III
Tesmoing en est cest Henry de Valois, Qui^ aiant eu le François diadesme.
S'est faict tyran et mesprisant les loix :
Enfin est cheu en deshonneur extrême.
Je te suppiy qu'il ne t* ennuyé point.
Ami Chrestieny si je te dis sa vie :
Je seray bref, allant de poinct en poinct, A celle fin que je ne fattedte.
Dès le moment et l'infortuné jour Que ce tyran prit au monde naissance.
Il monstra bien qu'il n'avoit point d'amour Et qu'il n'auroit jamais point de clémence.
// a esté eslevé et nourry En tous peche^ et voire en hérésie, Qui luy avoit son meschant cœur pourry Et quant et quant son orde ame moisie.
io6 PIERRE DE L'ESTOILE 1589
Lorsqu'il allait, soubs Charles bataillant.
Il soustenoit en tout les Hérétiques, Et^ du secours par soubs main leur baillant, Il oppressait les loyaux Catholiques.
// afaict perdre et mourir à crédit Un nombre, hélas! infiny de Gendarmes, Et de plus a, le meschant et maudit, Rempljr partout nostre France de larmes.
// n'avoit point aucun autre plaisir Que de fureur, que de sang, que de rage; Il n'avoit rien planté en son désir, Que feu, que fer, que meurtre, que carnage.
Les Rochelois estaient du tout vaincw;^ Etjà desjà s* appr estaient pour se rendre; Mais il ayma beaucoup mieux leurs escufç.
Que les domptéir, les ranger et les prendre ;
Monstrant par là que vraiment il estait L'aide et support de tous nos adversaires, Et que tousj ours faveur il leur prestait Pour empirer et aigrir les affaires.
Après cela, en Pologne il passa.
Qui pour son Roy l* avait voulu eslire : Mais tout soudain, legier, il la laissa Et s'en revint, sans mot aucun luy dire
i589 BELLES FIGURES DE LA LIGUE 107
Et vistement en France retourna.
Pour la vexer, tourmenter et destruire^ Car œuvre aucun jamais sceu faire il ri a.
Que perdre l'heur de ce François empire,
Le peuple, hélas ! partout s^esjouissoit De son retour et de sa revenue :
Mais le haut Ciel, qui mieux le cognoissoit, Pleura longtemps d*une pluye menue,
Or, dès qu'il fut en France de retour.
En tous endroicts tout le peuple et l'Église Jamais ri a eu cesse d'avoir tousfour La pauvre main dedans la bourse mise,
Pour entasser de Vargent à ce Roy^ A ce tyran malin et exécrable, Qui a tout mis en piteux désaroy^ Rendant partout son peuple misérable,
// a, meschant, mesprisé les seigneurs Et desdaigné les princes de hauts tiltres, Et a poulsé à ses plus grands honneurs Je ne sqay quels coquineaux et bélistres,
// rieust jamais aucune piété, Ny point de loy durant toute sa vie.
Mais hypocrite il a tousjours esté.
Dissimulant ainsi son infamie.
io8 PIERRE DE L'ESTOILE iSSg
A la parfin, voulut faire mourir, Dedans Paris, beaucoup de Catholiques, Ne les faisant à autre but périr Que pour aider aux tneschants Hérétiques.
Voila pourquoy le peuple se banda.
Pour ne souffrir ses desseins détestables^ Et promptement lors se baricada.
Pour n'endurer choses si exécrables.
Dès ce jour-là, le faux tyran, fasché De voir ainsi sa volonté déceuë, Et qu^on Vavoit bravement empesché Qu'elle ne vint à sa cruelle issue :
// sortit hors de Paris, en jurant Que tost après il la mettroit en cendre, Et que, devant que voir la fin de Van, Pour se venger, feroit le peuple pendre.
Et, pour venir aisément à la fin De son vouloir et barbare entreprise.
Il fit semblant, comme estant caut et fin, D'aimer le haut et bon seigneur dç Guyse.
Puis commanda les Estais assembler Et se tenir à Blois, au bord de Loyre :
Mais, las ! c'estoit pour tout encor' troubler, Ce que pour lors personne n'eust sceu croire.
i589 BELLES FIGURES DE LA LIGUE 109
Les Estais donc est ans ainsi dresse^ Et assembles^ de toutes les provinces.
