MEDITATIONS
5* QUESTION, etc.. Sur ce qu'il doit répandre en bienfaits sur ses sujets tout ce qu'il tire d'eux par les subsides,
« S'il ne prend pas plus de plaisir à faire du bien qu*à en recevoir ; et s*U ne trouve pas que c'est une marque de la ftdblesse et de l'impuissance des rois, que d'avoir besoin du secours de leurs sujets pour pouvoir foire du bien aux autres, et pour subsister eux-mêmes ; mais puisque une nécessité indispensable et attachée au salut de l'Etat, les oblige à se servir de ce secours, s'il ne croit pas du moins être obligé d'en user comme la mer, qui rend à la terre parles conduits souterrains toute l'eau qu'elle reçoit d'elle par les ruisseaux et par les rivières ; et faire de son épargne comme le soleil fait des nues, lorsque après les avoir formées des vapeurs qu'il attire de la terre, il les lui rend toutes avec un avantage pour elle par des pluies douces et fécondes qui la rendent fertile? »
6* QUESTION, etc.. Sur les devoirs à quoi t'obligent les quotités
(2'homme, de roi et de ghrétieiv.
S'il ne se ressouvient pas incessamment qu'il est homme, roi et chrétien, et s'il ne se représente pas en toutes occasions à quoi ces trois qualités l'obligent ; savoir celle d' homme à être humain, bon, doux, compatissant à tous les hommes, à regarder leurs infirmités comme y étant sujet, et que par sa nature il n'est point au-dessus d'eux, etc. Que la qualité de ROI l'oblige à considérer qu'il est établi pour régir et gouverner les autres, pour les protéger, les défendre, leur faire justice, les rendre heureux, etc. Et la qualité de chrétien l'oblige à connaître, à aimer et à servir Dieu, à le faire honorer par les autres, à venger ses injures, à prendre sa cause en main, à bannir Fimpiété, à faire fleurir la religion, à reconoaitre les grâces qu'il a reçues de lui, à en bien user, etc.? »
pu DUC DE MONTAUSIEA. 139
7* QtîB«TiOiï, etc.. Sur ce qu'il doit imiter /)tet^, dont il est le
lieutenant dans son Etat.
« S*il ne tient pas pour la plus grande prérogative que lui donne la royauté, de ce qu'elle le fait lieutenant de Dieu dans son Etat, et une de ses images en terre ; et si pour mériter cet honneur, il n'essaye pas d'imiter le vrai Dieu, tout bon, tout sage, tout libéral, tout bienfaisant, gouvernant le monde par ses soins et par sa providence, toujours veillant pour la conservation des siens ; ou bien s'il veut prendre pour modèle le dieu des épicuriens, toujours oisif et endormi, sans soin et sans action ; ou les dieux des poètes, adultères, incestueux, ivrognes, voleurs, trompeurs, fourbes, violents, ravisseurs, jaloux, envieux, malfaisants, et adonnés à toute sorte de vile* nies, de vices et de crimes ? »
8* QUESTION, etc... Sur ce qu'il doit, comme Dieu, recevoir les
prières des misérables,
» S*il Vest point persuadé que, comme il est le lieutenant ée IMeo dans son État et qu'il Fy représente , son palais doit être, ccname les temples, toujours ouvert aux prières et aux ▼muL des naisérables) qui viennent se prosterner aux pieds des anteU ; et qu'il doit défendre que ses gardes et ses huissiers l'en empêchent l'entrée aux gens qui viennent réclamer sa jastîee> implorer sa protection, demander ses grâces, et chercher les remèdes nécessaires à leurs misères ? *
9* QUESTloir, etc.. Sur ses égards pour la cour de Rome,
« Si quand le pape et les évoques demeurent dans les bornes ecclésiastiques, et ne se mêlent que des choses qui regardent la foi et la religion, il n'a pas pour eux un très profond respect et ane obéissance filiale ; mais si dans les affaires de religion ils veuletit mêler de la politique humaine, et se conduire par ses
ik2 LE COYTft PK ^'Q|lTUl'lt^ERlANP COUFUVEIVTfi
faisant 61éYcr dans la religion réformée et en lui donnant pour gouverneur un homme qui s'étoit si fort distingué par son atta^ chement au protestantisme (1). Ces messieurs m'avoiçat dit positivement que je n'avois rien à craindre sur ce sujet, et qu'au contraire , ne fût-ce que par un principe de politique i c'^Uiit justement ce qu'on attendoit de moi.
