‹ Mémoires-journaux, 1574-1611Chapitre 89 sur 142 · DU DUC DE GUYSE · texte numérisé non relu

DU DUC DE GUYSE

Et se chante sur le chant des Fariniers.

Placard pet. in-4, à 3 col., sans date, ni nom de lieu et d'imprimeur.

CE/ust le jour d'un Jeudy, Environ sur le Midy^ Que le vaillant Duc de Guyse S* est sauvéy par bonne guise.

A ses gardes il a dit :

« Lequel de vous s'enhardit

« De sauter à Fescallade,

« Contre moy qui suis malade,

a Etf à cloche pied montant^ a Ne cesser jusques à tant « Que soyons à ma demeure?

« Je luy donne une monture, d

Lors un de ces gens a dit :

« Je n'y fais point contredit,

« Jure^-moy donc sans finesse

« Que vous me tiendrez promesse ? »

Et lors il luy a promis, Puis à monter se sont mis, Mais n'a peu sajoible garde Le suivre à ceste escallade.

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Surquqy, sa porte fermant y Il lux ^f^^^ wn serment.

Qu'il n' aurait pas sa monture^ Puisqu'il perdait la gageure.

Lors il va droit au cameau.

Estant pourveu d'un cordeau.

Duquel en bas il devalle, Sans faire aucun intervalle.

Mais, manquant la corde asse\^ Il sauta dans lesfosse:^, Haut de deux toises et demie^ Malgré ses gardes hardies.

Lors, estant à bas en paix, Il demande à son laquais.

S'il n'avoit arme qui vaille ; Mais un poignart il lui baille.

Et puis, estant remonte^ Des fossés^ quoique hourde\^ Ils advisèrent un homme Sur une jument de somme.

Parquoy ils Vont adverty :

« Rends-nous cestejument^cy!

a Autrement, sera ta vie « Par ce poignart'Cy ravie! »

Lors lefrelu descendit

De ceste jument, puis dit

Ce bon vaillant duc de Guise :

« PassonSy sans point de remise*, »

Lors, sans estre pourchasse:(t La rivière ils ont passe^.

Ne trouvant homme ny femme, Qui leurfeit aucun diffame,

Horsmis deux femmes du lieu, Dont Pune est servante à Dieu, Vautre au Diable et maheutresse, Vaccusant comme traistresse.

Disant à tous les bourgeois :

« Or, qy-je veu cestefois « Sauver, sans point de feintise, « Vostre prisonnier de Gujrse. »

Dequqy chacun estonné,

Une allarme on a sonné,

En disant : « Sus! sus! gendarmes,

« Que chacun prenne ses armes! »

Lors, il est sortjr de Tours Bien cent chevaux, auxfauxbourgs.

Qui de tous coste^ cherchèrent Celuy-là qu'ils n'attrapèrent.

Car, en le voyant de loing, Ils crioient, à leur besoing^ Quil s'arrestast sans mes garde, Pour obéyr à sa garde.

Mais d'aussi loing il respond A celuy qui le semond :

tt Tu ne m'auras à ta guise, « Car quatre chevaux jadvise. »

Puis après, en les trouvant, Monta sur un cheval blanc, Et un autre qu'ils donnèrent A celuy qu'ils emmenèrent.

iSqs belles figures de la ligue 273

Et pour cCy les poursuivans, S'en retournèrent resvans,

Cognoissans bien que leur peine Eust pour eux esté trop vaine.

Monsieur de Guyse, d'ailleurs.

Vint avec ces chevaucheurs Joindre Monsieur de la Chastre, Jusque dans Bourges s'esbattre :

Et ceux de Bourges, joyeux, Se sont mis à faire feux ^ De çà et là y par les rues.

Et grâces à Dieu ont rendues.

Les habitans de Paris Aussi grande joye ont pris, Oyans de bonnes nouvelles.

Que de longtemps n'eurent telles.

Le Te Deum ont chanté, Duquel ne s'est absenté Le peuple, ains en abondance Y a fait belle assistance.

Et les Espagnols aussi, Ayans ouy tout cecy^ S'esgayent, par braverie, A coups d*escoppeterie.

Le Béarnois, estourdy^ S'en est si fort refroidy, Qu'à peu près, vaincu de rage^ Il n'ait perdu le courage.

Comme donc monta aux deux Le corps saint et glorieux

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De la Vierge Nostre-Dame, Accompagné de son ame :

Ce jour mesme, aussi montant ^ Et gayement s'esbattant.

Dieu sauva Monsieur de Guy se Et le remit en franchise.

Fin.

MOT DE SIBILLOT

Note écrite de la main de L'Estoile.

<( Je ne m^estoime point, disoit Sibillot, s^il y a presse à estre Roy de France : c'est un beau mot, et le mestier en est honneste. Car, en travaillant une heure de jour à quelque petit exercice, il y a moien de vivre le reste de la sepmaine, et se passer de ses voisins. »

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