Jacques de Souvré, commandeur de Malte
2. François-Réné du Plessis de la Roche Pichemer, marquis de Jarzé ou Jarzay, capitaine des gardes du corps du roi depuis la disgrâce du comte deCharost, le 19 août 1648.
3. Le 18 juin 1649, le duc de Beaufort étant entré dans le jardin de Renard, où alloit se mettre à table ie marquis de Jarzay avec plusieurs gentilshommes du parti du roi, prit la nappe et la renversa. Cette aventure a fourni le sujet de cinq ou six pièces assez m.édiocres aux poètes et aux pamphlétaires de la Fronde.
Année 1649. 245
son serviteur, mais que je ne m'amuserois point à éclater en plaintes , trouvant cela foible et inutile; étant d'ailleurs résolu de ne parler jamais de lui , et d'essayer de m'ôter le souvenir de l'avoir connu. Je crois que ceux qui liront ce que je viens d'écrire avoueront que j'ai été mis à la plus rude de toutes les épreuves. Ce sera à eux à juger si je m'en suis tiré comme j'ai dû, n'étant pas juste que je décide de mes propres actions ; aussi m'en rapportai-je au jugement des gens d'honneur et de vertu.
Je revins chez moi, oij j'appris, l'hiver, que mon frère s'étoit attaché entièrement au duc de Longueville, aux intérêts de qui je me liai aussi, ayant toujours eu pour lui une inclination particulière, depuis les deux campagnes que j'avois faites sous ses ordres. Je sus peu de jours après que le Duc avoit été arrêté chez le Roi avec les princes de Condé et de Conti, et conduits tous trois au château de Vincennes". Comme les causes de leur détention ne sont pas de mon dessein, qui n'est que d'écrire les choses où j'ai eu part ou dont j'ai été témoin , et que je n'ai pas la pensée de composer une histoire, je me contenterai de dire que pendant la prison du duc de Longueville je me tins toujours prêt à le servir, me trouvant oia il étoit nécessaire pour cela, notamment à Rouen lorsqu'on le mena au Havre avec les autres Princes, pour examiner avec les plus zélés pour ses intérêts s'il y avoit lieu d'attaquer les troupes qui les conduisoient. Le sieur de Bertheville, son capitaine des Gardes, sait
j. Lei8 janvier 1650.
246 MÉMOIRES DE CaMPION.
que notre assemblée se tint chez lui et en sa présence.
Je passai le temps chez moi avec une grande douceur, avec ma femme et mes voisins, avec qui j'ai toujours été bien, m'occupant une partie du temps à la lecture, ou à jouer avec ma fille, qui, malgré son bas âge, étoit si divertissante que ceux qui la voyoient y prenoient un plaisir extrême, et moi plus que tous ensemble. Je ne parlerois pas de ces choses, que beaucoup trouveront indignes d'être écrites, si la perte que j'en ai faite depuis, et dont j'ai pensé mourir de déplaisir, ne me faisoit chercher cette consolation que l'on ne me doit point envier. Si l'on croit que c'est par innocence que j'ai des sentimens si tendres, peut-être me fait-on tort; mais je cherche si peu à présent l'approbation générale, que je ne me donnerai pas la peine d'ôter cette impression à ceux qui la voudront prendre, et ne laisserai pas de parler à ma mode de ce que j'ai eu et aurai toujours de plus cher.
Les Princes sortirent de prison treize mois après y avoir été mis ' , et furent rétablis dans toutes leurs charges et gouvernemens. Le duc de Longueville acheta peu de temps après la charge de major au gouvernement de Rouen, pour la donner à mon frère , dont il étoit et est encore très-satisfait. Il l'a toujours possédée depuis, et l'exerce avec l'estime générale de la ville. Le Duc me promit la lieutenance-colonelle de son régiment d'infanterie qu'il vouloit mettre sur pié ; mais il fut plus d'un an sans réaliser ce projet.