Etant affermi là-dessus, je vins à réfléchir sur un inconvéni^ilt qui se présentoit, par opposition k mes vues. Comme mon petit homme étoit tout nouveau venu k Tacadémie et n*étoit euoore qu'à peine meublé, il n'avoit point eu jusque-là d'équipage. Les carrossiers, les bourreliers et selliers avoiant Téritahlement été mis en train , et notre écuyer ne parjoit que de la peine qu'il avoit à trouver des chevaux conune illes fallait ;i|iais enfin cela ne pouvoit pas encore réussir de plusieora aemaiiMM. Cela me fit soupçonner que peut-être y avoit-il qiielqop ^bûae de caché là-dessous , et j'en fis confidence à M. SavUa, qui voyoit presque tous les jours la duchesse , et qui nç s^éloîgpa pas de mes sentiments. Il parla donc à cette dame de Teml^rras où je me trouvois, faute d'équipage , à mener le cointe en un appareil digne de lui, et il tira parole d'elle, que lorsque je jugerois absolument nécessaire de conduire son fils à Charenrenton , je n'avois qu'à l'avertir la veille, et que le lendemain elle ne manqueroit pas de nous^envoyer son équipage. Je le fis dès le vendredi suivant , et le même jour j'eus des marques
que M. de Ruviguy et M. Savile ra'avoient déjà obligeamment prévenu en parlant eux-mêmes sur ce sujet à la duchesse ; car
comme je me disposois à voir H. Savile , je reçus oe billet
de 3i. de Buviguy :
« Madame la duchesse de Clcveland a dit à M< Savilp que
« vous envoyassiez demain chez elle pour savoir si elle
« pourra donner son carrosse à M. le comte de ?(orthmnber-
(1) J'avois plusieurs fois fortement résisté à la proposition du r^t^hUaoMDt de mes plancha; ^ condition de mo faire ce qu'on appelle caiholiqué (pi(j. Ifioiê^e rnutettr.]
À SON ARRIviB A CHÀEENTON. 143
« land pour aller dimanche à Charentou. Eu ce cas*là, il faut « que le carrosse soit k Facadémie avant huit heures, »>
Je me rendis donc dès le lendemain samedi h Thôtel de Jars» où logeoit alors la duchesse « et elle me promit que j'aurois toute satisfaction, ce qui arriva; car le ii^ mai Jour de dimanche (1), le carrosse à impériale de velours cramoisi et attelé de six beaux chevaux de gris pommelé nous vint prendre et nous meqa i Gharenton. Le Consistoire qui avoit su par M. Tessereau, Fun de ses membres, que le comte de IVortbumberland devoit venir ce jour-là entendre la prédication, fit trouver deux des priUiCipaux anciens (U. de Massanes étoit le premier, je ne me souviens plus du nom de Tautre], pour le complimenter à la descente de carrosse. Je puis dire n'avoir aucune connaissance que pareille chose fût jamais arrivée en ee lieu-là, od tout au plus on n'avoit accoutumé de voir que des ambassadeurs ordinaires ou extraordinaires, mais point de fils de roi,
Cette piaffe cependant ne plut pas à la duchesse, qui n' avoit consenti h la ebase que comme y étant forcée ; et dès que l'équipage du comte fut en état , et que dans ma qualité de gouverneur j'en étois maître (Fécuyer n'ayant Finspection que sur ce qui regardoit Fécurie et Fentretieu des harnais) , sans davantage me mettre en peine d'une permission , j'avertissois seulement Fécuyer tous les samedis , d'avoir soin que tout fut prêt le lendemain , et cela continua ainsi tant que je fus conservé dans mon poste.
