‹ Mémoires inédits et opuscules, publChapitre 46 sur 178 · DE CLASSER SES PAPIERS · texte numérisé non relu

DE CLASSER SES PAPIERS

tous les autres, afin de les pouvoir transposer, comme on feroit des cartes è jouer, pour les arranger selon qu'il seroit le plus à propos, et d'éviter ainsi la confusion. Qu'il avoit tout une grande cassette remplie de ces papiers-là, auxquels il ne connaissoit plus rien lui-mémo, et que c'étoitafin que je les examinasse qu'il me souhaitoit auprès de lui. Qu'il s'agissoit de donner une forme raisonnable à tout ce chaos, et que par l'arrangement si bien entendu qu'il avoit remarqué de toutes les diverses matières dont mes Tables étoient remplies, il avoit jugé que j'étois tout propre au débrouillement qui lui étoit nécessaire pour faire un plan uniforme qui pût porter le glorieux titre d'Education d'un grand Prince.

J'avoue que je fus un peu surpris de cette proposition. Le cœur ne me manquoit pas, mais je doutois de mes forces, et je le voulus témoigner à M. de Montausier ; mais il ne voulut regarder ce que je lui dLsois que comme un effet de cette modestie dont M. Gonrart m'avoit loué dans sa deuxième lettre. Sans s*arrèter davantage à mes scrupules, il donna ordre sur l'heure à deux de ses valets de pied d'aller quérir sa cassette qu'il ouvrit aussitôt, et où il me parut plus de six à sept mille papiers d'un quart de feuille chaque, comme il m'avoit dit, puis fit ans* sitôt transporter le tout dans la chambre qu'il m'avoit destinée, et où en môme temps l'on me mena.

Conmie peut-être on ne se fera pas trop de chagrin à voir de quelle manière je me pris à ce débrouillement du chaos dont j'ai parlé, j'hésite d'autant moins à le mettre ici que j'espère (le le dépécher en peu de mots.

La première chose que je fis, fut de me donner la patience de lire tous ces morceaux l'un après l'autre, et de mettre un titre

l)H>ii ; la féconde, comprenant ses obligations envers ses sujets, et la troisième prescrÎTant les règles de sa conduite à l'égard des princes et des Etats voisins.

1^ première partie de ce dessein parait avoir été seule exécutée; « le tempe et ^a santé, suivant le biographe déjà cité, ne lui permirent pas de mettre la dernière inain aux deux dernières parties d'un ouvrage dont il ne 8*est trouvé dans tes pa- 1408 que dee lambeaux détachés et mal assortis. »

1)1 ROtT ClASâK Lfeâ PÀPIBRii

i llii tète et thfl()iie, lequel titfe n'étant que d*un mot ou deUi tvHlt ati plds, donnoit Tidéc de ce que contenait en substance font ce feuillet. Cela m'épargnoit déjà une répétition de lectttfe qui, sans cette précaution, n'àuroit jamais eu de un ; et d'ailleurs cela me mettoit en état de ranger sous de certaines classes distinctes tous ces différents matériaux, et ensuite de fap|)or- Vët te tout au but principal, sàroir, à ce glorieux titre i'Êduâati&n d'nn tfrand prince. Par exemple (et ce sera là, sans aller pins loin, tout mon débrouillement de chaos), par exemple, dis-je, tout ce grand nombre de méditations ramassées de H. k duc de Montausier se trouvoit ne rouler que sur quatre grands articles : la religim, la morale, la politique et la guerre. Ces quatre grandes parties faisoient ma première et plus simple diTision.

La seconde résultoit d'une subdivision de chacune de èes qtiMre grandes parties en un certain nombre d'autres ; par etéinpte, la reli^n étoit considérée par moi à quatre égards, ÏHèUy VÈglisBy la conscience du prince, et les devoirè du rhiihè à fdtlË ces ttois premiers égards.

.Dans la morale, je faisois considérer six choses : les hùbitwies^ le tempérament^ les mœurs, les passions, les t^ertus et les viàt^s.

Dans la politique, je faisois entrer la science de régner, Xagoutêtnèmeût tant en général qu'en particulier, lu conduite du prince aux dent mêmes égards, et les préceptes généraux.

Dans la guerre, je proposois ce qui regarde le dtdans de FEtat, ce qui ne le touche qu'au dehors, et les mûtimes tant générâtes que particulières.

Mfa troisième subdivision étoit tirée 1** (et en ce qtii est de la religion) de l'article qui regarde Dieu, c'est que le prince le serre lui-même ; 2** qu'il te fasse servir par les autres ; et S* q^'il obsfetve tout de même, et qu'il fasse observer ses ordonnances

J'observois la même dlstribtition en ce qni regûortle Taitlde

DE M. mS MOeiTAi'SIER. 135

de la conscience, celui de VEglisCy et enfin celui des devoirs.

Je m^abfttiens de parcourir les trois autres parties de ma première et plus simple division, de peur d'être trop ennuyeux; on les jugera assez de soi-même , en supposant que j'y aTois gardé la même économie.

En un mot, tout cela faisoit cinq colonnes tant de divisions que de subdivisions ^ chacune desquelles se multipliant à mesure qu'on passoit de la première colonne à la seconde , de la seconde à la troisième , et ainsi jusqu'à la dernière et cii^ quième , il se trouvoit que tous mes six ou sept mille papiers de méditations se trouvoient appliqués à chacun de mes articles de subdivisions , au bout de chacune desquelles je marquois l'endroit où il le falloit chercher. Pour comprendre cela , il faut savoir : 1^ que j'avois fait partager ma cassette en quatre carrés, qui feiisoient comme autant de bottes , dont la première étoit pour les choses de la religion^ la seconde pour celles de la morale , et ainsi des deux autres pour la politique et pour la guerre; V que chacun de ces carrés ou boites renfermoit un gros portefeuille; chaque portefeuille certain nombre de cahiers; chaque cahier un plus grand nombre de sous-cahiers; et chaque sous-eahier les papiers simples qui étoient tous distinctement numérotés par 1, 2, 3, etc., jusqu'à quelquefois 100, 200, etc., selon que les matières étoient plus ou moins abondantes et étoffées.

Avant que d'aller plus loin , et afin d'aller au-devant du désir que pourra témoigner le lecteur de voir quelque échantillon de tous ces divers préceptes qui occupoient.un si prodigieux nombre de papiers, j'estime être assez à propos d'en mettre ici sept ou huit qui me sont demeurés dans la mémoire, et par lesquels on pourra juger de tous on général.

Ces préceptes ou méditations (car les papiers dont je parle ne contenoient pas autre chose) étoient conçus en forme de questions ou d'examen de soi-même, qu'on fait fafare au jeune pnnce, de l'éducation duquel il s'agit. Par exemple :

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