CHAPITRE VIII
Départ de Msv le duc d' Angoulême et de Msr le duc de Berry pour V armée des Princes,
L'Assemblée nationale déclara la guerre 17C)2. à l'Autriche et à la Prusse. Les deux princes, partis de Turin, vinrent rejoindre Mër le comte d'Artois , pour faire sous les ordres de Monsieur, et sous ceux de leur auguste père , cette campagne qui devoit tout finir, et qui commença tout. Beaucoup d'émigrés n'avoient rien apporté avec eux : quelques uns déploy oient les dernières marques de la fortune. Les différens corps d'officiers de l'armée faisoient le service de soldats ; la marine étoit à cheval ; les gentilshommes , formés en compagnie , se distinguoient par le nom de leurs provinces. On étoit gai
iepATiT. parce qu'on étoitsous la tente, qu'on alloit Llv- L puiser l'eau, couper le bois, préparer les vivres , et qu'on entendoit le son de la trompette. La pauvre noblesse remplissoit son devoir sans y penser , tout simplement , comme on respire et comme on vit. Elle ne regrettoit point ce qu'elle avoit perdu , d'ailleurs elle le croyoit bientôt retrouver : elle espéroit revoir, à la fin de l'automne , son magnifique héritage ; la bruyère , le grand bois, le vieux colombier. Que d'aventures à conter! que de desseins pour le jour du retour ! Dans tous les temps les Français ont été les mêmes : peuple essentiellement guerrier , les camps où il retrouve ses vertus , lui ont toujours fait oublier ses misères , soit qu'il ait eu pour étendard la chape de saint Martin ou la cornette blanche ; soit qu'il ait commencé la charge au refrain de la clianson de Rolland ou au cri de vive le Roi!
Mêl le duc de Berry eut le plaisir d'aller I" Part.
au premier feu devant Thionville. Les Liv. I. compagnies bretonnes se trouvant parmi les plus avancées vers la place, il leur disoit : « Je voudrois être Breton , pour » voir de plus près l'ennemi. » C'est une dure nécessité pour l'homme de s'habituer à la vue du sang ; et , ce qu'il y a de plus malheureux, plusieurs vertus dépendent de la force d'âme qui fait le guerrier.
PTart. —
Liv. i.