III. — Rocher de sédimeni
1 ° Roches du sédiment comburien ou silurien inférieur. — Ce premier sédiment comprend les pbyllades, les grauwackes, la lydienne, les poudingues, les grès et des conglomérats porphyriques.
Le phyllade et la grauwacke se composent tous les deux, mais dans des proportions inégales, de feldspath, de mica en petite quantité, de quartz et de matières phylladiennes ou talqueuses. D'une couleur grise, bleue ou noirâtre, ces deux roches sont rarement isolées : elles alternent ensemble et sont. en stratification avec les leptynolites qu'elles recouvrent ^*^ On les distingue facilement à Tœil par leur texture compacte dans la grauwacke qui ne se divise qu'en fragments pseudo-réguliers ou en parallélogrammes, et feuilletée dans le phyllade, parfois tellement fissile, qu'il pourrait presque remplacer l'ardoise.
Les pbyllades et grauwackes existent non seulement au nord du Thar, de Granville et de Villedieu, mais surtout dans les bassins de la Sée, de la Sélune et du Couesnon, où ils forment trois grandes bandes. La première commence à Mesnil-Gilbert, côtoie surtout la rive droite de la Séeet se termine avec les rivages maritimes de Saint-Jean-le-Thomas, Genêts et Vains-Saint- Léonard. La seconde, qui joint la première au-dessous du promontoire d'Avranches est limitée par les sables de la mer, le Couesnon et les bourgades de Sacey, La Croix, Poilley, Marcilly et Saint-Loup. Ces deux premières remplacent un ancien golfe de
(1) Essai géologiqtiésurle département de la Manch»^ par M» Bonniisent page 107 et suhnantes. . '
répoque azoîqûe. La tiroisième bande occupe tiii ancien la^ on um petite mer intérieure : elle s'étend dn Buat eu des liiiiites orien« taies de Chalendrey jusqu'au-delà des frontières de l'Avranchm, ou de la commune de Saint >Geoi^es«de-Ronelley. Traversée par la Sélune, elle forme le meilleur fond du Val-de-Mortain»
La lydienne, formée de schistes ou de phyllades argilleux, durcis par une matière silieense, d'une couleur bleu-foncé, se trouve à Granville^ au fond des bassins du port où elle est en contact avec tes phyllades et la grauwadke.
Les poudingues existent dans les 4rois cantons de Granvillei de la Haye-Pesneletde Yilledieu. Composés de quartz, delydienne et de quelques grains de feldspath, ils offrent une teinte rouge, verte ou brune. Au millieu des phyllades et des grauwackes, ils forment une ligne ondulée qui, venant de l'arrondissement de Coutaoces, traverse les communes de Saint-Jean-des-Champs, Saint-Planchers, Saint-Aubin-des-Préaux, la Lucerne, et longe ensuite la rive droite du Tbar pour aller dépasser Yilledieu.
Quelques tlots perdus dans les grauwackes se métamorphosent graduellement et deviennent des grès rouges formés de sable ferrugineux ou grès psammites. On les trouve à Beauchamps, à Champrépus et à Fleury. Ceux de Beauchamps sont employés comme pierres à aiguiser; ceux de Champrépus et de Fleury sont utilisés pour les carrelages.
Près de l'abbaye de la Lucerne, en particulier, ces poudingues, en contact avec le granit, présentent des conglomérats porphy* riques, formés par des cristaux de quartz blanc, mêlés à des fragments de feldspath, noyés dans un ciment siliceux couleur de lie de vin. C'est avec ces roches qu'on vient de renouveler les belles colonnettes du cloître du Hont-Saint-Michel. Polies àl'aide du diamant, on serait tenté de les prendre pour des pierres précieuses.
2^ Boches du sédimmt silunén supérieur et fossiles de rAvranr chin. — Ce second sédiment qui forme une bande de quinze kilomètres de long sur cinq de large, recouvre en totalité ou en partie les communes de Romagny, de Mortain, éo Meufboucg,
de BioD, de Saint-Clément, de Rancoudray, de Saint^ean-du- Corail, de Ger, de Barentoh et de Saint-i&eorges-de-Rouelley. Il comprend des grès quartzifères et des schistes ardoisier» fossilifères.
Les grès, dits grès armoricains, sont de trois espèces. La première est composée de grains de quartz noir, blanc ou bleuâtre, le tout parsemé de quelques parcelles de feUspaih kaoliâîsé; la seconde beaucoup plus considérable, n'a ({ue le ({uartz pour élément constitutif. On y remarque diverses empreintes qui ne sont peut-être que des traces d'an nelés, et connues sous le nom debilobites. Des tiges cylindroïdes, légèrement cannelées et offrant des nœuds régulièrement espacés, s'y rencontrent également^ c'est le scolUus linearis. Appartient-il à la classe des polipiers ou rappelle-t-il des arbustes du genre des Asterophyllites, de la période dévonienne? On ne saurait Taffirmer.
La troisième espèce de grès est jaunâtre et micacée. Elle se voit surtout au nord de la ville de Mortain, oii elle domine les schistes par exception. Elle renferme le trilobite, Tortbis, le redonia^ avec des bivalves de différentes grandeurs.
Mais c'est dans les schistes bleuâtres qui recouvrent une partie de ces grès, en formant des monticules parfois élevés, que nous rencontrons les plus beaux fossiles du pays. Ils comprennent des plantes et des animaux qui sont déjà assez nombreux pour répondre à plusieurs embranchements de la division zoolegique.