, depuis capitaine des gardes de la Reine , avoit quelque temps auparavant reçu un soufflet d'un de nos capitaines très-brave, appelé du Tue ^ , et avoit ensuiteété contraintpar lemaréchal de Schomberg de s'accorder; mais n'étant pas content, il me pria, comme son intime ami, de le servir contre du Tue, sitôt que nous ne serions plus sous la charge du Maréchal. Je le lui avois promis avec joie, et nous attendions la fm de la campagne pour vider cette affaire, qui m'inquiéta fort dans l'occasion hasardeuse oià nous étions, parce que j'ai toujours eu grande vénération pour la religion, quoique grand pécheur. Je ne parlai pas néanmoins de mon embarras à mon ami, me contentant de lui dire tout haut devant son ennemi, que dans la circonstance il ne falloit songer qu'à bien servir le Roi et le public.
Notre bataillon étoit de huit cents bons soldats et de trente-cinq officiers, desquels on commanda les deux capitaines, lieutenans et enseignes de tour pour la garde de fatigue de se tenir à la queue de la troupe pour empêcher que nul soldat se débandât. L^on détacha deux capitaines, deux Heutenans et deux enseignes,
1 . Ou Soyon. Quel lien de parenté avait-il avec mademoiselle de Soyon, fille d'honneur de Madame, qui entra chez les Carmélites pour échapper aux poursuites du duc d'Orléans, en sortit après la disgrâce de l'abbé de la Rivière et eut part au gouvernement de la petite cour du Luxembourg r Mém. de madame de Motteville.