Je reviens à M. le duc de Montausier, pour dire comment je sortis d*affaires avec lui. Dès que je fus de retour à Paris (ce qui fut le 1 1* avril), je repris Fouvrage auquel je n'avois pa3 encore mis la dernière main , et dressai une grande tablp de trois pieds de haut sur deux de large , où je rangeai les cinq colonnes mentionnées çi-dessus. Au bout de chacune desquelles
(1) Si ce ne fut pas ce dimanche-là précisément^ car ma mémoire pourroit me tromper^ ce ftit en tout cas on le dimanche précédent ou le «uivant^ e^evt-èrdîM le
Hk FELICITATIONS DR M. CLAUDE
se Toyoit le renvoi à tous mes 6 ou 7000 petits papiers numérotés comme j'ai dit, ce qui fut fait en deux ou trois jours, au bout desquels, savoir, le samedi 15* avril, j'entrai à racadémie, de quoi j'avertis aussitôt M. de Montausier (savoir, le mercredi 19), lui témoignant que j'avois encore pour trois ou quatre jours besoin de sa cassette, avant que de la lui renvoyer,
sur quoi il me répondit ceci :
<' Ce 24 avril 4 679, à Saint-Germain.
« Puisque vous avez encore besoin du reste de cette semaine « pour revoir mes petits papiers que vous avez, employez-y ce « temps-là, et après que vous aurez fait, rapportez-les moi voos- « même ; car par d'autres voies , quand môme ce seroit par « l'hôtel de Rambouillet, ils pourroient s'égarer, et vous com- « prendrez que je veux éviter bien cela. Je vous prie donc d'y « mettre la dernière main, et de me les apporter dès que vous « pourrez. Yous me ferez plaisir, et de croire que j'ai beaucoup « de considération pour vous.
« MOIVTAUSIEB. »
Tout mon ouvrage étant prêt , et moi disposé à le reporter à Saint-Germain , selon le désir de M. de Montausier, je fus bien aise d'aller la veille tout au soir, après avoir fait mettre mon petit homme au lit, rendre une visite à M. Claude, faisant porter chez lui ma table pour lui en demander son avis. J'y trouvai ma femme avec M. Tessereau selon l'ordinaire de nos veillées, car nous étions tous fort voisins. Je lus à M. Claude, après lui en avoir fait un grand éloge , les neuf morceaux de M. de Montausier qu'on a vus ci-dessus, et lui montrai ensuite ma table avec l'entière distribution de tous mes petits papiers numérotés comme j'ai dit. II goûta fort le tout, et dit quelque chose en particulier à ma femme , pendant que je continaois quelque discours à M. Tessereau sur un éclaircissement qu'il m'avoit demandé ; je ne sus donc rien, pour l'heure, de ce que M. Claude et ma femme s'étoient dit ; mais au sortir de notre veillée y comme je reconduisois ma femme jusque chei nous.
SUR LE TRAVAIL UE KOU. Hb
accompagné de M. Tessereau : « Savez-vous bien , nous dit- « elle, quel jugement M. Claude m'a témoigné faire de ce que « que vous lui avez montré ? » Cela me fit un peu de peur, et sur ce qui lui en parut : « Bassurez-vous , me dit-elle en conti- « nuant, voici ce qu'il m'en a dit : Je trouve très beau, aussi bien « que fait votre mari , les préceptes de M. de Montausier , mais « j'aimerois cent fois mieux être auteur de la table qui nous a « été montrée. On trouvera fort aisément cent beaux esprits « capables de dresser des préceptes aussi judicieux et aussi « délicatement tournés que ceux qui sont dans les petits pa- « piers que nous avons vus , mais entre ces cent beaux esprits « à peine en trouvera-t-on deux capables de faire la table où ils « sont si artistement rangés. Votre mari montre par là qu'il a « un esprit de plan, et il n'y a rien de plus di£Scile à trouver « qu'un esprit capable de bien faire un plan. »
Le lundi 24 avril, j'allai trouver h Saint-Germain M. le duc de Montausier, à qui je fis rapporter sa cassette, et lui montrai ma Table. Il m'en parut agréablement surpris, et étant en peine si mon dessein étoit de lui laisser cette pièce si ajoUvée de divers traits faits à plaisir, et dont l'écriture étoit fort peinte. « Mais, me dit-il, est-ce pour moi cela? — Si vous ne le • trouvez pas indigne de vous, 3Ionseigneur, lui dis-je, vous « pouvez bien juger que je ne puis pas avoir d'autre dessein « que de vous le laisser; aussi bien
Tua sunt hxc opéra ianta ;
« et sans les excellentes matières que vous m'avez fournies, je « n'aorois pas pu faire la pièce que vous voyez et qui a le bon-
- heur de ne vous pas déplaire. — Vous faites bien de l'hon- « neur, reprit M. de Montausier, à ce que vous appelez mes
- matières, et je ne fais que rendre justice à la forme que vous « leur avez donnée. » Il me mena dîner avec lui, et s'étant arrêté un peu dans son cabinet avec son secrétaire, il rentra bientôt dans sa chambre où je l'attendois pour prendre congé de
