PORTRAIT DU DUC D'ORLÊANS
M. le duc d'Orléans avoit, à l'exception du courage, tout ce qui étoit nécessaire à un honnête homme : mais comme il n'avoit rien, sans exception, de tout ce qui peut distinguer
(i) Voilà de Retz plongé dans de nouvelles intrigues ; l'année 1648 s'est écoulée au milieu des troubles, la cour et le roi ont quitté Paris en 1649 \ les Frondeurs sont les maîtres absolus de la capitale, et le Coadjuteur se démène sans se lasser. Il arrête un instant sa narration pour crayonner quelques portraits.
LE CARDINAL DE RETZ
un grand homme, il ne trouvolt rien dans lui-même qui pût ni suppléer ni même soutenir sa foiblesse. Comme elle régnoit dans son cœur par la frayeur et dans son esprit par l'irrésolution, elle salit tout le cours de sa vie. Il entra dans toutes les affaires, parce qu'il n'avoit pas la force de résister à ceux qui l'y entraînoient pour leur intérêt ; il n'en sortit jamais qu'avec honte, parce qu'il n'avoit pas le courage de les soutenir. Cet ombrage amortit, dès sa jeunesse, en lui les couleurs même les plus vives et les plus gaies, qvii dévoient briller naturellement dans un esprit beau et éclairé, dans un enjouement aimable, dans une intention très bonne, dans un désintéressement complet et dans une facilité de mœurs incroyable.