‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 108 sur 142 · D'ALBERT CARDINAL D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

D'ALBERT CARDINAL D'AUTRICHE

Chef et conducteur de l'armée EspagnoUe au secours de la ville d'Amyens.

Pièce in-folio en travers; estampe gravée sur cuivre, au bas de laquelle on lit : Par Chatillon topographe du Roy. H. o">i55, L. o'"4io. A gauche, dans le haut, la ville d'Amiens; Paction est engagée entre les Français et les Espagnols, sur toute Pétendue du terrain représenté; dans le bas, sur la longueur de Pestarope, le camp retranché de Henri IV. Au-dessous de Pestampe, texte imprimé sur trois colonnes.

YANTla Majesté invincible de Henry IV, Roy Très Chrcstien de France et de Navarre, faict le siège de la ville d'Amyens, avec autant d'industrie et dextérité que le progrcz et issue en ont donne de Padmiration et estonnement à un chascun, de la crainte à

iSo? BELLES FIGURES DE LA LIGUE 335

SCS ennemis, tînalemeni de la joie à ses vrays ei loyaux sujects, pour l'espérance qu'ils ont d'un repos général à tout le Royaume: ce siège fust continué un long temps avec tant d'heur que les aïisiégez se trouvèrent fort estonnez, ores qu'ils y fussent 4,000 hommes de guerre en garnison, la pluspan Espagnols de nation, fournis abondamment de toutes choses nécessaires, notamment de plus de 5o pièces d'artillerie, dont les 25 esioicnt pièces de batterie, et des pouldres pour tirer 10,000 coups, tellement que cela occasionna le Roy d'Espagne, lequel ne désiroii rien tant que de maintenir son usurpation sur une telle et importante ville. Métropolitaine de Picardie, posiposant mesmesla pene du Pays Bas (qui s'en est à peu près cnsuyvie), de chercher tous moyens qu'il pourroii pour la secourir. Et, à cesi effcct, Albert, Cardinal d'Autriche, dressa une forte et puissante armée, composée de toutes les forces du Pays Bas, qui faisoyeni en nombre i5,ooo hommes de pied, et trois à quatre mille chevaux, dîx-huici pièces de canon, et infinis chariots enchaisnez ensemblemeni. Ce grand et superbe appareil sembloit devoir engloutir partie des villes frontières; mais Dieu, par son assistance et grâce spéciale envers les François, a rendu S. M. amplement victorieuse sur tous leurs sinistres desseins, les affrontant et attaquant avec une tant Royale valeur, Héroïque vigueur et Magnanimité généreuse (vertus vraycment siennes), guidée par la justice de sa cause, que ledict Cardinal fust contrainct de faire la retraicte honteuse qui est représentée en ce Dessein, et déclarée par le Discours suyvani :

Le Cardinal d'Autriche donc, arrivé avec sa puissante armée à Dourlan, fait courir le bruit que infailliblement dans quatre jours il donneroit bataille ù S. M., ainsi que plusieurs des siens faicts prisonniers ont référé, voire voulu asseurer sur le péril de leurs vies ; ce pendant il est très certain qu'il n'en eusi jamais la volonté. Ce que cognoissant très bien S. M. et en estant très asseurée, néantmoîns, selon sa sage conduite, courage incomparable, et prévoyance ordinaire, se résouh à la bataille, et à pourvoir à l'artifice dont ledict Cardinal sur ce bruit se vouloit servir pour secourir la place, prend son champ de bataille sur le hault de Long-prez, unquart de lieue arrière la fermeture de son camp retranché, pour se garantir des canonnades, tant des assiégez

