LETTRE VU
Enfin, M. le Comte va commander une armée en Lorraine, et quoi que tous les arrière-bans passent pour aller trouver M. d'Angoulême et M. le maréchal de la Force, elle sera de sept ou huit mille hommes ; cela donne beaucoup de joie à ses serviteurs, qui se persuadent que par ce moyen il se fera valoir : et l'on a lieu de l'espérer, vu le changement de son humeur, étant devenu si civil et si obligeant qu'il commence à se faire beaucoup de créatures ' . Ce procédé fait croire à la plupart que ceux qui l'ont gouverné par le passé lui conseilloient de ne se point familiariser, afm que personne ne pût l'entretenir contre leur intérêt. Il a tant de peur de tomber dans le même inconvénient , que le meilleur moyen de ruiner un homme auprès de lui seroit de lui témoigner qu'il prétendroit le gouverner; cette aversion va dans un tel excès, qu'il est en garde avec tous ceux qui l'approchent : toutefois, comme il prend la plupart de ses résolutions de lui-même, après avoir conféré avec ceux qu'il croit dans ses intérêts, ayant beaucoup de sens, il y a apparence qu'il se formera si bien l'esprit,
I . Tallemant des Réaux lui rend le même témoignage : « Il étoit devenu bien plus civil depuis qu'il commanda en Picardie. » Historiette de mademoiselle de Senneterre et son frère.
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qu'il deviendra un grand homme. C'est le souhait que je fais, quoique j'y paroisse peu intéressé; car si ce n'est quand je joue avec lui , il ne me parle jamais de rien. Vos lettres sont la meilleure partie de mon divertissement, et je crois que vous me faites assez de justice pour en être persuadée.
De Châlons, ce 2 septembre 163 j.
A LA MEME