IL VAIT LA CONNAISSANCE
EffectiTemcDt, je travaillai à son exécution dès le lendemain ; et comme, pour plus grande facilité, j'avois choisi la moins remplie de mes Tables, qui est la seconde, je me trouvai en être venu à bout dès le soir de ce même jour. Aussi fut-ce par cette table, quoique seulement la seconde de toutes, mais qui étoit la première prête, que mon graveur commença.
Yers le temps que mon graveur en étoit à la troisième de mes Tables, savoir en décembre 1671, nousfimes connoissance ma femme et moi (et cela à Toccasion d*un carrosse que nous assortîmes, quatre de nos amis et nous, pour aller tous les dimanches plus convenablement à Charenton pendant tout Thiver) d'un secrétaire du roi, qui, depuis quelque temps» étoit venu de la KochcUc s'habituer à Paris ; ce galant homme se crut obligé , dès le lendemain de notre premier dimanche , à nous faire visite, s'étant un peu plus attaché à nous qu^au reste de la compagnie, par quelques plus grandes conformités, soit d'humeurs, soit de professions. J'étois sorti lorsqu'il arriva, et il ne trouva que ma femme, avec laquelle, à peine eut-il lié conversation, qu'il vint à jeter les yeux sur les deux premières de mes Tables, que j'avois attachées contre notre tapisserie, comme je le faisois soigneusement à mesure que chacune sortoit de dessous le burin. Il parut fort surpris, et en dit la raison à ma femme, pendant quoi je survins, et il me témoigna le même étounement, sur quoi s' expliquant davantage, il me dit qii*il j avoitprès de vingt ans qu'il travailloit à un pareil dessein, et que ce n'avoit pas été sans quelque petit chagrin qu'après tant de peines qu'il s' étoit données, il s' étoit vu ainsi primé dans l'exécution.
Comme il avoit remarqué dans l'ouvrage qu'il avoit devant
tant aux armes qu'aux lettres. L'origine, les progrès et la chute des principales maisons de ITurope; et la généalogie, les prétentions et les alliancf» de tous las roys et princes.
Paris, 1672-1G75, chez l'auteur, au faubourg Saint-Germain, Tis-à-ris la me dt Guenegaud, au logis du Saint-Ferdinand, me des quatre Nations.
Avec pri\ilégc du Roy pour 10 ans.
DB H. TESSEREAU. 43
les jeux qnelqnes traits d*éconoime qui lui paroissoieut être autres que les sieus, il me fit quelques questions à leur sujet, auxquelles lui ayant répondu et expliqué particulièrement deux ou trois principes de chronologie, auxquels il n'avoit jamais pensé (son ouvrage étant purement historique et sans aucune conciliation de différentes sortes d'années, mais sans la connaissance desquels je lui faisois entendre qu'on ne pouvoit avancer rien de sûr en fait d'histoire) , il me dit assez généreusement qu'il voyoit bien que j'en savois plus que lui, et que c'étoit à moi à faire des tables, et à lui de n'y plus penser. Il porta même sa générosité et sa noble franchise plus loin, car il me dit qu'encore qu'il eût dès assez longtemps fort prévenu en faveur de son ouvrage le célèbre M. Conrart, son confrère et son intime ami, il étoit résolu d'aller incessamment lui tenir un tout autre langage , afin de transférer sur moi les bonnes dispositions de cœur où jusque-là il lui avoit paru être pour lui. Conclusion que, dès le lendemain, M. Tessereau (1) (car ainsi fie nommoit le secrétaire du roi dont je viens de parler) alla
(1) Abnhain Teasereaii, de la maison noble de Bernai^ vulgairement appelé la Haute-Gareone, naquit à La Rochelle. Il remplit pendant plusieurs années les fonc* lions de secrétaire du roi, jusqu'à ce qu*il fut obligé de vendre son ofQce par arrêt do Gonieil; portant injonction aux protestants de se défaire de leurs charges en laveur des catholiques. On lui doit une Histoire chronologique de la Chancel* lerie de France, pleine de savantes recherches, et qui après sa mort, survenue en 1691, fut continuée ju.squ*en 1706 par ordre du chancelier, qui chargea de ce travail Le Comte, syndic des secrétaires du roi. (Voir V Histoire de la ville de La Hfjchelle, par Arcère. Tome H.)