que des secourons, à la mercy desquelles il estoit; autrement, il eust esté fort incommodé et endommagé desdictes canonnades ; voire se fust ensuyvy quelque désordre lorsque Von seroit en gros près ladicte fermeture du camp, estant trop proche de la ville. Et, de faict, le jour précédent et 1 5 septembre en furent tirées plusieurs par les assiégez, qui passoyent au-dessus des esquadrons de S. M., et celles dudict secours donnoyent en front, et passoyent, anticipant sur celles des assiégez quelquefois plus de deux cens pas. Mais tout cela n'empescha point que Tarmée du Roy ne fit ferme comme un roc, s'estans les soldats si bien accoustumez pendant le siège à telles salves de canons, qu^ils ne s^en soucioyent aucunement, bien qu^ils en eussent et en teste et en dos. Or, s^estant ledit Cardinal retiré, le soir quinziesme septembre, au village de S. Sauveur, à deux lieues d^Amyens,en part le lendemain, avant le jour, oti le feu est donné à Pinstant, et au lieu de tourner teste vers la ville, ou aux trouppes françoises, qui les attendoyent sur la prochaine montaigne, en bataille rengée, prennent chemin contraire, ne jettant que Pespaule droicte de leur armée, droict sur Padvenue des François, qui fiist garnie, par les ennemis, de chariots enchaisnez en nombre estrange, faisant à leur teste avancer, comme en croissant, leur cavalerie, tant à droicte qu^à gauche, leur infanterie par esquadrons départis en trois, savoir : TAvant-garde , Bataille, Arrière-garde; et les i,5oo hommes destinez pour le secours marchoyent derrière, avec pièces de canon à la teste de chacun gros. En ceste forme, tirèrent sur le haut de la montagne de Vignacourt, lieu jusques auquel S. M. avait faict entretenir Tescarmouche fort vifvement et diligemment. Ayant ainsi sadicte Majesté recogneu touteParmée ennemie, etde si près qu^elle peust juger de leur nombre, forme et contenance^ accompagnée de 6 ou 7 favoris, quelques siens Carabins qui avoient taict leur décharge, et faict rebrousser chemin à ceux qui les poursuyvoient, voire repoussez jusques au gros de leur armée, dans laquelle jouoit incessament le canon de S. M., qu^elle avoit faict avancer pour cest effect. Passé qu'ils ont Thorizon de la montagne, leur cavalerie faisant ferme tant sur le hault que vers Flacelle, estant leur bagage et infanterie en sauveté et exempte de la charge françoise pour ce jour (qu'ils fuyoient autant que les François les recherchoient), font mine de

i597 BELLES FIGURER DE LA LTGUE ÎJ?

vouloir venir à ta charge, mais, aussi losi avancez, aussi tosi relirez sur le hault, où depuis n'ont pas paru en corps d'armée, ains firent diligente reiraicte en mesme temps, ne voyant aucun moyen de pouvoir secourir les assiégez qui se rendirent peu après. Depuis icelle reiraicte, le Roy s'achemine devers Dourlan, avec son armée et huit pièces de canon, donnant un grand effroy dans le pays d'Artoys, duquel la pluspart des habiians sVntuyent à Arras, oti esioii le cardinal d'Ausiriche, qui, se retirant, fait jeter partie des meilleurs hommes de son armée dans ledict Dourlan, avec un grand convoy de vivres et munitions de guerre, oCi S. M. ayant faict quelque séjour, sans que les ennemis fissent aucune sortie, part avec sa cavalerie, infanterie ei canons, donne aux portes de la ville d'Arras |oCi estoit encores le cardinal, avec le reste des plus braves, vaillans et courageux de son armée], fait tirer sur icelle 25 ou 3o voilées de canon, y fait ferme long temps, aitendani quelque sortie des ennemis, et exploict de gens de guerre; mais ils n'en tirent aucune, se contentant de l'espouvanie qui ne fusi petite, laquelle espouvante est fort redoublée, tant à leurs villes frontières que par tout le Pays Bas, pour les nouvelles, arrivées depuis huici jours, de la mort du Roy Philippe d'Espagne. De là, S. M. dcspari, et se r'achemineà Amyens, pour donner ordre aux garnisons, au repos de son armée victorieuse, après un si grand et long siège, l'avolsinans les pluyes et rigueur de l'hyver, et pourvoir aux autres affaires de son Estât là laquelle Dieu veuille augmenter ses victoires, et donner longue et heureuse vie.

Page 1