AI ÉMOI K ES
S'ils vous doimcnf. des i-onseils utiles, au lisque de vous déplaire pour le moment;
S'ils vous avertissent de vos fautes;
S'ils vous portent de tout leur pouvoir à l'amour de vos devoirs ;
S'ils emploient tout leur crédit auprès de vous, à entretenir l'union qui doit régner entre vous, et à vous confirmer dans la pensée que votre principal devoir est de faire le bonheur de votre père et de votre mère, que la félicité de votre vie est attachée à les chérir toujours, à les consulter en tout, à ne leur rien cacher, à avoir en eux une confiance intime et particulière, et enfin à vivre dans la plus tendre union avec vos frères et votre sœur. Si vous trouvez des amis qui agissent et parlent ainsi, vous pourrez leur donner votre confiance. Vous en trouverez peu de cette sorte ; mais tous ceux qui se conduiront autrement ne mériteront pas le nom d'amis : et si vous rencontrez des gens qui, directement ou indirectement, cherchent à diminuer la tendresse que vous devez à monseigneur ou à madame, soyez sûrs qu'ils n'auront aucun sentiment vrai pour vous, et qu'ils seront infiniment méprisables et dangereux. Si vous
trouvez des amis dignes de vous, vous leur devrez tous les services que vous pourrez leur rendre sans fiiire d'injustices à d'autres. Vous leur devrez de les prévenir dans ce qu'ils pourroient raisonnablement désirer. A ous leur devrez de vous occuper de leur avancement, outre les grâces que vous pouvez leur accorder par vous-même d'en demander pour eux à la cour, et avec une vive chaleur et une grande persévérance. Il faudra ensuite vous intéresser à tout ce qui les concernera, et en même temps que vous leur témoignerez de la confiance paroitre désirer la leur, c'est-àdire , les questionner avec intérêt sur leurs affaires, sur leurs sentimens, et les faire parler d'eux autant que vous leur parlerez de vous. Si vous ne paroissez les aimer que pour en être écoutés, vous aurez des confidens , mais vous n'aurez point d'amis. C'est pourquoi en général les princes n'en ont point. Je ne parle point des soins tendres que vous devrez à vos amis quand ils seront malades , ou dans l'affliction , cela va sans dire. Voilà ce qu'il faudra être pour vos amis intimes, c'est-à-dire, poiir un ou deux hommes. Outre ces amis véritables, vous pourrez encore avoir quelques liai-
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sons , auxquelles dans le monde on donne le nom d'amitié, mais qui ne sont, au vrai, que des liaisons de société. Il y a encore des devoirs pour ces liaisons, mais ils sont très-subordonnés à ceux de la véritable amitié : ces devoirs consistent à rendre quelques services, et à montrer dans toutes les occasions un air d'intérêt et une estime constante. Je trouve que si vos frères avoient véritablement à se plaindre de quelqu'un qui n'auroit point été votre ami , vous devriez à vos frères de ne pas former une liaison particulière avec cette personne. Mais si vous aviez une amitié toute formée pour quelqu'un , et qu'un de vos frèresi prit de l'éloignement pour cette personne, ce ne seroit pas une raison de rompre avec elle, à moins que la personne n'eût eu un procède décidément mauvais pour votre frère, ou bien qu'elle ne cherchât à vous désunir et à vous brouiller avec votre frère; comme dans l'un ou l'autre cas elle feroit une chose méprisable, elle ne seroit plus digne alors de votre amitié. Sans cela vous ne devez pas perdre un ami, parce que sa société cesseroit de convenir à vos frères; vous devez faire cette convention entre vous, parce qu'elle est extrêmement raison-
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uable. INIais si Moiisei.<];neur ou INIadamc se brouilloit avec un de vos amis, vous devriez; cesser de le voir, à moins qu'ils ne vous ordonnassent le contraire. Certains que Monseigneur et jMadame ont trop d'expérience et de raison pour agir par fantaisie, par prévention ou par caprice, vous ne pouvez douter quand ils prendront de l'ëloignement pour quelqu'un qu'ils n'en aient d'excellentes raisons , et leur conduite à cet égard doit régler la vôtre et fixer votre opinion. Vous ne devez point souffrir que l'on accuse sans preuves, en secret auprès de vous , vos amis de quelque tort envers vous, Défiez-vous de toute personne qui cherchera à vous dire du mal de vos amis : la basse envie est presque toujours le motif de ces délations, et quand elles ne sont point appuyées de preuves positives , on doit les mépriser , et imposer silence , par un air de froideur et de parfaite incrédulité, à ceux qui font ces noirceurs. Mais, enfin, si l'on vous disoit que votre ami a un tort, et qu'on vous en donnât des preuves, quelque grand que fût ce tort, quelque positives que vous parussent les preuves, vous manqueriez à tous les devoirs de l'amitié, si sur cela seul vous
VOUS décidiez a vous éloigner de votre ami. Ce qui paroit une preuve certaine, peut n'être qu'une illusion on une imposture ; voilà ce qu'une âme sensible doit se dire quand on accuse et qu'elle aime : ainsi , avant de prendre un parti, vous devez avoir une explication franche et claire avec votre ami, car ce n'est qu'ainsi qu'il peut se justifier, et vous vous rendrez coupables si vous ne lui en fournissez pas tous les moyens qui dépendent de vous. Si dans cette explication il se justifie, vous avez le bonheur de conserver un ami que ce procédé vous attachera j)lus fortement encore; s'il ne peut se justifier, alors, sans éclat et sans scène , vous vous éloignerez peu à peu de lui , et de cette manière vous le pourrez sans injustice. Voilà, mes enfans, les principaux devoirs de l'amitié. S'ils sont si étendus, jugez donc de ce qu'on doit à ses frères, qui sont des amis bien plus chers et bien plus vrais que tous ceux qu'on peut • former dans le monde; jugez donc de ce qu'on doit à un tendre père, à une tendre mère, qui sont bien véritablement nos premiers amis , et les seuls qu'on puisse croire aveuglément en toutes choses !
