‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 25 sur 37 · A LA CITOYENNE DUPRÉ, A AVRANCHES · texte numérisé non relu

A LA CITOYENNE DUPRÉ, A AVRANCHES

Ma chère Mère,

Je me sais bien bon gré d'avoir fait le voyage de Paris. Il accellera, j'espère, la décision de l'affaire qui m'y a conduit. J'ai vu tous les Représentants de notre District : ils y mettent vraiment de l'intérêt, mais les libertés ne s'obtiennent pas aujourd'hui aussi facilement qu'il y a quinze jours. Le Comité y regarde de plus près. J'espère cependant obtenir celle que nous demandons. Il y a tant de raisons pour et si peu, ou pour mieux dire, point contre, que je pourrais presque l'assurer. Point d'inquiétude surtout : il ne nous &ut que du temps. Si vous saviez combien il y a d'affaires au Comité, combien, à toutes les heures du jour, il y a de solliciteurs, vous en seriez étonnée. Le point essentiel est d'avoir un agent en dedans : je l'ai heureusement trouvé. Il m'a paru se prester de belle grâce. S'il rempUt bien sa partie, il faudra bien le remercier ; mais ce qu'il nous aura procuré vaudra encor mieux que le remercîment. Soyez tranquille encore une fois. Mon père se porte bien. Il attend avec fermeté et résignation l'effet de la justice nationale

sur son compte. Cet efiet ne peut pas tarder. Je presserai et par nos Représentants et par notre agent dans l'intérieur. Il faut une décision quelconque : je croîs qu'elle sera favorable. J'aimerais bien mieux être chez nous qu'icy; mais j'y suis, je suis à mon poste, j'y tiendrai. Il faut en voir la fin, il faut en venir à son honneur. J'ai vu plusieurs fois mon Père. C'est toujours un nouveau plaisir pour moy, et je crois pour luy aussi. Les courses que je suis obligé de faire m'empêchent de le voir aussi souvent que je le désirerais. Je m'en dédommage par écrit, et je luy rends compte de tout. Son affaire est actuellement dans le cas d'être rapportée tous les jours ; mais les Membres du Comité sont si souvent distraits des affaires particulières pour s'oecuper des générales, qu'il n'est pas étonnant que les premières n'aillent pas vite. De la patience et du temps, voilà toujours le refrain. Pour de l'argent, je n'en manque point. Il fait extrêmement cher vivre icy . Le maximum n'est pas fait pour la capitale. Je suis avec respect, ma chère Mère, votre fils.

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