Enseignes
2. La Gazette ne rapporte pas le mot du comte d'Harcourt ; mais elle parle ainsi de la mousquetade : « Le comte de Harcourt reçut une mousquetade dans son chapeau qui le perça à l'endroit du cordon ; mais il n'eut que les cheveux brûlés et la peau effleurée. »
3. ((Le chevalier du Repaire ayant eu la cuisse rompue d'une mousquetade, le baron de la Croix prit sa place et fit si bien agir le régiment que ceux qui en avoient été détachés se rendirent maîtres de la redoute. » Gazette. Serisi •étoit déjà capitaine en 1617.
Année 1640. M9
joints , se trouvèrent si pressés par leur grand nombre, qu'ils ne se pouvoient défendre. Cet inconvénient et l'épouvante les obligèrent a demander quartier. Nous primes tous ks officiers, et le commandant se rendit à moi; mais craignant qu'on ne le tuât dans la presse, )e le tis monter sur le parapet, d'où un de nos soldats le poussa malicieusement dans le fosse. Les nôtres lui donnèrent force coups après sa mort, sans que je le pusse empêcher, ce qui me donna un déplaisir très-sensible. Le comte de Harcourt nous crioit toujours que l'on ne fit point de quartier ; mais on ne laissa pas de sauver les officiers. Quand aux soldats, on les obligea de sortir de la redoute, et il les fit tailler en pièces par sa cavalerie. Comme on lestioit, un de nos capitaines, appelé Charompré ', en voyant un tout sanglant qui, échappé à quatre ou cinq soldats, essayoit de se sauver, courut l epee a la main pour leur faire lâcher prise; le comte de Harcourt, poussant en même temps son cheval de ce côté, le capitaine s'arrêta, lui supposant la même intention; mais le comte aborda ce misérable, qu'il acheva en lui abattant la moitié de la tête. Cette action, que je ne vis pas, mais que l'officier me raconta presque aussi-tot, nous parut indigne d'un Prince de si haute réputation. Je sais bien qu'il s'excusoit d'avoir tait tuer ces malheureux sur ce que le prmce Thomas étoit encore en bataille devant nous ; mais
I Roussel ne le nomme pas ; mais nous voyons dans Ja Gazette extraord. du i8 décembre, qu'il prit part aux operations du siège de Tortone en 1642.
140 MÉMOIRES DE CaMPION.
l'acte que je viens de rapporter ne pouvoit partir que de pure cruauté. Le prince Thomas étoit toujours dans la prairie à la vue de nos redoutes, mais sans oser tenter une nouvelle attaque avant l'arrivée des Espagnols, parce qu'il croyoitque notre armée entière étoit là, quoique, jusqu'après la reprise de la dernière redoute, il n'y eût d'infanterie que notre régiment; mais' incontinent après, les Gardes arrivèrent, et ensuite toute l'armée. Le jour augmentant, le prince Thomas crut devoir se retirer, de peur de notre canon, et parce qu'il ne voyoit point paroître le marquis de Léganès, dont nous découvrîmes un quart-d'heure après l'avant-garde qui commençoit à descendre les coUines; mais quand les Espagnols nous virent en bataille près de notre pont et les Piémontois retirés, ils firent la même chose; ce qui leur fut facile, à cause des bois et des hauteurs.
Le lendemain, le prince Thomas, n'ayant plus de fourrages et que fort peu de vivres, parla de capituler; ce qu'il fit au bout de quelques jours, et il obtint une composition telle qu'il voulut. Je le vis sortir de la place à la tête de quinze cents chevaux et de quatre mille hommes de pié. Le comte de Harcourt et lui s'embrassèrent tout à cheval. Nous le saluâmes de la pique, comme s'il eût été notre général. Il se retira à Ivrée, qui étoit encore à lui, aussi bien que Villeneuve d'Asti et plusieurs autres places. Turin se rendit le 24 septembre, après six mois de siège ou plutôt de blocus • . Le régiment des Gardes et le nôtre