‹ MémoiresChapitre 14 sur 24 · PORTRAIT DE LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE

Madame de Longueville a naturellement bien du fond d'esprit, mais elle a encore plus le fin et le tour. Sa capacité,

LE CARDINAL DE RETZ

qui n'a pas été aidée par sa paresse, n'est pas allée jusqu'aux affaires dans lesquelles la haine contre M. le prince l'a portée, et dans lesquelles la galanterie l'a maintenue. Elle avoit une langueur dans les manières, qui tou choit plus que le brillant de celles mêmes qui étoieni plus belles. Elle en avoit une même dans l'esprit, qui avoit ses charmes, parce qu'elle avoit des réveils lumineux et surprenants. Elle eût eu peu de défauts, si la galanterie ne lui en eût donné beaucoup. Comme sa passion l'obligea à ne mettre la politique qu'en second dans sa conduite, d'héroïne d'un grand parti elle en devint l'aventurière. La grâce a rétabli ce que le monde ne lui pouvoit readre.

PORTRAIT DE hk DUCHESSE DE CHEVREUSE.

Madame de Chevreuse n'avoit plus même de reste de beauté quand je l'ai connue. Je n'ai jamais vu qu'elle en qui îa vivacité suppléât au jugement. Elle lui donnoit, même assez souvent des ouvertures si brillantes, qu'elles parcissoient comme des éclairs ; et si sages, qu'elles n'eussent pas été désavouées par les plus grands hommes de tous les siècles. Ce mérite, toutefois, ne fut que d'occasion. Si elle fût venue dans un siècle où il n'y eût point eu d'affaires, elle n'eût pas seulement imaginé qu'il y en pût avoir. Si le prieur des Chartreux lui eût plu, elle eût été solitaire de bonne foi. M. de Lorraine, qui s'y attacha, îa, jeta daus les affaires. Le duc de Buckingham et 1er comte de Holîand l'y entretinrent ; M. de Châteauneuf l'y amusa. Elle s'y abandonna, parce qu'elle s'abandonnoit à tout ce qui pîaisoit à celui qu'elle aimoit. Elle aimoit sans choix, et purement parce qu'il falioit qu'elle aimât quelqu'un. Il n'étoit pas même difficile de lui donner, de partie faite, un amant ; mais dès qu'elle l'avoit pris, elle l'aimoit uniquement et fidèlement. Elle nous a avoué, à Madame de Rhodes et à moi, que par un caprice, se disoit-elle, de la fortune, elle n'avoit jamais aimé le mieux ce qu'elle avoit estimé le plus, à la réserve toutefois, ajoutoit-eîle, du pauvre Buckingham. Son dévouement à sa passion, que l'on pouvoit dire éternelle quoiqu'elle changeât d'objet, n'empèchoit pas qu'une mouche lui donnoit quelquefois des distractions ; mais elle en revenoit toujours avec

des emportements qui les faisoient trouver agréables. Jamais personne n'a fait moins d'attention sur les périls, et jamais femme n'a eu plus de mépris pour les scrupules et pour les devoirs : elle ne reconnoissoit que celui de plaire à son amante

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