l)K LA SÛRETÉ DANS LA SOCIKTK.
Elle consisle, non-sculcmontà garder avtr une inviolable {Idélité les secrets qui nous sont confiés, mais à ne rien répéter de ce qui se dit dans une société un peu particulière , c'està-dire, de gens qui vivent souvent ensemble; et même, si dans un cercle nombreux quelqu'un disoit quelque chose d'inconsidéré, ou une méchanceté sur un autre, on ne doit ni citer la chose en nommant la personne, ni même citer le propos sans nommer. Si ce propos fait du bruit et que, sachant que vous étiez présens quand il a été tenu, on vous interroge, il faut absolument refuser de répondre, et dire que vous ne voulez point être mêlés dans des tracasseries; et que par conséquent vous ne répondez point à de pareilles questions. Si vous voyez des trahisons ou des perfidies , il faut n'y tremper en rien; les détester au fond du cœur; mais ne point vous mêler de faire avertir ceux que Ton trompe , à moins que ce ne soient des personnes qui vous seroient extrêmement chères : sans cela , croyant rendre des services, vous feriez mille tracasseries.
On ne peut avoir de sûreté dans la société, quand on est ou bavard , ou moqueur , ou médisant, parce que le bavai^d, afin de parler, dit mille choses inconsidérées et compromet tout le monde; que le moqueur, pour faire une mauvaise plais.interie , fait souvent des méchancetés et des indiscrétions; et que le médisant répète le mal qu'il sait des autres , ce qui est très-condamnable et très-haïssab'le, et que déplus, même sans le vouloir, il calomnie fréquemment en répétant le mal qu'on lui a dit qui est toujours exagéré , et trèssouvent faux.
Souvent dans des momens d'humeur, il arrive qu'on parle légèrement des gens qu'on aime le mieux ; cela est excessivement condamnable , et j'espère que cela ne vous arrivera jamais ; mais il faudra l'excuser dans les autres , surtout quand vous serez sûrs qu'ils ont un bon cœur; de manière que si des personnes que vous aimeriez, et qui seroient aussi unies entre elles, avoient en votre présence de ces torts, vous feriez très-mal de les eïi avertir réciproquement : il faudroit au contraire les adoucir et employer votre crédit auprès d'elles, à prévenir une brouillerie, et
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faire tout ce (|iie vous pourriez pour les ra[)procher et les réunir, en leur cachant tout ce qui pourroit les aif^rir l'une contre l'autre. ^ oilà coîiHue il faudia vous conduire constamment, surtout dans l'intérieur de votre famille, avec vos frères, votre sœur et vos bellessœurs, etc.. Quand vous verrez quelque froid entre eux, ce qui, j'espère cependant, n'arrivera point, mais est possible, il faudra ne prononcer que des paroles de paix et de conciliation, et ne pas dire un seul mot qui put aigrir. On doit se conduire ainsi dans une société intime avec ses amis, à plus forte raison avec ses frères et sœurs, ce devoir alors est encore plus sacré. 11 y a encore une chose qui ôte beaucoup de discrétion , et par conséquent de sûreté dans la société, c'est la sotte vanité de vouloir paroitre instruit de tous les secrets des personnes avec lesquelles on vit. Il n'y a cependant rien de si sot, et qui fasse autant mépriser , que de trahir un secret , pour faire voir qu'on le sait. Il faut aussi, pour être sûr dans la société, se préserver d'une curiosité frivole , qui d'ailleurs marque toujours peu d'esprit; ces gens qui veulent savoir tout ce qui se passe et connoitre toutes les petites in-
trigues, sont très-oisifs et passent dans la société pour des esprits dangereux.