Et voire jà plusieurs poincts avances^ Et discourus par luy et par les Princes :
Iljit (6 cœur et acte de tyran l) Assassiner les hauts seigneurs de Guyse^ Qui aux Estats tenoient le premier rang.
Pour la Noblesse et aussi pour l'Église.
IlJit après emprisonner tous ceux Qui là estoient depute:( des provinces, N'ayant esgard ou respect, ny à eux, Ny à lafoy des Rois et des hauts Princes.
Henry vit lors tout son peuple irrité Encontre soy^ pour tant defaicts iniques^ Et tout soudain accreut sa malheurté Et se joignit avec les Hérétiques,
Et furieux s'en vint devant Paris, Y conduisant une puissante armée. Menaçant feux, fers, gammes et périls A la cité sur toutes estimée.
Si bien quejà tout le peuple trembloitj Craignant beaucoup sa furie enragée, Etjà desjà à un chacun sembloit De voir partout la ville saccagée.
110 PIERRE DE UESTOILE 1589
Mais le grand Dieu, qui secourt au besoin Le peuple sainct, qui tout en luy sefie^ Par sa bonté immense a eu le soin Des Parisiens, de leurs biens et leur vie.
Mouvant ce bon et sainct Religieux^ Jacques Clément, né au bourg de Sorbonne, Lequel estoit prestre dévotieux, Et qui tousjours eust l'ame saincte et bonne,
A réprimer ce tyran très maudit :
Ce qu'il afaict, voire de galant-homme, Voyant quejà il estoit interdit Par le décret du Saint Père de Rome.
Avec un glaive et cousteau bien petit, Il a tué ce Tyran très inique, Lequel riavoit aucun autre appétit Que défouler le party Catholique.
Et^ luy ayant, hardy, donné les coups Qu'il luy falloit pour l'oster de ce monde^ Il se jet ta et mit à deux genoux Et pria Dieu d'affection profonde.
Lors y les Archers des Gardes, furieux.
Voyant Henry lequel plaignoit la pance, Frappèrent tous ce bon Religieux, Le massacrans et navrans à outrance.
i589 BELLES FIGURES DE LA LIGUE m
Religieux propice et fortuné, Tu es vrayment généreux et louable^ Et heureux est le jour que tu fus né, Pour estre à tous si bon et secourable !
Tu as tout seul beaucoup plus entrepris Que nostre Camp et toute nostre armée :
Tu dois avoir un grand los et grand prix, A jamais doitflorir ta renommée.
Près de la Seine^ et au [bourg de SainUCloudy] Vauguste jour des Liens [de Saint Pierre, 1 Fut fait ce beau et salut[aire coup,] Qui rompt les nœuds et [liens de la guerre.]
Or^ ce fut l'an mil[quatre vingt et neuf] An très heureux, an [de joie et de grâce] Que ce Clément, avec [un couteau neuf] Tua Henry, le dem[ier de sa race.]
Roy de Navarre, [à présent tu n'as plus] Aucun crédit, ny [puissance quelconque.] Tu es matté, tu es [foible et perdu :] Quand est de Roy, tu ne [le seras oncque.]
Car le François ne peut [et ne veut pas,] Puisqv^il est bon, loyal et [Catholique,] Avoir un Roy qui s'est dit [aux Estats] Le protecteur de la bande [Hérétique.]
112 PIERRE DE L'ESTOILE iSSq
Nous n^avonspeur, ains[i que tu le vois^] Ny de ton camp, ny de ton [exercite,'\ Puisque desjà le Tyran [de Valois] S'en est allé dans les ea[ux de Cocyte.]
Mais je reviens à ce [Jacques Clément,] Religieux très-dévot [et honneste,] Qui a tué cest Henry incl[ément,] Nous remettant en liesse [et en /este.]
Il faut f il faut qu'en un [temple honnoré,] Il soit posé avec pompe [et grand' gloire,] En or, ou bien en cuivre [eslaboré,] Pour une ferme et dura[ble mémoire^]
Et qu'à Ventour de son [noble portrait] Et de sa claire et luisante [effigie,] Le sculpteur grave avec [son meilleur trait] Cest Epitaphe et discours [de sa vie :]
VoiCY, Chrestien, ce Clément bien-heureux, Lequel jadis délivra [nostre France] De ce Valois, dernier [Roy malheureux,] Qui tint seize ans [tout le peuple en souffrance.]