LES MARINIERS FRANÇOIS AUX LIGUEUX
Messieurs, que, sous l'effort d'une obscure tempeste, Tasche:[ à retirer nostre barque des flots I Au nom des Dieux marins, oief nostre requeste. Et prenez quelque ennui des pauvres matelots !
Nous savons bien^ Messieurs, que vostre prévoiance Suffistpour abréger de nos maux le circuit :
Nous Vavons bien congneu, quand, avant l'indigence, Vous ave^ bienpourveu de serrer le biscuit.
Vous tfve^ dans la main la sonde et la boussole. Pour dresser nostre barque et la conduire à port; Messieurs, qui congnoisse^ et le vent et le pôle. Embrasse^ la bonasse et nous mettej^ à bord!
288 PIERRE DE L'ESTOILE i5go
Si vous pensie^ tous seuls résister à l'orage, Pour sqavoir gouverner le timon au besoin.
Les vents sont trop mutins pour rompre le cordage Et renverser les masts, si nous n'y prenons soin.
Comme à nous, le salut de ce Vaisseau vous touche, Et la perte nous est aussi dure qu'à vous; Comme nous, vous craigne:^ le vent qui s'esfarouche, Bien que rien ne se void qui souffre comme nous.
Vous nous tenei ^^^S ^^^P^ entre espérance et crainte^ Sans gouster toutefois que valent nos langueurs : Patrons, plains de rigueurs, ceste extrême contrainte Suffira-t -elle pas pour rompre vos longueurs?
IPespére\ vous sauver tous seuls de ce naufrage, Lorsqu'une rouge flamme ardra nostre Vaisseau: Plus tost, afin qu'ensemble on courre mesme orage. Nous lairrons plat aller les avirons dans Veau.
Messieurs, qui nous presche\y pendant ceste famine. Qu'il vaut bien mieux mourir qu'à bord tendre les bras. Il est vrai, mais, suivant les loix de la marine. Il faut plus tost aussi qu'on mange les plus gras.
Si nous vous avions veu, prophètes de Neptune, Comme atomes nouveaux^ ne vous remplir que dair^ Et qu'encor* vous eussiez ceste voix importune. Nous croirions que Dieu seul vousfaict ainsi parler.
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Mais il est bien aisé, lorsque la panse est plaine , Dire que ce n'est rien que d'endurer lafaim^ Et, pour dessus vos dos toujours tondre la laine. Nous promettre un secours, du jour au lendemain,
Vous n^ave\ point de Dieu, mes bien aimés lévites. Et vostre \èle n'est qu'un :^èle oblique et faux. QuHl soit vrai, sont-ce pas des effets d'hypocrites, Que, pour se garantir, causer dix mille maux?
Messieurs^ qui sçave:{ bien prendre au poil la Fortune Et retirer proufit du dommage d autrui, C'est faire trop le fin, que, sur cest infortune. Vouloir, à nos despens, asseurer vostre appui.
Si vous ave\ pillé, comme il est véritable, . Pendant qu'une nuict brune estendoit son manteau. Nous ne voulons pourtant y que, contre un banc de sable, Pour nous perdre en commun, vous tourniez le bateau.
Nous ferons mieux ^ Messieurs, pour ce que nostre troupe Est beaucoup plus puissante et mieux duite à ramer: Pour appaiser les Dieux, du plus haut de la pouppe, Nous vous jetterons tous, un matin, dans la mer.
O larrons bien {elés, c'est par vos artifices Que la tempeste dure et Sainct Herme nous fuit* Je crois, Louschars, qu'enfin vos notables offices. Qui ne vous diroit mot, perdroient toute une nuit*
Courage, mariniers I Quelque peu de pirates.
Pour se gauchir de coups, /ont targue de nos pleurs : Iljaut que nous taschions à sortir de leurs pattes. Pour quelque jour pouvoir nous rire aussi des leurs.
Il faut chasser le mal qui tant de mal nous donne. Quoique Maschant en masche, et cause Sainction, Il est bien plus séant qu^un Sénat en ordonne Et le docte cerveau d'un Prélat de Lion.
Nostre barque se perd, si l'on ri y remédie.
Et nul riy fait proujit, que quelque garnement; Tout chascuny languist, tout le mondey mendie. Mais le plus grand danger, c*est au retardement.
Messieurs, qui, pour signal de charge souveraine. D'un long rommain habit ave\ le dos vermeil, Permettre:{'Vous, Messieurs, qu'à sec dessus Paréne, Vous voie:{ s'entrouvrir ceste nef, au soleil?
Cest à vous d'opposer vos biens et vostre vie Pour conserver l'honneur de régir ceste nef Et vous faingne\y tandis quelle est demi périe Et qu'un fouldre voisin lui menace le chef!
Vous y mourre\ aussi, faites-en vostre compte, Indignes, à qui Vheur d'un tel bien soit commis! Vos manteaux vous devroient faire rougir de honte. Qui sur des corps si vains ne devroient estre mis!
