PUBLIÉ PAR LES REBELLES DE PARIS
AU MOIS d'octobre DERNIER.
L UR ce que le Procureur général du Roy l a démonstré à la Cour, que les rebelles r et sédilicuXf pour exécuter les meschatis t et malheureux desseings qu'ils ont de 'longue main projettez, pour usurper ceste Couronne sur les vrais et légitimes possesseurs d'icelle, non contens d'avoir rempli le Royaume de meurtres, massacres, brigandages et pilleries, et avoir d'abondant introduit l'Espagnol, très cruel et très pernicieux cnncmy de la France : voyans que les habitans des villes rebelles commençoient, comme d'une longue léthargie et pâmoison, à retourner à soy et reprendre le chemin de l'obéissance, dont Dieu et Nature les obligent envers leur Roy légitime, pour du tout amortir et reboucher les pointes et aiguillons de la charité, vers leur patrie, qui se réveilloient en eux, et remettre ce Royaume en plus grand trouble et division que devant.
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se disposent de procéder à l'eslection d'un Roy. Pour à laquelle donner quelque couleur, ils ont fait publier certain escrit, en forme de Bulle, portant pouvoir et mandement au Cardinal de Plaisance d'assister et authoriser ladiae prétendue eslection. En quoy lesdid rebelles et séditieux descouvrent aparemment ce qu'ils ont jusques icy tenu caché, et qu'ils n'ont fait que prendre le prétexte de la religion pour couvrir leur malheureuse et damnable entreprise et conjuration. Chose que tout bon François et Catholique doit détester et abhorrer, comme directement contraire à la paroUe de Dieu, aux sainas décrets, conciles et libertez de l'Eglise Gallicane, et qui ouvre la porte à l'entière ruine et éversion de toutes polices et sociétez humaines instituées de Dieu, mesmement de ceste tant renommée et florissante Monarchie : la loy fondamentale de laquelle consiste principalement en l'ordre de la succession légitime de nos Rois, pour la conservation de laquelle tout homme de bien et vray François doit exposer sa vie, plus tostque soufirir qu'elle soit altérée et viollée, comme le gond sur lequel tourne toute la certitude et repos de l'Estat requérant y estre pourvu.
LA COUR, en enthérinant la requeste faicte par le Procureur général du Roy, Ta receu et reçoit appelant comme d^abus, de Foctroi et impétration de ladite Bulle et pouvoir y contenu, publication, exécution d'icelle, et tout ce qui s'en est ensuivi; l'a tenu et tient pour bien relevé; ordonne que Philîppes, du titre de S. Onuphre, Cardinal de Plaisance, sera assigné en icelle, pour deffendre audit appel. Et vaudront les exploits faits en ceste ville de Chaalons à cry public et seront de tel effect et valeur, comme si faicts estoient à personne ou à domicile. Et ce pendant, exhone ladicte Cour,
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tous Prélais, Evcsques, Princes, Seigneurs, Gentilshommes, Officiers et subjects du Roy, de quelque estât, condition et qualité qu'ils soient, de ne se laisser aller ou gagner aux poisons et ensorcellemens de tels rebelles et séditieux, ains demourer au devoir de bons et naturels François, et retenir toujours l'affcaîon et chanté qu'ils doivent à leur Roy et patrie, sans adhérer aux aniBces de ceux qui, soubs couleur de religion, veuillent envahir l'Esiat et y introduire les Barbares Espagnols et autres usurpateurs; fait très expresse inhibitions et deffenses ;\ toutes personnes de tenir ou avoir chez soy ladite Bulle, icelle publier, s'en aider ou favoriser lesdits rebelles, ni se transporter auxvjlles et lieux qui pourront esire assignez pour ladite prétendue eslection, et sur peine, aux Nobles, d'esire dégradez de Noblesse et déclarez infâmes ei roturiers, eux ci leur postérité; et, aux Ecclésiastiques, d'esire dcscheus de possession de leurs bénéfices; et punis ensemble tous contrevenans, comme criminels de leze-Majesté, et perturbateurs du repos public, déserteurs et traistres à leur pays, sans espérance de pouvoir obtenir à l'advcnir pardon, rémission ou absolution, et à toutes villes de recevoir lesdits rebelles et séditieux pour faire ladicie Assemblée, les loger, retirer ou héberger. Ordonne ladicte Cour que le lieu où la délibération aura esté prise, ensemble la ville oii ladicte Assemblée se fera, seront rasez de fond en comble, sans espérer d'estre rééditiez, pour perpétuelle mémoire, à la postérité, de leur trahison, perfidie et infidélité; enjoina à toutes personnes de courir sus, à son de toxin, contre ceux qui se transporteront en ladite ville pour assister ù icelle Assemblée. Et sera commission délivrée audici Procureur général. pK)ur informer contre ceux qui ont esté autheurs et promoteurs de tels monopoles et conjurations faictes contre l'Estat, et qui leur ont aidé ou favorisé. Et sera le présent Arresi publié, à son de trompe et cry public, par les carrefours de ceste ville, et envoyé par tous les siégos de ce ressort, pour y estre leu, publié et enregistré, à la diligence des substituts du Procureur général : dont ils ceni-
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fieront la Cour^ dans un mois, à peine de suspension de leurs estats.
Faia en Parlement, le i8 novembre m. d. lxxxxii. A Chaa*
Ions.
Signé: SAIGEOT.
L'Estoile a écrit à côté de TArrét qui précède :
Contre cest Arrest les prédicateurs de Paris dédamèrent unanimement, taxans particulièrement les Président et Conseillers qui s y estoient trouvés, les désignans par leurs noms en leurs chaires, et leur donnant à chacun leur sopiquet. Entre les autres, Boucher (qui est le Roi de leur Ligue, pource qu^au royaume des Aveugles les Borgnes sont Rois) apela le Président de Thou Toreau bannier, et le Conseiller Angenoust Vieil Hu^ guenot moisi, le dimanche 21® juillet 1592, dans S. Berthelemi, où il preschoit, et où j^estois.