‹ Mémoires, lettres et pièces authentiques touchant la vie et la mort de Charles-Ferdinand-d'ArtoisChapitre 57 sur 64 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Consternation de la France et de ï Europe. Chapelles ardentes au Louvre et à Saint- Denis.

Fatigué de danses et de joie , Paris étoit plongé dans le sommeil. A mesure que ses habitans se réveillent, ils apprennent la nouvelle fatale. Le peuple fut instruit d'abord : sorti de sa demeure au lever du jour pour recommencer le cercle de ses misères, le premier malheur qu'il rencontra fut la mort d'un Prince, père des pauvres, soutien des infortunés. On ne peut comparer la consternation qui se répandit dans Paris , et de là dans toute la France , qu'à celle que l'on remarqua le jour de l'assassinat du duc d'Enghien ; avec cette différence qu'à la première époque la douleur publique «toit comprimée. Le corps de M°r le duc de

Berry , porté chez M. le marquis d'Àuti- IIa Paut. champ , gouverneur du Louvre , fut ensuite Liv. il. transféré dans une chapelle ardente sous les voûtes de la même salle où le corps de Henri IV avoit jadis été déposé. C'étoit aussi dans cette salle que l'industrie française offroit naguère à l'admiration publique ses chefs-d'œuvre, et c'est là que la révolution venoit, à son tour, étaler un de ses plus brillans ouvrages. .

Plusieurs personnes moururent subitement, en apprenant l'assassinat de Msr le duc de Berry : des prêtres tombèrent à l'autel; et, jusque dans les pays étrangers, ces morts surnaturelles se renouvelèrent aux services funèbres du Prince. Les Rois pleurèrent sur leurs trônes , et se crurent eux-mêmes frappés. De grandes princesses, connues par leur bienfaisance inépuisable , exprimèrent des regrets que l'histoire consacrera.

IIe Part. Dans Paris l'affliction du peuple ne se Liv. II. calmoit pas : il racontoit mille traits de la bonté de Monseigneur; il adressoit au ciel des vœux pour lui : une pauvre femme mit en gage sa robe , afin de faire dire une messe pour le repos de l'âme du Fils des Piois. La foule ne cessoit d'assiéger le Louvre, de prier, de jeter de l'eau bénite sur le cercueil, de se plaindre qu'on eût si tôt recouvert le visage du Prince : elle auroit surtout voulu voir la blessure. L'assassin seul la regarda sans émotion : lorsqu'on le confronta aux restes sanglans de sa victime, il ne fit aucune réponse, ni par les yeux, ni par la bouche , au cadavre qui l'interrogeoit. L'athée, sachant qu'il alloit mourir, espéroit dormir en paix avec son crime : le néant est quelque chose à celui pour qui Dieu n'est rien.

La dépouille mortelle de l'héritier de nos monarques étant portée à Saint-Denis,

les classes du peuple les plus pauvres, des H" Part.

hommes et des femmes dans les lambeaux ï iv. IL

de la misère, se mêlèrent au cortège. La

confrérie des charbonniers marchoit au

milieu des officiers et des soldats, ce qui

mérita à ces représentans de la douleur

populaire l'honneur d'une place marquée

aux funérailles. Dans les villages où passa

le convoi, les chemins avoient été balayés ,

les murs des chaumières , tapissés de ce que

les habitans possédoient de plus précieux.

Tout le temps que dura la chapelle ardente

à Saint-Denis , on vit accourir des députés

des villes et des hameaux voisins , pour

rendre hommage au Fils de France décédé.

L'église étoit incessamment remplie de

paysans et de gens du peuple ; des enfans

y vinrent avec leur maître ; on y vit même

ée grands criminels : autour de ce cercueil ,

.l'innocence pleuroit comme le repentir.

Toutes les provinces du royaume expri-

( 272 ) IIe Part, mèrent leurs regrets dans des adresses. Il Liy. II. n'y avoit rien de prévu , rien de préparé , rien de concerté dans ce deuil général : c'étoit la France entière qui gémissoit.

II^Part.

Liv. II.

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