146 LB DUC ra MOUTAUSIBR LB R&OKPBIfSB.
lai. Il me rcnouTela encore ses retnerclmeuts, qu*il accompagna d*nne tendre embrassade, et me reconduisant jnsqa^a son antichambre : « Mon secrétaire, me dit-il en me qnittant, tous « dira encore deiii mots de ma part dans ce passage. » Effectivement le sieur , comme voulant aussi me dire adieu,
me mit en main un rouleau de papier assez gros, qu^il me dit avoir ordre de me donner, et j*y trouvai 39 louis d'or, sur Fimparité desquels je ne pus m'empëcher de faire quelque réflexion suspecte. Je ne m'explique point autrement ici sur la matière ; mais on ne me mettra jamais dans l'esprit qu'une personne comme M. le duc de Moutausier, voulant faire une reconnaissance dans toutes les formes, se soit fixé à 39 louis d'or; le droit du jeu, tout au moins, seroit de dire qu'il y avoit eu ordre pour 40. Mais je suis persuadé que conune du vu et du su de M. de Montausier, j'avois employé cinquante jotirs entiers à mon ouvrage, son dessein n'avoit pas été autre que de me compter mes journées sur le pied d'un louis d'or chacune. Quoi qu'il en soit, je retournai à Paris, c'est-à-dire à l'académie, où je continuai mes fonctions ordinaires, mais pas pour longtemps, ainsi qu'on va voir.
La duchesse de Glevcland, auprès de qui le sieur de la Ghénaye me rendoit sourdement de très mauvais offices, par un effet du chagrin qu'il couvoit dans son cœur de ce que je l'avois en quelque façon débusqué; cette dame, dis-je, qui n'étoit déjà que trop disposée à recevoir ces sortes d'impressions par la répugnance qu'elle avoit pour mes soins sur l'instruction de son fils, résolut dans cet état d'inquiétude de faire un voyage en Angleterre, pour animer Sa Majesté contre moi, chose à quoi de simples lettres ne pouvoient suffire. D'ailleurs elle avoit plus d'un martel en tète, et elle vouloit tâcher de faire d'une pierre deux coups (1). La duchesse de Ports-
(1) on lit dans VHisioire (fAngletetre de Hume : « La inattresbc fàvoriie du rfii éloity ei Iftt, Madâmt Mmir, oMh plus tard ducheMe de defeUnd ; cëCoit une femme prodigue et rapace> de mœan diaiolues et d'un] caractère violent et
U DUGRSSSE DE CLBVKLAND. 147
mouth, qui lui avoit enlevé le cœur du roi, la tenoit eu cervelle. Elle crut que si sous le prétexte d'entretenir ce prince sur les affaires de son fils, elle pouvoit obtenir la permission d'une entreyue Qveclui (chose que depuis son nouvel eugageipent il lui ayoit toujours constamment refusée), elle pourroit, par ses m|nau4eries, où elle n'avoit guère d'égales, se raccrocher avec (^priuce do qui elle ayoit reçu taut de bienfaits. Mais Charles, qui n*étoit pas content de la vie qu'elle n^enoit eu France, et qui en particulier ne savoit que trop toute Thistoire du che* yaliop de ChAtilloUi »ç la youlut point yoir, et pour se dépêtrer d'elle, qui lui avoit voulu persuader qu'elle ne venoit uniquement que pour ce qui regardoit son ûU : « Puisque vous ne n yepfiz que pour cela, luifit-ildîre, votre affaire est faite, vous » n'avez qu'à vous en rrtouruer ; Savile, à qui j'en écris, vous • dira le resto ot fera ce que vous demandez, « Effectiyemont ûUe u'étoit pas encore arrivée, que je reçus la lettre de H, Sa* vile qu'où ya yoir, et cela par les mains de la Cbénaye même, k qui elle avoit été délivrée en mon absence, milord et moi ^taut gortlfl pour aller h la promenade, od il ne nous suiyoit pas toujours*