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Quant à moi, je ne puis en tel danger me taire. Bien marri que mon vers ri aie plus de crédit: Toutefois, si mes vœux ne se peuvent parfaire, Au moins f aurai l'honneur de le vous avoir dit.
iSqo. En juillet.
La Pauvreté et Lamentation de la Ligue •
Placard ia-folio roaxirao, coatenant une grande gravure sur bois, en travers, coloriée, et avec un cadre ornementé, dans lequel sont imprimés les vers, sur 2 col., au-dessous de la gravure. H. de Testampe o"'i94, L. oB'Soo. — A gauche est assise la I^gue, sous les traits d'une vieille femme aux cheveux épars et hérissés, couverte de haillons. Avec une corde en mauvais état, nommée Ambition, qu'elle tient des deux mains, elle cherche à briser la couronne royale, entourée de rayons lumineux, et soutenue dans le ciel par quatre solides câbles portant ces mots : Vouloir ditin, Daorr LiorrucB, Magn an ncrr< , NoBLKssB FRANçoisB. Au pied de la Ligue, Lb Lys croît sous la garde d'un agneau. A gauche, dans le haut, un diable jouant de la viole et chantant : Vous reviendrez en nos Enfers.
^ous qui voye\ tomber une juste vengeance ^Du Ciel dessus mon chef riaye^ compassion ! De mqy, nydemes maux : ma meschante arrogance Ne sçauroit recevoir trop de punition.
Tay voulu [mais le Ciel a ruiné mes menées) Joindre testeurs de lys à un sceptre esiranger; Tay encontre leur Roy les villes mutinées, Et mesmeje tayfaictpar un traistre esgorger.
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Pour le rendre odieux au peuple trop muable, Jay faict courir des bruits faussement inventés : Je disois qu'il vouloit les rendre misérables, Qu'il les vouloit piller et prendre leurs cite:[.
France, par tous moyens, j'ay tracé ta ruyne : Rien n'y a peu servir, qui n*ait esté tante.
Enfin, enfin, le Ciel, d* une force divine, Quand plus je te tenois, fa mise en liberté!
Que désormais feray-je? Où iray-je, chétifve? Pour les maux que fay faits, il me convient cacher : Doi-je me retirer sur r Espagnole rive ?
Ou dans quelque désert? ou sous quelque rocher?
Il me faut retirer au lieu de ma naissance, Aux Enfers, d*oùje vins, pour le monde infecter : Paris, qui est le cœur et l'ame de la France , A ore un si grand Roy, qu'il ne se peut dompter.
Tousmescoupsclandestins,mespoisons,mesfallaces, Oncq' ne me donneront le bien que j'ay perdu. Quand le monde pour moy servit plein de cuir aces. Il seroit aussi tost à sa valeur rendu.
Les plus mauvais garçons, qui mes desseins suivirent ^ Ceux que Pambition avoit espoinqonne\, Ayant ouvert leurs yeux, du bon costé se virent. Hormis ceulx-là qui sont aux gibets destine^.
Ils ont enfin cogneu qu'un nom de Saine te Ligue N'estoit qu'un tresbuchet et un piège abuseur. Les grands et les petits ore me font la figue, Et ceux me vont chassant qui mefaisoient honneur.
Ils souffriroient plustost toutes sortes d'injures^ Qu'estre nomme:{ Ligueurs, tant je suis à mespris :
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Je rCay plus de palais, je n*ay qu'un tas d'ordures, Où je gis languissante avec de vils habits.
Une escuelle de bois fay pour toute vaisselle, Xay pour sceptre un baston, tel que portent les gueux; Tous ceux qui m'ont suivi auroient la chance telle, Si la bonté du Roy n'avoit point pitié d'eux.
Après tant de larcins et tant de pilleries.
Je me vois indigente et trespasser de faim :
Le jugement de Dieu punit mes voleries, Et rien que pauvreté ne se trouve à ma fin.
Adieu, peuples déceus par ma voix hypocrite ^ Et par mes beaux semblants longuement enchante\! Le haut vouloir divin veut que du tout je quitte Les lys, qui n*ont esté pour l'Espagne plante:^.
Je m'en vay aux Enfers, mais que je sois jugée : Je vousferay sqavoir quel sera mon arrest.
Adieu, ô France, à Dieu, je t'ay trop affligée: Je s^ay que ma présence à bon droict te desplaist,
A Paris, par Jean Le Clerc^ rue S. Jean de Latran^
à la Salemandre.
Avec Privilège du Roy.
La Délivrance de la France par le Persée François.
Grande gniTure >ur bai*, en téie d'un placard in-fol, mftx. , avec letie imprimé i longues lignes, dan* un cadre (orm6 d'ornemeat* et de fleurons gravi* sur bois. H. de l'esUcnpe o°'ios, L. a'3cx>.
