octobre
3. Ils étoient cinq : deux princes, François-Hyacinthe, qui mourut l'année suivante ; Charles-Emmanuel II ; et trois princesses.
124 MÉMOIRES DE CaMPION.
gouvernât à leur préjudice, et ayant dans toutes les guerres précédentes pris le parti de l'Espagne contre la France, quoique le Duc, leur frère, eût fait une ligue offensive et défensive avec le Roi, résolurent, voyant les choses changées , de tenter toutes sortes de voies pour mettre le Piémont et la Savoie dans leurs intérêts; et afm d'y mieux réussir, le cardinal quitta Rome, oùilétoit, pour venir en Piémont, où le prince Thomas se rendit aussi de Flandre, où il commandoit une armée, dans l'objet d'essayer de se rendre maître du pays, quoiqu'il y eût des troupes françoises pour fortifier le parti de Madame Royale , car c'est ainsi qu'on l'appeloit. Il y avoit garnison françoise dans la citadelle de Turin et dans Casai, et tout le Montferrat étoit occupé par les forces du Roi, aussi bien que Pignerol, excellente place à la sortie des Alpes, du côté d'Italie, et qui donne la liberté du passage des monts à celui qui en est en possession. Nonobstant les avantages de Madame, les Princes ses beaux-frères ménagèrent si bien la noblesse et le peuple du Piémont, qu'ils les attirèrent la plupart à leur parti, particulièrement les habitans de Turin, capitale du pays. Lorsqu'ils se virent en état d'éclater, ils les firent armer avec tant de promptitude, que tout ce que purent faire deux mille François qui y étoient en garnison , fut de prendre aussi les armes pour favoriser la retraite de Madame et de ses enfans dans la citadelle, où ces troupes se jetèrent ensuite pour la défendre.
Les Princes, devenus maîtres de la ville, assiégèrent la citadelle. Le cardinal de la Valette,
Année 1640. 125
commandant de l'armée françoise en Piémont, ne se trouvant pas en état de réprimer leurs desseins, Ton y envoya le duc de Longueville avec les troupes qu'il commandoit du côté de la Franche-Comté. Ces deux généraux, s'étant joints, marchèrent droit à Turin , et après avoir fait lever le siège de la citadelle, donnèrent un assaut à la ville par l'esplanade qui la sépare de la citadelle, où il n'y avoit nulle fortification ; mais les Princes se défendirent si bien que les nôtres furent repoussés avec grande perte. L'on fit ensuite retirer Madame et sa famille à Chambéri, en Savoie, pour y attendre les événemens de la guerre. Les généraux, après avoir laissé le sieur de Couvonges ' dans la citadelle, avec une forte garnison et les munitions nécessaires, allèrent attaquer d'autres places révoltées, étant alors maîtres de la campagne. Mais pendant ce temps, c'est-àdire en 1639, le duc de Weimar étant mort de maladie en Allemagne ^, le Roi donna le commandement de ses troupes au duc de Longueville , qui par cette raison fut contraint de quitter le Piémont. Peu après le cardinal de la Valette mourut 3, et cet accident mit les affaires du Roi et de Madame Royale en grand désordre en Italie. L'on y envoya au commencement de 1640, avec le titre de général, le comte de Harcourt^, auquel on donna, pour commander la cavalerie, le vicomte de Turenne, maréchal de camp, et