DU COMBAT DE LA HOGUE
« En 1 692 , le Roy fit , à la prière du roy d' Angle- « terre , le dessein d'une descente en Angleterre , et t< luy donna le mareschal de Bellefonds pour général. H L'infanterie devoit s'embarquer à la Hogue , et la « cavalerie au Havre. M. de Tourville devoit assurer « le passage et la descente , en entrant dans la Manche, (( avec cinquante vaisseaux de guerre, avant que les « ennemis pussent être sortis de leurs ports. Il devoit (( ensuite retourner à Brest pour y assembler une armée H capable de tenir la Manche, pendant toute la cam- (( pagne, malgré les ennemis.
(( Les mesures furent renversées par la contrariété « des vents. Ils firent perdre au destroit deux vaisseaux « des seize que le comte d'Estrées amenoit de Toulon . « La traversée des quatorze autres fut longue et diffi- « cile; les mesmes vents ayant apporté de grands re- « tardemens aux armemens de Rochefort et du Port- « Louis et mesme à celuy de Brest.
(( Le comte de Tourville, qui en devoit partir le «quinzième d'avril, avec cinquante vaisseaux, ne « sortit que le douzième de may, avec trente sept vais- « seaux seulement. Les vents de nord-est le mirent ce (( jour-là hors de l'Ivoise, et il s'en servit pour gagner, « par bordées, jusques nord et sud de Darraouth. Il « n'oublia rien de tout ce qui pouvoit le mener à
{( la Hogue , mais ces mesmes vents estant devenus i< forcés , il fallut mettre à la cappe , et perdre en qua- « rante huit heures ce qu'on avoit gagné en six jours.
« Le marquis de Villette , lieutenant-général des « armées navales de France, joignit le vingt cinquiesme « de may le comte de Tourville et le fortifia de cinq « vaisseaux ; deux autres joignirent le lendemain , de f( sorte que l'armée estoit de quarante quatre vaisseaux (( et de onze bruslots, quand elle rencontra celle des « ennemis , qui l'attendoit sur le cap de Barfleur. Elle « estoit composée de quatre vingt onze vaisseaux, sans « compter vingt et un autres qui estoient à vue ; il y « avoit cinquante bruslots et un nombre infini de « caïches, de flustes et de frégates d'avis.
« L'ordre de bataille de l'armée navale de France (( estoit tel :