Nous voyons, d'après les lettres que Jean Qaude lui écrivait, que dans le courant de 16St, il était déjà retiré à Londres, et qu'il s'y trouvait encore au commencement de 1686; le K juin 1686, Tessereau écrivait à Jean Claude, que son intention était de se fixer à La Haye. ÇVo\. mss. contenant diverses lettres de Jean Claude, Archiva de La Haye.)
Voici ce qu^Elie Benoit dit de Tessereau : « C'étoit un homme plein de cèle pour la reli)non, qui tenoit rang entre les députés des provinces, quoiqu'il demeurât ordinairement à Paris; et qui étant d'un naturel soigneux et diligent, ramassoit av*»c exactitude tout ce qui pouvoit servir à éclaircir les affaires des Eglises. On est redevable à son affection de plusieurs pièces qu'on auroit eu de la peine à raslembler, s'il ne les avoit conservées; et on en auroit encore trouvé davantage, si les voyages, les affres et les diverses agitations de sa vie n'avoient dissipé la meilleare partie de ses secaeils. » {Histoire de FEdit de Nantes. T. IV, p. 813.)
4Ï TESSKKEAC LE PRESENTE A COKRART.
effectivement chez 31. Conrart, l'entretiiit sur nos deux ouvrages dans Tesprit que je viens de marquer, et lui donna une si grande envie de me voir, que dès le même jour, en retournant de sa visite, il m'en apprit le résultat par le billet que voici :
* J'ai passé deux heures chez M. Conrart avec M. Chappelain ; « lui et moi Favons entretenu de vous et de votre ouvrage (1), « Monsieur. Il souhaite avec passion vous connaître. Je lui ai » promis de vous y mener. Ainsi, 3Ionsieur, ce sera quand il « vous plaira. Mais ce qui fait principalement le sujet de ce billet» « c'est que ces deux messieurs se sont, F un envers l'autre, en- « gagés de parler de vous à M. le duc de Montausier, lorsque « l'occasion s'en présentera, mais de lui en parler de la bonne « manière. Je vous donne le bonsoir et suis tout à vous.
« Tesseeeau. •
« Le 27 décembre 1671 . »
M. Tessereau étant venu chez moi dès le lendemain de ce billet, pour savoir quelle résolution j'aurois prise, nous allâmes sur rheure même, lui et moi, chez M. Conrart, qui, après m'avoir fait mille honnêtetés, me confirma la bonne disposition de cœur dont 31. Tessereau m'avoit assuré de sa part. Nous convînmes tous trois qu'il n'y avoit rien à anticiper des recommandations promises en ma faveur par 3IM. Conrart et Chappelain, jusqu'à ce que mon ouvrage fut achevé ; ainsi , il ne se passa rien à cet égard jusqu'au mois de février 1672. 3Iais alors, et quaud je fus en état de me transporter à Saint-Germain, qui fut vers le 10* de ce mois, 31. Conrart me donna deux lettres, tant pour M. le duc de 3Iontausier que pour 31. l'abbé Fléchier 2', grand favori de ce seigneur. De ces lettres, je ne
(Il J'étois déjA d<*pui5 quelque temps fort connu de y. Chappelain, dont M. Beck m'avoit procuré la connaisssince, que javois vu plusieurs fois chei M. Ménage^ et ensaiL? ch-*! lui-m'^me. [.V^^ de rt:uieur,]
fi Espni Fl.x-hi' r, éreque de Nîmes, en I6S7.
« Parmi 1^ ilîu«tr»-s amis qu.* 50:1 mérite lui acquit, M. de yontausier fut tm des plo* Tifç. G? fut lui qui le produisit auprès de MonsMjrneur le Daupliin, dont il fat 1« lecKtxr. Cboisi, en 167S, pour rorai^OQ fooebr? do mademoiseUe de