Vous voyez qu'il faut posséder beaucoup de qualités , pour avoir de la sûreté dans la société; «aussi la société fait-elle un si grand cas de cette vertu , qu elle compte pour rien toutes les autres vertus sans celle-là. Et rien n'est plus naturel, puisqu'en effet il n'y a point de vertu dont la société retire autant d'avantages. Ainsi , efforcez-vous donc de l'acquérir dès à présent, et de vous corriger de tous les défauts qui vous empècheroient de l'avoir.
INSTRUCTJONS SUR CE QU'ILS DOIVEiS'T AUX PERSOMINES EMPLOYÉES A LEUR ÉDUCATION.
Mo.xsEiGiN'EUR et Madame, dans les retraites et les bienHiits qu'ils accordent et qu'ils accorderont aux personnes qui ont été et qui seront employées à votre éducatioji , récompensent les soins dont vous èlcs l'objet; mais cette récompense, quelque noble qu'elle puisse être, loin de aous dispenser de témoigner votre reconnoissaiice particulière, est un excelleiit (>xemplc que leur vertu vous donne,
et (}ui doit augmenter eu aous le désir de vous acquitter personnellement quand vous le pourrez. Il est temps, mes enfans, que vous songiez avec détail de quelle manière vous devez payer un jour ces dettes sacrées pour un cœur sensible et reconnoissant. Je vous l'ai dit mille fois , mais puisque vous aimez ce Journal, que vous vous plaisez à le relire , je vais rassembler ici tous vos devoirs sur ce point. — Vous devez à tout ce qui porte le nom de Rochambeau quelques égards particuliers et des preuves d'intérêt. A madame des Rois ' de l'amitié et des services ; vous pourriez lui en rendre d'essentiels, en protégeant particulièrement son gendre, qui est d'ailleurs un très -bon sujet. Quand vous serez vos maîtres , vous vous informerez alors de la situation du moment de Prieur et de Nonon =; et s'il y manque quelque agré-
' Feu madame la marquise de Rochambeau a été gouvernante de MM. de Charti-es et de Montpensier , depuis leur naissance, jusqu'à l'âge de cinq ans ; et madame des Rois, pendant le même espace de temps, a été
leur sous-gouvernante. (Note de lauteur.
' Mademoiselle Nonon est morte il y a deux ans. Quand elle quitta mademoiselle d'Orléans, dont elle
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ment, vous vous empresserez de le leur procurer avec une bonté, un air d'intérêt qui fora leur bonheur , et vous leur continuerez toujours votre protection qui vous honorera vous-mêmes. Vous répandrez sur M. Merys, M. Mecke, s'il vous reste, vos maîtres, vos gens, etc., une infinité de petites grâces, dont vous pourrez disposer, suivant leur mérite, leurs talens, leurs services, A l'égard de M. l'abbé Guyot et de M. Lebrun, vous sentirez quelle tendre amitié vous leur devez toute votre vie. Vous devez leur rendre leur existence agréable et chère , en leur montrant une constante amitié et de tendres égards. M. l'abbé Guyot avec sa retraite , et son abbaye, sera fort à son aise; ainsi vous ne pourrez lui témoigner votre reconnoissance que par des procédés , des services , des soUicita-
étoit femme de chambre, j'obtins pour elle , de M. le duc d'Orléans , une gratification de soixante louis et une pension viagère de deux mille fi,'ancs; depuis sa mort, M. le duc de Chartres et M. le duc de Montpensier ont pris des rcnseignemens sur sa famille ; ils ont découvert «[u'cUc avoit un frère inHrme et pauvre , et ils ont pris lenijagement de lui faire une pension viagère de six cents livres.
( Noie de l'auteur. ;
lions, des grâces pour ses parons, dos soins, s'il étoit malade, ainsi qu'à M. Lebrun; cos soins-là seront si justes, pour dos porsonnos qui vous en auront tant rendu de seniblablos dans le cours de votre éducation ! Pour moi , savez-vous comment vous pourrez me récompenser ? Il faut bien vous le dire , puisque je ne veux de vous ni pension, ni prcsens , ni soins , ni grâces, et que je veux cependant que vous vous acquittiez envers moi. Eh bien , ce sera , e?i suivant tous les conseils qui seront écrits dans ce livre. Vous me devez encore , et c'est pour vous que je vous le demande, de montrer de l'intérêt et de l'amitié pour mes fdles, pour les objets qui me touchent et qui m'appartiennent, pour mon neveu qui, je crois, méritera personnellement vos bontés, parce qu'il a de l'esprit et un excellent naturel. Réfléchissez à tout cela, chers enfans, et repensez-y souvent. A propos de cela, je vous dirai qu'il m'a paru que vous étiez trop froids pour madame des Rois, vous lui parlez à peine, vous ne lui montrez aucune amitié , vous ne demandez jamais de ses nouvelles, cela est mal et ridicule ' ; je vous le répète , je vous
• Ils avoient cette froideur pour elle, parce qu'elle