VI PRÉFACE
Non. s;nis douio ; mais lorsque dans ce berceau (lorl un <;énie prédestiné, on aime à y chercher les présages de la gloire.
M. de Lamai'line écrivait ces Mémoires inédits à cet âge où nos plus lointains souvenirs deviennent les plus présents et ont pour nous le plus d'attrait. De là cette fraîcheur qu'on respire dans ces pages, tombées cependant d'une main fatiguée, pleine de travaux et de jours. On dirait qu'un rayon du matin les colore: à peine y aperçoit-on la trace des chagrins qui ont accablé la lin d'une grande vie. Si le génie poétique y brille d'un moins vif éclat que dans linpJiaël ou dans les Confidences, en revanche la grâce, l'enjouement, et ce qu'on pourrait appeler une bonhomie supérieure, y l'épandeiil un charme i)arliculii r, plus intime et plus pénétrant. L'homme s'y révèle Miiriix dans Tabandon de l'écrivain; on y sent, dans la vérité des sentinuMits , la lidélité des souvenirs; limagination semble ne s'être
PREFACE. . vu
repliée que pour laisser ici plus de place à la mémoire, dans cet automne de la vie où, pour emprunter une image au poëte lui-même, fd les feuilles tombent sur les racines. »
Là est pour nous le véritable intérêt de ce livre. L'homme politique, le grand écrivain populaire ont achevé leur rôle dont le siècle a été rempli ; on ne les voit plus que de loin illuminer d'un reflet de gloire la retraite du poëte et ses souvenirs. Ce qui reste de Lamartine, au soir d'une vie si pleine de pensée et d'action, et ce qui paraît ici, c'est l'homme lui-même : le Lanjartine originel, tel que l'avaient fait avant son génie ses qualités de race et son éducation première, la nature de son pays et les traditions de sa famille; tel qu'on le retrouvait et qu'il se retrouvait chez lui à Monceau ou à Saint-Point, revivant ses souvenirs et les racontant parfois, d'une lèvre souriante et d'un cœur ému , au cercle d'amis qui l'entourait. Ceux qui l'ont entendu croiront l'entendre encore. Ils le rêver-
VIII PHEFACK.
l'on! (Ml t'spi'it, assis a son foyer ou sous les arbres de son jardin, parlant du passé comme un vieillard d'Homère, ou comme un inmiortol qui se plaît à remonter le cours du temps sans se soucier de sa fuite. Ceux qui ne l'ont pas Mi dans Tintimité apprendront à connaître un Lamartine familier ; gentilhomme cami)ajj;nard, agriculteur et vigneron, comme il nous peint son père; ayant gardé, à travers les vicissitudes, les gloires et les orages de sa vie, 1 amour du sol natal, le culte du foyer, les affections et les respects de sa jeunesse. C'est le fond de sa nature qui reparaît vivant dans ces Mémoires. Lamartine a rempli de son génie tous ses livres : il n'a mis nulle part autant de son cœur.
Les éditeurs n'ont cru devoir faire au manuscrit qu'un très-petit nombre de corrections, qui s'offraient pour ainsi dire d'elles-mêmes, et que l'auteur n'eut pas manqué de faire s'il eut revu son ouvrage. Ils auraient craint d'alté-