« iropjaoablo. Ella eut uoe graada part à la disgrâoe du chancelior Clarendon. » Les Mémoires de Gramraoat fournissent de curieux détails sur ses intrigues à la cour de Charles II. La duchesse de Portsmouth la supplanta dans Taffection du rai; eettd nouvelle finyorite était Française; elle était issue d'une Ëunille noble de Bretagne et avait fait partie de la suite de la duchesse d'Orléans^ lorsqu'on i670^ elle Tint en Angleterre. Le père Anselme nous apprend que son véritable ooro était Louise*Renée de Keroualle (ou Querouaille) do Penencoet; eu 4673, elle fiit créée duchesse de Portsmouth, et pour récompenser les services politiques qu'elle lui avait rendus auprès de la cour de Charles II, Louis XIV lui conféra, par lettrai patentes du mois de Janvier 1684, à elle et à Charles Lonnox, son fils, le dacbé-pairie d'Aubigny. L'auteur d*un écrit anglais ( Tfte secret history of the duichess of Portsmouth, giving an account of the intrengues of the court, dwring her ministry, atid of the death of king Charles II; I/indon, 1690) raconta qu'elle s'appelait Francelia Querouaille, qu'elle était la seconde tille d'un marchand de fer de Paris, et qu'elle dut sa première c*lévati<m au duc Ûe Bei- Xxaa* Uic) , ({ni on tlt sa maltresse et l'emmena avec lui au siège de Candie, où il fut tué. I^uise de Keroualle avait un frère, Sébastien, comto de Keroualle, qui, en qualité de lieutenant de vaisseau^ accompagna le duc do Bcaufort au sityc* dtî Canlie. Hais Tanecdote nous parait peu vraisemblable, et nous aimons ininuY nous en rapporter au témoignage plus digne de foi du père Anselme.
1(8 ROr CBSSC d'^e gouvermur
Lpltre (le M. Savile.
- J'espère, Monsieur, qu'à mon exemple, vous aurez appelé toute votre philosophie à votre secours; sérieusement la mienne a assez de peine à me servir de consolation au cha- « grin extrême que me donne Tordre que j'ai reçu d'Angleterre de vous dire que l'on n'a plus besoin de votre service auprès de M. de Northumberland, et que jusqu'à ce qu'on envoie un Anglais auprès de lui, il restera sous le soin de M. la Chénaye.
« Franchement, Monsieur, je suis si outré de cette affaire,
« que je n'ai pas osé vous la dire, peur de vous montrer des
faiblesses que vous trouveriez trop violentes, môme en votre
« faveur, tant j'en suis touché. J'ai donc pris le parti de vous
. récrire, et de vous supplier en même temps de croire que
•( tout ce que je pourrai faire au monde pour vous adoucir ou
' pour vous réparer cet accident, sera assurément fait de bon
- cœur, tellement que je vous donne toute permission de vous
^ servir de moi ou de mon nom de telle manière qu'il vous
« plaira ; et à mon retour de la cour, je trouverai quelque
" moyen de témoigner à tout le monde la distinction que je
« fais à votre égard ; car je participe si fort avec vous de cette
« mortification, que tout ce qu'il y a d'affront je le prends en-
H tièrement sur moi. Il faut un peu voir comment nous nous
. en pourrons faire raison avec le temps; pour le présent,
i puisque j'ai reçu cette dure commission, il faut que je m'en
•^ acquitte; vous aurez la bonté. Monsieur, d'avoir la même
« résignation à cet avis; Dieu nous en console tous deux. Je
suiç avec une vérité que je ne saurois exprimer. Monsieur.
' votre très humble et très olx^issant serviteur,
' Sami.k.
« (> iS '^eiitc'mhn» 107*). »