LETTRE L
l me semble qu'un compliment de votre part sur mon mariage, comme m'ont fait tous les autres, est plus injurieux qu'obligeant , vu notre étroite amitié; vous pensez peut-être qu'en me témoignant la part que vous prenez à ma joie et louant le choix que j'ai fait, je vous remercierai de vos bontés, et vous exagérerai les avantages du bien et de la personne que j'ai épousée. J'avoue que j'en use de cette manière avec la plus grande partie des autres ; mais je ne changerai point de méthode avec vous, ne croyant pas qu'il faille cesser d'avoir un bon ami parce que l'on a une femme ; ce n'est pas que je vous en puisse dire d'autres nouvelles,
I. Extrait du volume intitulé : Recueil de Lettres qui peuvent servir à l'histoire et diverses poésies. A Rouen, aux dépens de l'autheur, par Laurens Maurry, imprimeur et libraire, rue aux Juifs, près le Palais. M. DC. LVII. In-12.
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sinon que je suis fort satisfait depuis huit jours que j'ai goûté du sacrement; mais je ne vous réponds pas de la continuation, et quand elle seroit de mauvaise humeur , elle ne le témoigneroit pas à un homme de vingt ans qui ne lui fait rien souffrir qui ne mérite plutôt des remercimens que des injures; de vous dire même si j'ai bien ou mal fait, ce n'est pas à moi d'en juger ; du côté de l'intérêt, Madame la Comtesse menace de lui ôter une terre qui fait la principale partie de son bien', mais M. le Comte témoigne de l'inclination pour moi , quoique je ne sois appuyé de personne auprès de lui : le temps décidera l'affaire; cependant je sais que c'est un marché hasardeux : vous y avez passé, ainsi vous en pouvez parler plus pertinemment que moi ; en attendant la saison d'en juger, je vous puis assurer que la joie est grande dans la maison. Je voudrois être aussi certain de la durée que vous le devez être de celle de mon amitié 3.
A Paris , ce 9 février 1 6 3 1 .
1. La baronnie de Gany, à six kilomètres de Vernon. Le comte de Soissons lui en donna la ratification en 1636; mais après la mort du prince , elle lui fut retirée , s'il faut l'en croire , par le fait ou par l'influence de la duchesse d'Aiguillon. Comment?
2. Dans les Entretiens sur divers sujets d'histoire, de politique et de morale, le septième, qui a pour titre Du mariage, Apiste ''Du Tronée, beau- frère d'Alexandre de Campion) dit : « Je suis assuré qu'Ézicrate nous va facilement prouver que nous devons non-seulement les appeler îles femmes) dans notre société et dans nos délibérations, mais nous abandonner même entièrement à leur conduite. » Et Ézicrate 'Alexandre de Campion.. répond ; « Je suis d'avis que ce soit le plus sage qui conduise l'autre. »
d'Alex, de Campion. 285