Andromfale (la France], entièrement nue, eil enchatnfe sur un rocher, au milieu des flot*. A gauche, le monatra i tête de bitier et i corps de dragon *e retourne, i l'approche du Per*£e fcançoi* (le Roi de Navarre}, monté sur un cheval ailé et prit à le frapper d'uncoupd'épée. A droite, le Grand Prêtre et la Synagogue regardent du rivage, avec *tupeur, l'événement qui *e prépare.
M RANGE, comme Andromède, i lavmrtjutofftrttf S ATdi voulue des siens et d'un peuple estranger, ffSonpaysfutsonmal, sa guerre, et son danger : t Où son bien devait estre, y demeurait sa perte.
Le Ciel,/asché de veoir une injustice aperte. Un Persée envoya, afin de la venger, Un Persée François, qui la vint desgaiger Des venues de la mort, qui t avaient jà couverte.
Le monstre, qui gardait entre ses dens sa mort. Sentit combien le bras de Persée estait fort : Comme/eit l'Espagnol de HENRY quatriesme.
FRANCE, sois-luy fidelle, et ne te laisse plus Attacher de doublons, et ne croy aux abus De ceux qui ont rongné l'or de ton Diadème.
A Paris, par Jean Le Clerc, rue S, Jean de Latran, à la Salemandre. — Avec Privilège du Roy. 1 594.
iS94 BELLES FIGURES DE LA LIGUE agi
ex
Le Prix d'Outrecuidance, et Los de l'Union.
Placard, sans nom de lieu ni •l'imprimeur. Gravure sui fol. mai., accompagnée d'un texte à longues lignes et de ^ et françaii, sur trois colonne». H. 0^380, L. o"i8o.
Milon de Crotone, en costume de soldat romain, a le« lui entre les deux moitiés du tronc de l'arbre qu'il a voulu bri loups viennent l'attaquer, dont deux le mordent à la cuîi hanche. Cet arbre prend la racine dans les entrailles d'ui ronné [.S. Louyi R. deFranee), qui a le buile appuyf sur u et qui tient de la main droite un icepire, et de la gauchi ouvert, sur les deux pages duquel on lit ;
Deui ibrïpift te violenter Je terra Tivcntium : vidtbunt juiti, ridebuni, et dîceni : Ecce homo qui non poiuit Deutn (djulorem suum, led iperiiit in TiDittte lua. Ego lulim, sicul
dIIti frucliferi in domo Deï, ravi in mlsericardia Dei in u leroum. Celebriba te in scci quia li«e feciili. etc.
Fsalm. i
Le tronc de l'arbre, i l'endroit où m* deux moîliés se sont refermées sur les mains de Milon, porte une banderole sur laquelle sont ces quatre mots : Sic Francia divisa coalescit. Des deux branches itipérîeures qui sortent des deux moitiés du tronc, celle de gauche se termine dans le haut par l'écu de France; elle olhe, de droite et de gauche, onze rameaux, aboutissant chacun i un médaillon qui renTerme une légende. Voici quelles sont ces légendes, è commencer par le bas de la branche :
Pbil. III du nom, Rof da Fr. — Pkil. dt Val. IV, Roy de Fr. — Cbar., Bit de Fr., Co. dt Vil. — Chartei, Roy d* Fr. — Jean, Roy de Fr. — Jean d'Ort., Comte d'Angouleime. — Loyi, fils de Fr., due d'OrE. — Charttt. Camtt d'ÀtigouieiiKe. — Franf. Roy de Fr., 1 du non. — Henri II, Koy de Fr. — Henry Ht, Roy de Fr. et de Pologne.
Le dernier médaillon est surmonté du buiie de ce roi, portant l'ordre du Saint-Esprit, la main gauche appuyée sur la garde de son épée, et U droite tenant le sceptre, duquel se détache une banderole avec ces mots : Fkatkem ne DEsaaa pkater.
La branche de droite se termine, dans le haut, comme ta précédente, par un écussoti aux armes du roi de Navarre; elle est également pourvue de onie rameaux et de onze médaillons renfermant chacun une légende. Voici ces légendes :
Rob. Iil« de Ff., Comie de Clermont. — toy'. Dnc de Bourbon. — Jicques de B., Connestible. — Jean de Bourbon. Comte de la Uarehe. — Loyi de B., Comte de Veodotme. — £.0^1 de B. Grand M. de Fr. —Jehan de 6.. Comte de Vendosmt. — Fraiif. deB., Camtt de Fnuianif.— Charles de B., Due de Veadoime. — Antoine dt B., Roy de Navarre.— Henry de Bourbon, Roy da Ft. et Na».
La dernier médaillon est surmonté du buste du Roi de Navarre tourné vers la droite, tenant de la main gauche une épée nue, qu'il
appuie sur «on épaule , et de la droite un sceptre, duquel se détache une banderole avec ces mots : Prius ima dkhiscat TsaaA mihi.
Entre les deux branches, un génie ailé tient une ancre, à laquelle se rattachent deux câbles qui empêchent ces branches de s'écarter, avec cette légende sur un cartouche central, qu'il soutient de la main droite : Ne quid nimis.
A gauche de l'estampe, un cartouche orné renferme ce qui suit :